Suivez-nous    

À quand le dernier trappeur?

Loup blanc

Des amis m’ont fortement suggéré de me prononcer sur le film « Le Dernier Trappeur ». Difficile pour moi de commenter une œuvre que je n’ai pas vue même si, de prime abord, le titre me plaît! En effet, verra-t-on enfin le jour où il ne restera qu’un seul trappeur? Se pourrait-il que, dans un avenir rapproché, malgré les efforts de la Fondation de la Faune du Québec pour former la relève, chasseurs et trappeurs voient leurs effectifs réduits au point de ne plus porter atteinte au fragile équilibre prédateur/proie de nos écosystèmes?

 

Le mythe du trappeur utile

Les conséquences imprévisibles des changements climatiques inciteront bientôt l’homme à la modération dans ses utilisations des ressources naturelles. Dans un contexte de fragilisation exponentielle de la nature, la moindre vie sauvage devient précieuse et nos rapports avec la faune doivent évoluer rapidement. Incidemment, pour que survienne ce coup de barre positif vers l'avenir, il faut dénoncer les mythes populaires qui valorisent des loisirs contraires à l’ordre naturel. En tête de liste des mensonges viennent les prétendus bienfaits de la trappe sur les populations animales. Il faut être naïf - ou bien orgueilleux! - pour affirmer que l’homme peut rivaliser avec les prédateurs mandatés par la nature pour gérer l'équilibre des écosystèmes. C’est pourtant ce que des autorités présumées compétentes tentent de faire croire à la population québécoise depuis qu'elles n’appellent plus les choses par leur nom. Ainsi, le trappeur ne tue plus les animaux : il gère, prélève et récolte, image bucolique du castor moissonné dont la queue plantée en terre donnera quatre nouveaux castors à cueillir l’hiver suivant!

En vérité, la naïveté et l’orgueil ne sont pas à l’origine des mythes modernes faisant de la trappe une fierté nationale, et du trappeur, un défenseur de la nature. Quiconque connaît l'histoire du Canada sait que le commerce de la fourrure a pour ainsi dire bâti le pays.  De nos jours, la situation est différente. Les gens trappent pour le loisir ou pour rendre service à la communauté et, pourquoi pas, à la nature; les castors inondent les routes, les loups tuent les orignaux, les coyotes mangent les cerfs de Virginie, les lynx et les renards bouffent les lièvres et les perdrix... Moins de castors, c'est payant... Et moins de prédateurs, c'est payant aussi car cela signifie plus de gibier pour les chasseurs. Rien n'est plus faux!

Des études scientifiques sérieuses ont prouvé que le rôle joué par les prédateurs naturels ne pouvait pas être exercé par l'homme; élimination des animaux malades, trop vieux ou trop faibles pour se reproduire, contrôle des populations d'ongulés et de rongeurs, limitation d'espèces envahissantes, etc. Le retrait ou la diminution des prédateurs n'est donc pas garant de gibiers abondants et en santé pour l'homme. Le résultat est plutôt l'inverse, au point que l'on a dû réintroduire le loup dans certains territoires nord-américains, pour le plus grand bien des écosystèmes. L'expérience menée au parc national Yellowstone en est un bel exemple. 

Castor

 

Des trappeurs repentis

Les trappeurs ne sont pas des héros. Même que la pratique de la chasse et de la trappe influence des plans de gestion faunique néfastes aux écosystèmes, et ce, uniquement en raison du poids économique et politique lié à ces activités. De plus, elles freinent la création de nouveaux parcs de conservation, au même titre que l'exploitation minière et forestière. Rappelons que dans la première moitié du XXe siècle, plusieurs espèces de mammifères, victimes de l’avidité des trappeurs et de l’industrie de la fourrure, étaient devenues très rares au Canada, et que pour cette raison, les gouvernements fédéral et provinciaux ont été forcés de créer des parcs et des réserves naturelles pour mettre à l’abri les populations animales en danger. D’audacieux programmes de réintroduction ont été nécessaires pour repeupler d’immenses territoires amputés de leurs espèces clés. Parmi les visionnaires engagés sur la voie de la conservation figure le plus célèbre trappeur canadien, Grey Owl. En effet, après avoir contribué à la quasi-disparition du castor au pays, il troqua ses pièges pour la plume et consacra le reste de son existence à la sauvegarde de ce rongeur emblématique, dénonçant du même coup la cruauté et les ravages causés par la trappe. Ses livres et ses tournées de conférences en Europe ont fait du chasseur converti l’un des pionniers de la protection de la nature. Son plaidoyer en faveur des animaux sauvages demeure l’un des plus touchants jamais livrés. 

Renard roux

Renard
 

Le temps a donné raison à Grey Owl, car aujourd’hui scientifiques et simples observateurs reconnaissent que les écosystèmes se portent mieux dans les sanctuaires fauniques préservés de la chasse et de la trappe. La multiplication de vastes zones de protection globale et leur valorisation auprès du public sont plus que jamais indispensables à la survie de la faune et de la flore.

Si la chasse de subsistance intègre parfois l’homme dans le grand cycle naturel de la vie et de la mort, toute autre pratique d’abattage de gibier menée au nom du sport, du loisir, du commerce ou des traditions perturbe un équilibre originel de plus en plus fragile. Exploiter la faune avec un fusil, un arc ou des pièges ne constitue ni un droit acquis ni une noble mission. Ces activités sur le déclin seront bientôt les passe-temps d’une infime minorité. D’ores et déjà, l’urgence de protéger ce qui peut encore l’être doit prévaloir sur les prétentions du dernier trappeur…

 

Gisèle Benoit

 

Photos :
 
Loup © Les Productions Raynald Benoit Inc.
Castor © Les Productions Raynald Benoit Inc.
Renard © Les Productions Raynald Benoit Inc.
 
Suggestions :
 

Vous contribuez directement à l'œuvre et à la mission de la famille Benoit en magasinant sur notre boutique.