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Une image vaut mille mots…

Il existe mille façons de tuer la beauté du monde… Pour ma part, je suis de plus en plus exaspérée par les commentaires assassins, souvent truffés d’erreurs, provenant de documentaires télévisés où la narration laisse croire aux gens que les pauvres animaux sauvages sont misérables et constamment stressés! Au lieu de renseigner le téléspectateur sur la symbiose qui lie toutes les espèces occupant un écosystème, un sujet d’émerveillement, les réalisateurs insistent sur les difficultés de survivre en milieu naturel. En regardant les nombreux reportages calqués sur ce modèle, le profane reste sur l’impression que le quotidien d’un animal sauvage est une malédiction, un parcours constamment parsemé d’embûches et d’épreuves cruelles imputables à dame Nature. La faune ne vit pas, elle survit. Or, rien n’est plus faux!  

Certaines espèces animales migrent et d’autres hibernent. Malgré des modes de vie parfois exigeants, toutes sont parfaitement adaptées à leur milieu, sinon c’est l’extinction. Mes parents et moi avons passé suffisamment de temps en compagnie des animaux sauvages pour savoir qu’ils vivent pleinement chaque instant, peu importe la saison, et qu’ils jouissent de leur liberté avec entrain, étant guidés par un instinct garant d’une existence passionnante et remplie de défis, de devoirs et de loisirs. Oui! J’ose écrire le mot « loisirs »! Jeux, exploration du territoire et interactions sociales constituent des activités divertissantes auxquelles s’adonnent la plupart des mammifères et des oiseaux, en fonction de leur disponibilité ou de la période de l’année. Des puristes de l’éthologie s’évertuent encore à trouver des utilités à ces nombreux comportements rétrogradés au rang de réflexes d’apprentissage à la chasse, au combat, etc. Va pour les jeunes animaux! Toutefois, rien n’oblige des orignaux mâles de tous âges, même les vétérans de plusieurs saisons, de se livrer à des joutes amicales, avant et après la période du rut, pour le simple bonheur de s’amuser entre bons copains. 

 

L’orignal, ce gars heureux!

Les animaux sauvages ont une vie équilibrée faite d’une alternance de périodes d’alimentation, de travail, de repos et de jeux. Si on ajoute à ce quatuor d’activités basiques la défense d’un territoire, le défi de s’accoupler et d’élever une progéniture, on rehausse la qualité de leur vie. Certes, être sauvage ne met pas à l’abri des épreuves et des drames. Être humain et civilisé non plus. La vie apporte, aux uns et aux autres, son lot de malheur et de bonheur, sans discrimination. Force est d’admettre qu’il devient cependant de plus en plus difficile pour l’homme de vivre sereinement et librement dans une civilisation où presque tout est source de stress, y compris le travail, les déplacements, l’éducation, la santé, etc. Entre l’orignal ruminant dans un sous-bois par moins 20 °C et un citadin pris dans les embouteillages, lequel des deux est le plus angoissé? La réponse amène des constats d’une disparité effrayante. L’image apaisante d’un cerf en train de ruminer équivaut à celle d’un gars heureux faisant la sieste après un bon repas, étendu dans son fauteuil, un digestif à la main. Tout va bien pour lui. À l’inverse, l’image du citadin coincé sur l’autoroute n’a pas son équivalent dans la nature. C’est précisément l’aspect contre nature des stress modernes qui attaque de plein fouet la santé physique et mentale des populations humaines.

 

Vivre et survivre, ce n’est pas pareil!

À défaut de pouvoir se libérer de son état de captif du « système », l’homme moderne tente désespérément de se persuader que la vie est cent fois pire dans le monde sauvage, que les animaux non domestiques y sont plus éprouvés, menacés et menaçants qu’il l’est, lui, l’héritier de la civilisation du progrès, dans sa banlieue tranquille. Victimes d’une propagande exercée sous forme de documentaires, plusieurs personnes finissent par croire que la nature est dangereuse, indomptée et indomptable, cruelle, sournoise et haïssable. Vaut mieux ne jamais y mettre les pieds, vaut mieux s’en détacher… Question de planter le clou encore plus solidement dans la conscience collective, on emploie à outrance l’expression « survivre » pour décrire des modes de vie animale millénaires. À force de crier au loup pour tout et pour rien, plus personne n’écoutera le message quand « survivre » sera « notre » défi. Personnellement, j’essaie d’utiliser le verbe « survivre » avec modération, principalement dans le cas d’espèces animales ou végétales menacées d’extinction, liste à laquelle je me refuse encore d’ajouter l’humanité même si celle-ci est en danger à cause des conséquences de ses actions et de ses inactions, au même titre qu’une partie de la biodiversité. 

L’art de relaxer…
 

Certaines personnes sont réticentes – ou frustrées – d’admettre que des créatures sauvages  « se paient du bon temps » ou « se la coulent douce », autrement dit, qu’elles vivent bien; alors que le monde moderne impose à ses loyaux sujets un rythme de vie stressant, dicté par la surconsommation et une perpétuelle course contre la montre, contre le bonheur et la satisfaction, les amenant vers un « cul‑de‑sac » en guise de récompense. Mais à quoi bon tout ce blablabla! Pourquoi argumenter avec des mots quand une image vaut mille mots?

Voici donc une série de photos prises par Florent Langevin, de la Gaspésie, et Luc Farrell, de l’Abitibi, deux collaborateurs et membres de la SAS Nature. Les scènes captées reflètent la paix, l’équilibre et l’harmonie originelle qui existent dans la nature. Elles célèbrent l’accomplissement individuel dans l’action et le travail, le simple bonheur d’être en vie, l’énergie de bâtir et de passer ses gènes. Elles montrent l’ivresse de vivre pleinement et de découvrir, un pas ou un battement d’ailes à la fois, la raison pour laquelle nous sommes là… 

Les jaseurs d’Amérique célèbrent leurs fiançailles en échangeant des cadeaux
qui sont, le plus souvent, des pétales ou des boutons de fleurs d’arbres fruitiers.
 

Sous-bois

Ce lièvre d’Amérique n’est pas en train de réciter une prière!
Après avoir léché ses pattes avant,
celui-ci s’apprête à frotter sa tête pour faire sa toilette. 
  

Majestueux couple de pygargues à tête blanche près de leur nid.
De quoi parlent-ils? Ils causent d’amour…
  

Ce grand pic mâle vient de nourrir son insatiable progéniture.
Les responsabilités parentales, partagées avec la femelle, comblent sa vie.
Je suis même portée à croire qu’il est fier et heureux. 
  

Libellule

Un couple de grèbes jougris s’affaire à construire la plate-forme flottante,
constituée d’algues et de débris végétaux, qui lui servira de nid.
Ce projet commun unit le mâle et la femelle; ils couveront les œufs
et prendront soin des poussins conjointement, avec un grand dévouement. 
  

La compagnie est agréable pour ces castors peignant leur fourrure
avec les griffes de leurs pattes avant et arrière.
Comblés, heureux, capables de se détendre, de profiter de chaque instant
et de se réaliser en tant qu’espèce et en tant qu’individu unique,
tout en s’occupant à mille tâches!  
  

Ils sont maintenant trois à se bousculer pour le plaisir, sans la moindre agressivité.
Chez les animaux et les oiseaux sauvages, on peut observer des similitudes nous reliant à eux,
sans avoir à utiliser les mots « lutte pour la survie ».
  

L’espoir est infiniment plus fort que la peur, et le monde sauvage, quoique souvent malmené et méprisé par notre civilisation, demeure le dernier refuge de l’espoir.

Merci à Florent Langevin et Luc Farrell pour leurs témoignages émouvants que représentent leurs magnifiques images signées Espoir...

 

Gisèle Benoit

 

Photos
 
Bécot de loutres! © Collection Luc Farrell
Joute amicale entre orignaux © Florent Langevin – SAS Nature
Jeune renard roux © Collection Luc Farrell
Couple de jaseurs d’Amérique © Florent Langevin – SAS Nature
Lièvre d’Amérique © Collection Luc Farrell
Pygargues à tête blanche © Collection Luc Farrell
Grands pics © Collection Luc Farrell
Grèbes jougris © Collection Luc Farrell
Castors © Collection Luc Farrell
Orignaux mâles © Florent Langevin – SAS Nature

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