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Nourrir la faune : pourquoi et pour qui?

 

Depuis février dernier, le ministère des Ressources naturelles et de la Faune du Québec (MRNF), en partenariat avec des organismes publics de la Haute-Gaspésie, gère un programme d’aide d’urgence destiné au cerf de Virginie. Selon les spécialistes du Ministère, le niveau élevé d’enneigement de cet hiver constitue une menace sérieuse pour la survie de l’espèce qui, faut-il le spécifier, est très mal adaptée aux rigueurs du climat gaspésien. Quand l’épaisseur de la neige au sol dépasse un mètre, les déplacements pour trouver de la nourriture entraînent une importante dépense d’énergie chez les « chevreuils ». Les bêtes perdent du poids et dépérissent; les plus faibles ne verront pas le printemps. Des estimations ont fait état d’un taux de mortalité d’environ 40 %, lors de certains hivers très neigeux, dans le Bas-Saint-Laurent et la Gaspésie. La solution : offrir gratuitement de la moulée aux résidants ayant un ravage de cerfs de Virginie sur leur terre. En tant que propriétaires d’un domaine boisé hébergeant quatre cerfs de Virginie, mes parents et moi comptions parmi les « bénévoles » ciblés par l’invitation du Ministère. 

Un beau geste? D’un point de vue humain, cela en est assurément un! Les gens qui aiment les animaux souhaitent améliorer leur bien-être. Cet hiver, Monique, Raynald et moi étions conscients de la gravité de la situation des cerfs de Virginie de notre voisinage. Nous envisagions de leur apporter une aide d’urgence à même notre portefeuille avant que ne soit lancé l’appel du Ministère. Le choix d’intervenir ou non pose néanmoins une question paraxodale, notamment dans les cas où l’intérêt individuel d’un animal supplante celui de son espèce. 

Certains hivers gaspésiens sont funestes pour le cerf de Virginie. 
 

 

L’histoire du cerf de Virginie en Gaspésie

Un regard sur le passé nous aide à obtenir une vision juste du tableau. Jadis, avant la colonisation, le cerf de Virginie ne faisait pas partie du paysage gaspésien. Sur cette vaste péninsule sauvage, caribous, orignaux, loups, ours noirs et Amérindiens vivaient en symbiose dans un équilibre assurant la pérennité de toutes les espèces. Au début du 20e siècle, les activités des colons bouleversaient déjà l’ordre naturel établi depuis des millénaires. Ainsi, le défrichage des terres, l’exploitation agricole, les coupes forestières et l’élimination du loup au sud du fleuve Saint‑Laurent furent les facteurs responsables de l’avancée du cerf de Virginie dans l’Est‑du‑Québec. Pendant que l’absence de prédateurs et la disponibilité d’aires ouvertes permettaient au cerf de Virginie de progresser, le caribou des bois entamait un déclin fatal. Autrefois, des milliers de caribous parcouraient la Gaspésie et les Provinces maritimes; aujourd’hui, il ne reste que quelques dizaines d’individus confinés dans le parc national de la Gaspésie. L’avenir de l’espèce demeure préoccupant, car son habitat naturel a été détruit par des coupes forestières intensives autour du parc, et les 800 km2 de superficie de l’ultime sanctuaire sont insuffisants pour permettre au petit troupeau de caribous de restaurer ses effectifs. Un cul-de-sac écologiste essentiellement dû à des facteurs anthropiques.

Caribou des bois

Il serait injuste de prétendre que le malheur des uns (les caribous) fait le bonheur des autres (les cerfs de Virginie). Les populations de chevreuils installées en Gaspésie connaissent des famines hivernales et des fluctuations du taux de mortalité à cause de la rudesse du climat. Pendant longtemps, les hivers rigoureux furent le seul agent naturel capable de limiter l’augmentation de l’espèce immigrante dans cet habitat nordique qui n’était pas le sien. Aujourd’hui, le coyote tend à remplacer le loup au sommet de la niche écologique gaspésienne. Il y a fort à parier que ce nouveau joueur remplirait parfaitement son rôle d’agent régulateur si l’homme laissait la nature suivre son cours : le coyote restaurerait l’écosystème d’antan d’où le chevreuil était absent. Toutefois, les lois naturelles sont régulièrement contrariées et contournées par des gestionnaires de la faune au service d’autres intérêts que ceux des espèces. 

Cerf de Virginie

Cet hiver, les cerfs de Virginie affamés venaient manger du tournesol aux mangeoires des oiseaux!

 

Une question morale

Mes parents et moi croyons que dame Nature est assez sage et expérimentée pour gérer seule ses affaires. La plupart du temps, l’homme lui nuit en s’attribuant des compétences qu’il n’a pas. Les activités humaines sont d’ailleurs responsables du déclin et de la disparition de nombreuses espèces animales partout sur le globe, une tendance qui s’accélère à un rythme effarant. Par conséquent, il nous arrive de questionner les interventions dont le but est de satisfaire des intérêts humains aux dépens d’écosystèmes déjà perturbés. Maintenir une population animale artificiellement, en la nourrissant ou en éliminant ses prédateurs, est l’une des nombreuses ingérences de l’homme posant un problème éthique. Pourquoi et pour qui les mesures d’aide aux cerfs de Virginie en Haute-Gaspésie ont été prises?

Le puissant lobby des chasseurs est derrière ce « beau geste », tout comme il est derrière la campagne encourageant le piégeage du coyote. Raison évoquée dans la coulisse : une diminution du nombre de chevreuils entraînerait la fermeture de la chasse en Haute-Gaspésie, donc la perte de retombées économiques pour la région. Si le MRNF investit dans l’alimentation des cerfs de Virginie, c’est uniquement pour des considérations politiques. À dire vrai, il se contrefout du bien-être de ces animaux pourvu qu’ils soient assez nombreux pour servir de cibles vivantes chaque automne. Les initiateurs du programme tentent de maquiller l’objectif d’aide en une « action écologique », un beau geste de l’homme pour la sauvegarde de la nature. Où se situent les bénévoles comme nous? Sont-ils complices du chasseur ou amis du chevreuil? Après avoir pesé le pour et le contre, notre conscience nous a incités à nourrir les quatre cerfs du voisinage dans le but de les soulager des misères de la faim. Si la nature pouvait suivre son cours librement, elle éliminerait le cerf de Virginie de la Gaspésie, ce que refusent d’envisager les chasseurs de cette région. L’espèce sera donc maintenue de gré ou de force, au prix de nombreuses souffrances chez ses sujets de même que chez le coyote, cet éternel bouc émissaire. Compte tenu des circonstances et du fait que la nature n’aura pas de sitôt le dernier mot dans cette histoire, mes parents et moi avons jugé que l’intérêt individuel de chaque cerf fréquentant notre domaine devait passer avant celui de l’espèce. Laisser dépérir nos voisins chevreuils eût été « immoral ». Je tiens à souligner que nous aurions secouru un coyote, un chat, un chien ou un écureuil en détresse de la même manière et pour les mêmes raisons.

Marmotte

 

Nourrir la faune : ses conséquences et ses exigences

Quand nous avons commencé à nourrir les cerfs, Monique, Raynald et moi étions d’accord pour éviter tout geste pouvant les familiariser avec la présence humaine, sachant que cela signerait tôt ou tard leur arrêt de mort. Les animaux sauvages nourris par l’homme ne bénéficient pas seulement de bienfaits. Peu importe les motivations qui nous poussent à les nourrir (égoïsme inconscient ou assumé, ignorance, imprudence ou question morale), les répercussions peuvent être néfastes tant pour l’homme que pour la bête.

Chaque intervention entraîne une conséquence directe ou indirecte. Nourrir la faune ailée en hiver permet aux geais bleus et aux écureuils de survivre en plus grand nombre. Or, ces deux espèces pillent les œufs dans les nids des petits oiseaux le printemps venu. La promiscuité autour des mangeoires serait aussi à l’origine de la propagation rapide de certaines maladies aviaires. Il y a vingt ans, apercevoir une tourterelle triste en hiver était rare en Haute-Gaspésie. En 2011, la popularité de l’ornithologie et la multiplication des postes d’alimentation permettent à des oiseaux jadis considérés comme des visiteurs occasionnels de s’implanter sur de nouveaux territoires de façon phénoménale. Pensons au cardinal rouge, à la mésange bicolore, au roselin familier, etc. Le réchauffement climatique n’est pas l’unique responsable de l’expansion de ces espèces vers le Nord; certaines, dont la tourterelle triste, ont profité de l’apparition d’un réseau de mangeoires pour augmenter leur population là où elles étaient quasi inexistantes.

Écureuil roux
Geai bleu
 
Saviez-vous que l'écureuil roux et le geai bleu sont des pillards de nid?
 

Grâce aux mangeoires et au réchauffement climatique,
le cardinal rouge poursuit son expansion vers le Nord.
 

Doit-on remettre en question le nourrissage des oiseaux en hiver? Les opinions à ce sujet sont partagées. Chose certaine, il faut se montrer responsable et constant dans notre engagement à nourrir une population de volatiles. J’insiste sur le mot « engagement », car à partir du moment où des oiseaux prennent l’habitude de visiter nos mangeoires, nous devenons responsables de leur approvisionnement : mésanges, durbecs, sittelles et compagnie comptent sur nous pour trouver leur pitance. Leur présence et leur grand nombre prouvent leur quasi-dépendance à ces sources de nourriture. Cesser d’alimenter ce petit peuple en janvier, le temps de se payer des vacances dans le sud, provoquerait une situation dangereuse pour les oiseaux qui se retrouveraient le bec à l’eau. Plusieurs autres règles doivent être respectées : nettoyer fréquemment les mangeoires et le lieu de nourrissage pour éviter la transmission de maladies, installer les postes d’alimentation dans un endroit sécuritaire, loin des fenêtres où les oiseaux peuvent se frapper et, si possible, hors de la portée des prédateurs. Gare aux mauvaises surprises! L’importante concentration d’oiseaux autour des mangeoires ne manque pas d’attirer les chasseurs du monde animal. Si quelqu’un ne peut pas supporter la vue d’un épervier fonçant sur une tourterelle ou d’un chat s’enfuyant avec un sizerin dans la gueule, il devrait s’abstenir de nourrir les oiseaux plutôt que d’entrer en guerre contre les prédateurs des alentours. En invitant la nature à séjourner dans notre cour, nous l’invitons aussi à y instaurer ses lois, ce qu’elle fait sans tenir compte de nos émotions et de notre parti pris envers nos petits protégés.

À l'instar de l'épervier, le faucon émerillon est le prédateur naturel
de nombreux petits oiseaux qui fréquentent les mangeoires.

 

Nourrir pour apprivoiser

Chez une grande partie de la population, le réflexe de nourrir les oiseaux ou les animaux sauvages donne un sentiment d’appartenance à la nature, une impression de participer positivement à la protection des espèces tout en créant l’opportunité d’observer des créatures autrement timides et fuyantes. Nourrir, c’est attirer à soi, le premier pas menant à l’apprivoisement.

Ce n’est pas un hasard s’il est strictement interdit de nourrir la faune dans l’ensemble des parcs nationaux du Canada. La familiarisation d’ours noirs et de grizzlys nourris par les touristes a déjà entraîné des accidents dramatiques. Les impacts négatifs du nourrissage de la faune sont multiples. Une fois contaminés par les mauvaises habitudes des visiteurs, les renards, par exemple, s’approchent des routes pour rencontrer des âmes charitables qui encouragent leurs comportements audacieux. Les animaux sont nourris à partir de véhicules immobilisés, si bien qu’ils associent voitures et nourriture. Plusieurs périssent après avoir été heurtés et blessés lors de collisions avec des automobiles. « Voiture + touriste = bouffe » représente une dangereuse équation.

Les ratons laveurs sont faciles à apprivoiser avec de la nourriture.

Les parcs nationaux reçoivent annuellement des millions de visiteurs avides d’observer la faune et de prendre de bons clichés. Pour chacun de ces touristes, le contact avec un animal sauvage ne dure qu’un bref instant; pour l’animal sauvage, l’expérience se répète des milliers de fois. Si chaque visiteur donne une partie de son sandwich au jeune renard du terrain de camping, combien de morceaux la bête aura-t-elle avalés ou cachés dans les alentours? Il m’est arrivé de partager mon sandwich avec un renard, mais je l’ai fait là où l’animal ne pouvait rencontrer que moi, là où il n’y avait personne à part moi. Dans les endroits populeux, les campagnes, les banlieues, les parcs et autres endroits touristiques, il faut éviter d’attirer les animaux sauvages à soi. Si ce n’est pas une voiture qui les frappe, ils tomberont sous les balles des chasseurs en prenant ces derniers pour des amis. Une dame de mes connaissances m’a raconté l’histoire de Cocotte, une renarde apprivoisée qui entrait dans le chalet pour réclamer ses cadeaux… Cocotte connut une triste fin quand un chasseur l’abattit d’une balle à la tête alors qu’elle courait gentiment vers lui. 

Deux poids, deux mesures : nourrir les animaux sauvages est interdit dans les parcs nationaux,
mais toléré chez les pourvoyeurs par le MRNF.
 

 

Des attractions touristiques condamnables

Depuis quelques années, nous assistons à une recrudescence de pourvoyeurs vendant à prix fort des « contacts » avec une faune nourrie et familiarisée. Pensons aux ours noirs obèses assis près des dépôts de nourriture au milieu de nulle part… Les touristes européens et québécois en redemandent! En outre, l’homme qui nourrit le monstre passe pour un héros. En hiver, dans la vallée du Saint-Laurent, des harfangs des neiges sauvages appâtés avec des souris vivantes rapportent des milliers de dollars par semaine à leur « entraîneur ». Jusqu’à une trentaine de personnes peuvent assister au spectacle quotidien : aveuglé par l’équation « présence humaine + véhicule = proie », l’oiseau vient vers les photographes en toute confiance. Les nombreux détracteurs de ce cirque lucratif dénoncent la suralimentation des oiseaux de proie ainsi que la perte de leur crainte envers l’homme et son véhicule, une menace pour leur sécurité. J’abonde dans le même sens et décrie toutes formes de nourrissage de la faune à des buts commerciaux.

Cette série de photos a été prise en 2008 par un touriste français qui l’a remise à un collaborateur de la SAS Nature. Les pourvoyeurs exploitant la faune à des fins commerciales réduisent à néant les efforts mis de l'avant par la Direction des parcs nationaux pour sensibiliser et éduquer le public aux conséquences dévastatrices du nourrissage de masse de la faune. Le MRNF devrait rapidement légiférer pour interdire ces pratiques dangereuses et contrer les messages négatifs qu'elles envoient à la population.
 
Ours noir
Ours noir
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
Une image vaut mille mots! Pas besoin d'attendre le résultat des études menées par quelques biologistes du MRNF pour constater les effets néfastes du gavage sur la santé des ours noirs « entretenus » par les pourvoyeurs touristiques : ci-dessous, un ours noir obèse comme ceux que l'on rencontre dans les jardins zoologiques.
 

 

Nourrir pour être certain de tuer

Un vent de protestation s’élève dans la communauté ornithologique pour interdire le nourrissage et l’exploitation des oiseaux de proie à l’état sauvage. Cependant, les voix sont moins nombreuses pour critiquer le nourrissage des ours à des fins commerciales. Si l’on condamnait ouvertement cette pratique, il faudrait aussi condamner l’usage d’appâts dans le but d’attirer les animaux sauvages dans la mire des chasseurs. En effet, ours noirs et cerfs de Virginie sont incités à fréquenter des postes d’alimentation bien garnis de pommes, de carottes ou de viande avariée. Quand arrive enfin le grand jour, le chasseur grimpe dans son mirador et attend le passage des animaux. L’homme qui nourrit et tue le monstre (l’ours) est un héros; l’homme qui nourrit et tue le trophée (le cerf) s’attire encore plus d’éloges. Sportif comme méthode? À mon avis, de telles façons de procéder devraient être interdites, car l’équilibre des forces est rompu en donnant un net avantage au chasseur.

Le MRNF marche donc sur des œufs en ce qui concerne le nourrissage de « la ressource » qu’est le cerf de Virginie. À moins qu’une famine menace la survie d’un ravage hivernal, il déconseille aux non-chasseurs de nourrir les chevreuils dans le but de les observer pour le simple plaisir des yeux. D’autre part, il tolère que les chasseurs les gavent sans restriction plusieurs mois avant la chasse. Quand c’est pour tuer, tous les coups semblent permis! Un minimum de cohérence dans les politiques du Ministère serait bienvenu.

Jeunes cerfs de Virginie au printemps 
 

 

Le monde à l’envers au parc national du Mont-Tremblant : des loups familiers et des touristes paniqués!

En terminant, je veux revenir sur un sujet qui a fait les manchettes il y a quelques années : la saga des loups familiers du parc national du Mont‑Tremblant. Les autorités comprennent mieux pourquoi des prédateurs aussi farouches se sont mis à circuler librement sur les terrains de camping et les sentiers pédestres. À l’instar des éperviers attirés par les postes d’alimentation d’oiseaux en hiver, certains loups adultes se sont graduellement rapprochés des campings pour suivre leurs proies, en l’occurrence le cerf de Virginie.

À l’approche de l’hiver, la population de chevreuils quitte le Parc national pour se regrouper autour des complexes touristiques, hôtels et autres endroits très achalandés des environs. Évidemment, les cervidés sont nourris par les hôteliers soucieux de répondre aux demandes de leurs clients. Pour les chevreuils, c’est le « Klondike », mais pour les touristes, une mauvaise école… Rares sont les règlements interdisant cette pratique à l’extérieur des parcs nationaux. Difficile de l’empêcher à moins de sensibiliser promoteurs, touristes et élus municipaux aux possibles impacts négatifs d’une telle exploitation de la faune. Nourrir les cerfs sur le terrain de l’auberge, c’est payant!

Au printemps, les cerfs de Virginie réintègrent leur territoire d’été à l’intérieur du parc. Faut-il se surprendre si plusieurs recherchent spontanément la présence humaine, source de nourriture, et s’installent autour des aires de pique-nique et de camping? Les visiteurs ont du mal à résister aux yeux doux de la biche qui quémande une gâterie. On sort une carotte de son havresac, on donne une pomme pour lui faire plaisir et se faire plaisir. Ce geste ne cause de tort à personne, se dit-on pour justifier notre entorse au règlement du parc. Si c’est bien, l’hiver, pourquoi serait-ce mal, l’été? Multipliées par mille, ces interventions en apparence anodines créèrent pourtant un cercle vicieux qui se solda par la mort de trois loups. Trois précieux loups d’une espèce à statut précaire : le loup de l’Est.

Loup gris
 

En suivant leurs proies jusqu’aux frontières de certains campings du parc national du Mont-Tremblant, quelques loups purent voir et étudier des milliers de gens, d’abord à distance, en catimini, puis risquant des apparitions bien calculées. Les prédateurs conclurent que les êtres humains ne constituaient pas une menace pour eux. En fait, ils s’étaient lentement familiarisés avec l’homme, au point qu’ils cessèrent de se cacher. Ils commirent leurs prédations et empruntèrent régulièrement les sentiers des campings, au vu et au su des touristes. En contrepartie, les touristes et le personnel du parc, eux, n’étaient pas familiers du loup; ils ne l’avaient jamais étudié en secret pendant des heures, des jours et des semaines. Un vent de panique moyenâgeux souffla sur le parc parce que personne n’était prêt à s’adapter sereinement à une situation défiant toute normalité. Nul n’était habitué à fréquenter le loup. Toujours assoiffés de sensationnalisme, les médias se sont emparés de l’affaire, ont amplifié les faits et semé beaucoup plus de confusion qu’ils n’ont apporté de lumière. Avec du recul, je crois que les autorités du parc et les loups ont été victimes d’une circonstance imprévisible attribuable au nourrissage de masse des animaux sauvages.

Trois loups ont payé de leur vie leur familiarité exceptionnelle, alors qu’ils n’avaient blessé ou attaqué aucun campeur. La Direction du parc national du Mont-Tremblant a beaucoup appris de cette expérience, tandis que le public tremble encore. Pendant ce temps, l’ignorance, la seule vraie coupable, court toujours les rues en toute impunité.

 

Gisèle Benoit

 

Photos :
 
Cerf de Virginie © Florent Langevin – SAS Nature
Paysage d'hiver au parc national de la Gaspésie © Florent Langevin – SAS Nature
Caribou des bois au parc national de la Gaspésie © Hubert et Martine Lassus-Pigat – SAS Nature
Cerf de Virginie © Florent Langevin – SAS Nature
Jeune cerf de Virginie © Paula Giannone – SAS Nature
Écureuil roux © Véronique Amiard – SAS Nature
Geai bleu © Sylvain Langevin – SAS Nature
Cardinal rouge mâle et femelle © Christian Bellemare – SAS Nature
Faucon émerillon © Christian Bellemare – SAS Nature
Raton laveur © site FAAXAAL
Photos des ours noir © Touriste européen
Jeunes cerfs de Virginie au printemps © Véronique Amiard – SAS Nature
Loup gris en bordure de la forêt © Les Productions Raynald Benoit Inc.

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