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On tue les patates et on récolte les orignaux!

Êtes-vous tannés de tous ces « mots d’adoucissement » utilisés par le SYSTÈME pour engourdir notre intelligence et notre conscience? Peut-être que vous ignorez leurs effets, et ce, bien qu’ils fassent partie de votre vocabulaire.

Le SYSTÈME veut faire de nous des moutons-consommateurs soumis, ignorants et passifs. Or, nous aurions intérêt à soupeser nos mots. Par exemple, en ce qui concerne la nature et l’environnement, le nom « récolte » et le verbe « récolter » nous rapportent immédiatement à l’agriculture. On sème des légumes et on cultive des fruits que l’on récolte; aucune confusion possible avec l’élevage des volailles et des bestiaux destinés aux abattoirs pour la consommation humaine. En revanche, la définition des mots s’embrouille dès qu’il est question de la faune. Dans le cadre de la chasse sportive, l’utilisation fréquente du verbe « récolter » s’avère pour le moins « tirée par les cheveux », voire tordue. Les grands manitous de la langue française semblent pourtant s’être résignés à l’idée que l’on puisse « récolter » des animaux sauvages. Après tout, la langue évolue. Résultat : des chasseurs refusent désormais d’utiliser les verbes « tuer » et « abattre » pour expliquer la mort de leur gibier.

Chasser, c’est tuer! Ce n’est pas récolter. En éludant l’aspect morbide de la chasse, on endort l’opinion publique. On banalise l’action de tuer en comparant l’animal à un légume. L’impact subliminal est si pernicieux que certains chasseurs en viennent à oublier les répercussions parfois néfastes de leur activité favorite sur les populations d’animaux sauvages. C’est précisément ce que souhaite le SYSTÈME : mentir, embellir et déformer la réalité pour vendre de plus en plus de permis de chasse et d’armes afin de siphonner de plus en plus les ressources et vider lentement les bois sans rendre des comptes à personne, mais surtout, sans que personne s’en rende compte. Pour ne pas éveiller les doutes, le SYSTÈME a hissé l’homme au rang très flatteur de gestionnaire responsable. Évidemment, il s’agit d’un titre honorifique pour le moins trompeur, car la sixième extinction de masse en cours est une conséquence directe des activités humaines.

Nous croyons pouvoir gérer le monde sauvage et la faune comme l’agriculteur gère ses champs. La mise en terre d’une patate au printemps donne une profusion de patates à l’automne; malheureusement, la mise en terre d’une patte d’orignal se calcule en soustraction, non en addition. Alors, réfléchissons au sens des mots. Si l’on peut récolter un orignal, je suis certaine que l’on pourra bientôt tuer une patate! 

 

Gisèle Benoit 

Naturaliste, peintre animalière
et porte-parole de la SAS Nature

 

 

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