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Cypripèdes...cypribelles

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L’essor de la Société Art et Science pour la Nature (SAS Nature), un nouvel organisme dont les membres se préoccupent du sort de leurs voisins humains et animaux, a débuté avec l’année 2009. Qu’il soit petit comme un ver de terre ou bien géant comme un séquoia d’Amérique du Nord, tous trouvent dans la SAS Nature des défenseurs respectueux. 

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En posant un regard empreint d’humilité et de respect sur la nature, quiconque peut s’ouvrir à elle. Apprendre à l’aimer devient alors un jeu d’enfant. En fait, c’est vers l’âge de 7 ans que je fis mes premières rencontres marquantes avec le monde végétal. Élevée sur une ferme maraîchère, je pus découvrir à mon gré toutes les merveilles qui m’y attendaient. De plus, j’eus la chance de recevoir de ma mère, un legs très important : l’amour des fleurs. Toutefois, ce n’est que lors de mes études universitaires en biologie que je pris pleinement conscience de la grandeur du chef d’orchestre qui créa la nature. De sa main magique, il a su tisser une toile magnifique où tout est pensé, calculé et relié. Depuis, je ne cesse de m’émerveiller devant l’étonnante biodiversité de notre planète.

Cette nature, dont l’Homo sapiens fait partie, forme un ensemble à l’intérieur duquel chaque être vivant joue un rôle bien défini afin de maintenir un équilibre naturel. Malheureusement, certains écosystèmes commencent à s’effriter et à disparaître par suite de l’action humaine. Comme la disparition des uns entraîne la disparition des autres, le phénomène prend de l’ampleur. Affligée par la situation, mais remplie d’espoir de voir les choses changer, je m’engage à lutter pour la sauvegarde du patrimoine naturel canadien. Par amour pour le règne végétal et pour assurer un avenir viable à Daphné, ma fillette de six ans, je suis devenue membre de la SAS Nature.

Afin d’atténuer les ratés humains, la SAS Nature travaille à augmenter les aires de protection des milieux naturels, favorisant ainsi les populations animales et végétales. Au Québec seulement, 68 espèces végétales et 38 espèces animales sont déclarées menacées ou vulnérables et la compilation est loin d’être terminée. Un autre mandat de la SAS Nature est de sensibiliser les gens en leur faisant connaître la faune et la flore afin de développer le respect et l’amour nécessaires à la sauvegarde de ce précieux héritage.

Parmi les espèces végétales dites menacées ou vulnérables, nous retrouvons entre autres, deux orchidées terrestres du genre Cypripedium, soit le Cypripedium passerinum (Cypripède œuf-de-passereau) et le Cypripedium arietinum (Cypripède tête-de-bélier). Ces derniers sont deux magnifiques représentants du célèbre Sabot de la Vierge. De plus, une autre espèce de Cypripedium, le plus beau d’entre tous, va bientôt s’ajouter à la liste des espèces menacées ou vulnérables : le Cypripedium reginae (Cypripède royal). Il n’est pas étonnant qu’il ait été l’emblème floral de l’Île-du-Prince-Édouard, entre 1947 et 1965, avant d’être remplacé, en raison de sa rareté, par le Cypripède acaule.

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Personne ne peut rester indifférent devant le Cypripède royal, ce capricieux chef-d’œuvre de la nature. C’est à la fin du printemps ou au début de l’été que l’on peut admirer sa floraison spectaculaire. Du haut de sa longue tige, qui peut atteindre parfois près d’un mètre, se balancent des fleurs voyantes, colorées de blanc et de rose. Il y a plusieurs milliers d’années, les Cypripèdes optèrent pour un mode d’évolution différent des autres orchidées. Leurs pétales inférieurs se modifièrent afin de former un sac gonflé qui lui valut le nom de Sabot de la Vierge. Ce labelle voyant et parfumé sert de piste d’atterrissage pour les insectes fécondateurs. Par leur structure morphologique, l’ensemble des orchidées appartenant au genre Cypripedium ne peut assurer l’autofécondation; elles doivent donc compter sur les insectes pollinisateurs. Chez le Cypripède royal, ce sont principalement de petits insectes (abeille découpeuse Megachile sp., mouche des fleurs Syrphus torvus, scarabée des marguerites Trichiotinus assimilis, etc.) qui sont pris au piège par cette grande séductrice. Attirés par une possible quête de nectar, ces derniers pénètrent dans le labelle mais ils ne peuvent ressortir par la même ouverture, puisque le bord du sabot est enroulé sur lui-même. Forcés de poursuivre leur chemin, les insectes s’enfoncent, puis s’échappent par une fente située à la base du labelle. Ils en ressortent dépourvus de nectar, mais nantis de pollen puisqu’ils s’y frottent en empruntant la sortie. Déçu de sa dernière visite, le petit invertébré ira butiner d’autres espèces de fleurs. Ce n’est qu’après plusieurs régals nectarifères qu’il oubliera l’affront et se laissera prendre à nouveau au piège par la belle orchidée. Il en assurera alors la fécondation croisée avec le pollen transporté sur son dos. Cette stratégie offre un faible taux de fécondation dans chaque colonie de Sabots de la Vierge, puisque l’insecte effectue une grande distance entre la première visite de cueillette et la deuxième visite de fécondation. Ce taux de fructification de quelques pour cent seulement est toutefois compensé par une production abondante de graines dans chaque fruit, soit quelques dizaines de milliers de minuscules semences qui seront transportées par le vent sur de grandes distances. Après quelques années d’attente, bien installées sous une couche de matière organique de deux à cinq centimètres appelée substrat, les graines peuvent enfin amorcer leur germination. 

  

Cypripède soulier

Une fois émergée de la graine, la plantule apparaît hors du sol au bout de 3 ou 4 ans. Lors de cette période, le phénomène de photosynthèse est absent. Afin de compenser ce manque, tous les Cypripèdes s’associent avec des champignons microscopiques appelés mycorhizes. Ces derniers, munis d’un réseau complexe d’hyphes, aident les plantules souterraines à combler leurs besoins nutritifs. Après plusieurs années de patience et de dur labeur, de 15 à 16 ans suivant la germination, Cypripedium reginae est maintenant prêt à fleurir. Quelle chance de pouvoir contempler un groupe de Cypripèdes royaux en fleurs! C’est un moment vraiment inoubliable! Les amateurs auront la chance de l’observer en petits groupes de 10 à 100 plants dans les habitats humides des régions nordiques, là où les conditions favorables se résument principalement à une humidité constante, un ensoleillement semi-ombragé et un sol calcaire variant de légèrement acide à légèrement basique. Il est présent de Terre-Neuve jusqu’en Saskatchewan, du Québec aux états du sud comme le Dakota du Nord, la Virginie, le Tennessee et l’Arkansas. Quelques populations comptant près de 1000 sujets sont mentionnées dans la littérature, mais qu’en reste-t-il maintenant? Malheureusement, le Cypripède royal, tout comme les 51 espèces d’orchidées indigènes du Québec, est très convoité par l’homme. Près de 42 % de ces espèces ont un statut précaire.

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La collecte de spécimens en milieu naturel, à titre personnel ou à des fins commerciales, cause de grandes pertes à notre flore, sans oublier la disparition d’habitats naturels de même que l’assèchement des marais et des tourbières, au profit du développement urbain, agricole ou récréotouristique.

La détérioration des habitats par la pollution de l’eau et par le réchauffement climatique est également importante. Protégé contre les agressions d’origine humaine, Cypripedium reginae peut vivre plus de 50 ans!

Le printemps prochain, lors de vos promenades en nature, peut-être aurez-vous la chance de rencontrer le Cypripède royal. Si un tel privilège vous est accordé, agenouillez-vous près de cette fleur majestueuse : observez-la, contemplez-la, parlez-lui et écoutez-la. Touchez-la délicatement du bout des doigts et en retour, laissez-vous toucher par sa grâce. Puis, repartez en la laissant sur place, libre et vivante. Vous comprendrez alors tous les bienfaits que l’on peut tirer de dame Nature sans avoir à prélever ses fragiles ressources…

 

Annie Choquette

 

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Le saviez-vous?

On peut admirer des orchidées sauvages un peu partout au Québec, en particulier aux Îles Mingan et dans les tourbières. Le Cypripède acaule abonde le long de certains sentiers du parc national de la Gaspésie. Au sommet du mont Olivine fleurissent de magnifiques sujets blancs.

 
Photos :
 
Cypripèdes acaules Ontario © Sylvain Jean – SAS Nature
Ruisseau en montagne © Florent Langevin – SAS Nature
Cypripèdes royaux © Lucie Gagnon/OBJECTIF NATURE
Sentier en montagne © Thierry LeClercq
Cypripède royal © LucieGagnon/OBJECTIF NATURE
Cypripède soulier © Lucie Gagnon/OBJECTIF NATURE
Cypripède royal © LucieGagnon/OBJECTIF NATURE
Cypripèdes acaules, forme blanche et kalmias  Mont Olivine, parc national de la Gaspésie © Christian Bellemare – SAS Nature
 
 
Références :
 
COUILLARD, Line, Fiche Cypripède tête-de-bélier, [Québec, ministère de l’Environnement], [En ligne], 2001.
[www.eauquebec.com/biodiversite/especes/cypripede/cypripede.htm].

Cypripedium reginae, Wikipedia, [En ligne], 2001, mise à jour 17 février 2009.
[http://fr.wikipedia.org/wiki/Cypripedium_reginae].

LAMOUREUX, Gisèle, en collaboration avec Roger Larose. Flore printanière, Saint-Henri-de-Lévis, Québec, Éditions Fleurbec, c2002, 576 p.

LES AMIS DU JARDIN BOTANIQUE DE MONTRÉAL. Les orchidées, Revue Quatre-Temps, vol. 24, n° 4, décembre 2000, p. 36-39.

MARIE-VICTORIN, Frère. Flore laurentienne, 2e éd. revue et mise à jour par Ernest Rouleau, Montréal, Les Presses de l’Université de Montréal, 1964, 925 p.

Nature Serve Explorer, [En ligne], [s. l.], An Online Encyclopedia of Life, 2009.
[www.natureserve.org/explorer/servlet/NatureServe?searchName=Cypripedium+reginae].

Orchidacea/Cypripedium, in FLORA OF NORTH AMERICA (FNA). Family List, vol. 26, [En ligne].
[www.efloras.org/florataxon.aspx?flora_id=1&taxon_id=242101553].

Plantes menacées ou vulnérables au Québec, [Québec, ministère du Développement durable,Environnement et Parcs], [En ligne], 2002, mise à jour avril 2010.
[www.mddep.gouv.qc.ca/biodiversite/especes/index.htm]

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