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La dernière frontière, Un homme et des bêtes de Grey Owl

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Je reviens d’un grand voyage au Pays de l’Éternel Silence, après avoir parcouru les pistes de la dernière frontière et avoir connu de jeunes castors si enjoués qu’ils sont vite devenus mes petits frères. Comme vous l’avez deviné, je n’ai pas traversé les plaines nordiques ni affronté le blizzard dans une aventure comme le proposent divers groupes de plein air. Je me suis tout simplement évadée en lisant deux bouquins passionnants : La dernière frontière et Un homme et des bêtes de Grey Owl.

Depuis deux ans, le goût de lire les écrits de cet homme au visage basané et au regard d’aigle ne cessait de grandir dans mon esprit. Je me désolais du fait que ces œuvres n’ayant jamais été rééditées sont pratiquement aussi rares qu’une paruline en hiver. Pourtant, cet auteur fut très connu dans la première moitié du XXe siècle, mais les années ont effacé les traces de son bref passage dans la mémoire des gens.

Heureusement, la maison d’édition Souffles, celle-là même qui publia la première version française dans les années trente, a eu l’excellente idée de réimprimer les livres de Grey Owl dans le but de rendre hommage à cet écologiste de la première heure.

Quatre livres sont présentement en librairie : La dernière frontière1, Un homme et des bêtes2, Récits de la cabane abandonnée3 ainsi qu’Ambassadeur des bêtes4. Une nouveauté : la publication d’un récit intitulé : « L’arbre »5 (extrait de Récits de la cabane abandonnée). Une histoire magnifique et bouleversante!

 

Qui est Grey Owl? 

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Archibald Belaney naît à Hastings en Angleterre, en 1888. Très jeune, il est fasciné par les Indiens d’Amérique du Nord et rêve d’être un des leurs. Il immigre au Canada et apprend les rudiments de la vie sauvage chez des Ojibways en Ontario. C’est alors qu’il devient un Indien dans son cœur, dans son apparence et par son nom qu’il changea pour Wa Sha Quon Asin ou Grey Owl (Hibou gris).

Il parcourut la forêt boréale Nord ontarienne où il participa à la disparition progressive des animaux à fourrure en tant que trappeur, métier que sa femme Anahareo trouvait cruel. Après avoir piégé une mère castor, son épouse l’incita à recueillir les deux orphelins dont le couple s’occupa durant un an. Au contact de ses petits protégés, et grâce à l’amour que sa compagne leur portait, Grey Owl connut une véritable conversion : de trappeur insensible, il devint le défenseur des êtres vivants de la dernière frontière, ceux qu’il appelait ses frères, soit les animaux, les arbres et les oiseaux. D’autres castors partagèrent aussi sa cabane et sa vie… à ses risques et périls. Durant sept années, Grey Owl vécut en tant que gardien naturaliste dans le parc de Prince Albert en Saskatchewan.

Des conférences en Angleterre et aux États-Unis le rendirent célèbre. Tous étaient convaincus qu’il était vraiment un Indien. Au lendemain de sa mort en 1938, lorsque les Blancs surent que Grey Owl était en fait un Anglais, ce fut un scandale. Peu à peu, on se désintéressa de lui.

Saviez-vous que Grey Owl a passé trois ans au Québec? De 1928 à 1931, il a vécu sur le bord du lac Touladi, aujourd’hui situé dans le nouveau parc national du Témiscouata. C’est là qu’il a écrit ses deux premiers livres. Ce fut toute une aventure que de rédiger à la main des centaines de pages en compagnie de castors curieux, toujours à la recherche du moindre matériau à se mettre sous la dent ou à enfouir dans leur hutte. De même, sa première conférence, couronnée de succès, a eu lieu au Québec, soit à Métis-sur-Mer en Gaspésie.

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La dernière frontière, ce livre le plus connu de Grey Owl, amène le lecteur à vivre intensément des situations qui apparaissent aux antipodes de la vie moderne. Comment Grey Owl et ses compagnons réussissaient-ils à ne pas perdre espoir devant une nature impitoyable, à se relever et à subsister avec le minimum de biens? Pour cet « Indien », la réponse est dans « l’esprit de la forêt » apportant la paix et la liberté aux animaux aussi bien qu’aux hommes de bonne volonté se partageant un territoire commun.

Une véritable leçon de courage, de persévérance et d’humilité se dégage de ces récits me conduisant à une prise de conscience de l’importance de ces valeurs dans ma vie. Et que dire de l’optimisme de ces individus aux manières frustes qui, dans des situations extrêmement difficiles, terminent leur journée devant un thé fumant, heureux d’être encore vivants et espérant un lendemain meilleur? Quel exemple pour l’homme moderne abattu au moindre inconfort! 

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Amik, qui signifie le petit frère qui parle, est le nom ojibway du castor

Un homme et des bêtes, ce deuxième volume relate la vie mouvementée de Grey Owl avec de jeunes castors devenus orphelins. Vous découvrirez les comportements étonnants de ces animaux qui, sans renier leur appartenance à la race des bâtisseurs, vivent dans la cabane de Grey Owl comme s'ils étaient chez eux : hutte intérieure, colmatage, creusage, etc. Devinez qui dort par terre la plupart du temps! Imaginez le sort réservé aux quelques meubles en bois…!

Son amour pour ses jeunes castors se transforma en un lien filial très fort. Grâce à cette relation hors du commun, ce naturaliste put recueillir des connaissances uniques sur ces animaux transmises par des films et la publication de cinq livres. Grey Owl a réussi à faire reconnaître les droits de cette espèce menacée d’extinction par un mouvement de conservation du castor dont il fut l’initiateur. Les gouvernements réagirent en interdisant le piégeage de ce rongeur durant plusieurs années. Par son ouverture d’esprit envers les animaux sauvages, Grey Owl combattit l’ignorance et l’avidité que les gens entretenaient à l’égard des créatures de la forêt.

Ces deux ouvrages, La dernière frontière et Un homme et des bêtes, sont un hymne à la liberté, à la beauté et à l’amour de la nature. Ce naturaliste possède un grand talent d’écrivain. Son style littéraire voguant entre la poésie et la narration de faits vécus nous emporte dans un monde à la fois dramatique, rude et touchant. Des photos noir et blanc et des dessins de l’auteur agrémentent ces écrits.

Au fil de ma lecture, j’ai noté que certains mots ne font pas partie du vocabulaire utilisé au Québec tels pirogue, piroguier, élan, broussard ou daim. Cet inconvénient d’une traduction imparfaite effectuée en France, il y a plusieurs années, m’a plutôt agacée. À mon avis, l’éditeur aurait dû corriger ces termes inappropriés lors de la réédition de ces livres par respect pour ses lecteurs.

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Je vous recommande ces ouvrages exceptionnels. Comme moi, vous voyagerez dans le Grand Nord et découvrirez un monde nouveau et fascinant, le monde de Grey Owl.

Pour ceux qui auront un jour la chance d’aller près du lac Touladi, ayez une pensée pour Grey Owl et ses petits frères castors… Le vent l’emportera au sommet du plus grand arbre, celui qui touche le Ciel…

 

Bonne lecture!

 

Odette Langevin

 

Photos :
 
Livres et raquettes © Florent Langevin – SAS Nature
Portrait de Grey Owl © Image extraite de « La dernière frontière », Grey Owl
Lac du nord de l'Ontario © Sylvain Jean – SAS Nature
Amik © Sylvain Jean – SAS Nature
Paysage hivernal © Joël Lanchès – SAS Nature
 
Références :

1 OWL, Grey. La dernière frontière, Paris, Éditions Souffles, 2009, 368 p.
 
2 OWL, Grey. Un homme et des bêtes, Paris, Éditions Souffles, 2009, 352 p.
 
3 OWL, Grey. Récits de la cabane abandonnée, Paris, Éditions Souffles, 2010, 304 p.
 
4 OWL, Grey. Ambassadeur des bêtes, Paris, Éditions Souffles, 2010, 280 p.
 
5 OWL, Grey. L’arbre, Paris, Éditions Souffles, 2010, 64 p.

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