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L'Art pour émouvoir, la Science pour comprendre et la Nature pour survivre!

Fondée en juin 2008 par la famille Benoit et plusieurs de ses collaborateurs, la Société Art et Science pour la Nature (SAS Nature) a pour mandat l'éducation du public en matière de protection de la faune et de conservation des habitats naturels. Comme son nom l’indique, cet organisme à but non lucratif utilise l’art et la science comme outils de sensibilisation, principalement à travers l'œuvre missionnaire de Monique, Gisèle et Raynald Benoit, figures bien connues des domaines de l'art animalier et du documentaire sur la vie sauvage. 

 

Exposition : Les petits princes de la Nature

Pour plus d'informations sur cette nouvelle exposition, rendez-vous au http://sasnature.org/index.php/FR/galerie-d-art-monique-et-gisele-benoit.

Voici quelques commentaires de visiteurs à la Galerie d'art Monique et Gisèle Benoit :

Un havre de paix! Tant de beauté et d'amour dans chaque tableau...

Que de merveilles pour les yeux et l'âme! Nous reviendrons...

Vibrante exposition... Émotion, splendeur, grandeur nature. À voir absolument!

Merci pour cette magnifique exposition, cette communion avec la nature et cette grande sensibilisation envers les animaux!

Faire une visite en ligne de l'exposition

Chroniques Nature à la une

Sonnez, merveilles!

Sonnez, merveilles!

Odette Langevin

Les dernières notes d'une étude de Chopin, brillamment interprétée par le pianiste québécois Louis Lortie, viennent de s’envoler doucement qu'elles vibrent encore en moi. La musique classique me permet de vivre des instants merveilleux, exaltants et inspirants; elle me transporte vers la Nature, source de Vie! Cependant, quelle tristesse de constater que cette musique magnifique, qui a traversé les siècles, est désormais en péril! Heureusement, un homme s'est levé afin de nous faire prendre conscience de cette situation : Kent Nagano,...

Le sentier pédestre ou l’art de voir

Le sentier pédestre ou l’art de voir

Lucie Gagnon

Lunettes de soleil, bâtons de marche, collation et gourde d’eau, voilà le randonneur fin prêt à fouler le sentier. Avançant d’un pas rapide et énergique, il lorgne le faîte de la montagne qui embrase son imagination, espérant découvrir là-haut un décor spectaculaire. L’adepte des grands espaces augmente la cadence, mais attention! Son but très précis l’éloigne des trésors que la nature sait si bien dissimuler tout au long du trajet. Le marcheur ignore peut-être que le ravissement souhaité exige plus...

Boréalie en péril, mémoire sur la forêt boréale de Gisèle Benoit

Ce reportage vidéo présente le mémoire Boréalie en péril, écrit par Gisèle Benoit. La naturaliste y dresse le portrait inquiétant de certaines portions de la forêt boréale canadienne, notamment celle du Nord de l’Ontario où elle a dirigé, jusqu’en mai 2014, un centre d’étude du comportement de la faune. Le mémoire est disponible en versions française et anglaise (format PDF) et peut être téléchargé avec les liens ci-dessous.

Gisèle Benoit

 

Gisèle Benoit, peintre et naturaliste

Comme Grey Owl, Gisèle vit la moitié de l’année dans une cabane près d’un lac en compagnie des animaux sauvages et prend la plume, sinon le pinceau, pour décrire l’existence des bêtes. Quand elle quitte son refuge, c’est pour s’adonner à des activités publiques visant à faire connaître la forêt boréale. Les chroniques de Gisèle sont classées en trois catégories.

Qui est Gisèle Benoit?

Les chroniques de Gisèle sont classées en trois catégories :

À la recherche du point élevé

Ne dites pas à un artiste que ses tableaux sont beaux; dites-lui plutôt que vous avez compris leurs messages.

Ne demandez pas à l'artiste combien de temps il a mis à peindre tel tableau; dites-lui combien de minutes vous avez consacrées à le contempler.

Ne demandez pas à un artiste comment il arrive à peindre la lumière; demandez-vous pourquoi...

Ne demandez pas à un artiste qui lui a enseigné les techniques du dessin et de la peinture; demandez-vous où il les a apprises.

Ne vous étonnez pas de la valeur marchande d'une oeuvre d'art; évaluez plutôt les valeurs humaines qu'elle véhicule.

N'oubliez jamais qu'un tableau détient beaucoup de réponses; il vous suffit de le regarder, de l'interroger et d'écouter avec attention ses confidences.

 
Dessiner un jeune renard Les Carnets Sauvages

 

Peintre animalier : le plus beau métier du monde

« Le bonheur d’un homme qui sent la nature, c’est de la rendre, » disait à juste titre le peintre français Eugène Delacroix. C’est d’abord dans l’esquisse sur papier que les observations effectuées par l’artiste naturaliste attendent de naître sous une forme plus élaborée. Puis, elles revendiquent la liberté de se transformer, par le biais des émotions humaines, en un tableau dont la portée excèdera largement les limites de la toile. À l’affût des moindres faits et gestes de ses sujets sauvages, tel un pèlerin solitaire, l’artiste rencontre l’illumination loin du monde des hommes. Il remplit son carnet de croquis et revient à l’atelier, l’esprit enchanté par mille images et le cœur débordant de couleurs et de lumière.

En marge du talent et de la renommée dont il jouit, le peintre animalier demeure l’humble interprète d’un « rendu » reposant sur sa capacité initiale à sentir la vie sauvage. Avant de prétendre peindre ou dessiner animaux et oiseaux dans leur milieu naturel, il faut être sensible à qui ils sont. Il importe par-dessus tout d’être obsédé par le désir de parler d’eux, de témoigner en leur faveur, de les décrire ou de les dépeindre avec passion dans le but de partager avec autrui les émotions qu’ils nous inspirent. Le geste quasi mystique de peindre ne se résume pas à copier ou à imiter la nature avec talent : il permet en premier lieu d’exprimer, de façon personnelle et originale, un émerveillement inépuisable envers la faune et la flore. Le talent ne sert à rien sans l’amour pour le guider.

Croquis
Gigi et renard

 

Selon Charles Augustin Sainte-Beuve : « Il est un point élevé où l’art, la nature et la morale ne font qu’un et se confondent. » Comment définir ce point élevé? Je crois qu’il s’agit d’un message subliminal forgé dans le mystère de l’exécution, d’un enchantement contagieux et bénéfique secrètement dissimulé dans l’œuvre des grands artistes. Lors de la visite d’une exposition, quand nous explorons l’univers d’un peintre touché par la beauté du monde sauvage et que l’âme humaine, l’orignal, la perdrix, le lac et la forêt parlent tous d’une même voix, c’est en cet instant magique que l’art, la nature et la morale atteignent un point élevé. Il suffit de tenter l’expérience pour en obtenir la preuve…

 

Gisèle Benoit

 

Tableau :
 
Promesse d’un doux matin – Orignaux en automne 
Huile sur toile © Gisèle Benoit
 
Photos tirées des documentaires Les Carnets Sauvages et Des oiseaux pas comme les autres
©  Les Productions Raynald Benoit Inc. et SAS Nature

Le loup : un allié dans la lutte contre la tique d'hiver de l'orignal

J'aime les orignaux. Par le fait même, j'aime les loups. Mon amour pour le prédateur et sa proie n'est pas contradictoire, puisque le loup protège et garde l'orignal. À l’aube de changements climatiques sans précédent, la présence de cet étrange berger s'avère plus que jamais nécessaire, car déjà, nos hivers plus courts favorisent la propagation de parasites menaçant la santé et la survie du roi de nos forêts. J'explique pourquoi et comment dans cette chronique.

Renard
Ours noir
 
 
 
 
 

Lequel de ces deux orignaux le chasseur choisirait-il? Lequel de ces deux orignaux le loup choisirait-il?

La réponse est simple : l’homme prendrait l’orignal en santé, gros et gras, avec un beau panache comme trophée. Par contre, le loup verrait dans l’orignal en piteux état, amaigri et moribond, une capture comportant peu de risques. (L’orignal adulte en santé peut tuer un loup d’un seul coup de patte!)

En éliminant l’orignal couvert de tiques avant le printemps, saison de reproduction de ces parasites, les loups stoppent le cycle infernal des acariens car ceux-ci ne peuvent survivre à l’hiver sans leur hôte.  La prédation du loup représente donc le seul obstacle naturel à la propagation de l’épidémie de tiques d’hiver qui affaiblit et tue de nombreux orignaux au Québec. 

Au cours des automnes 2012, 2013 et 2014, le ministère de la Forêt, de la Faune et des Parcs (MFFP) a effectué l'échantillonnage de tiques sur les orignaux abattus par les chasseurs. Le tableau ci-dessus1, publié sur le site du ministère, est très révélateur quant à la répartition des orignaux parasités par la tique d'hiver. Les points verts montrent les zones sans tiques; les points rouges, les zones infestés de tiques. Or, les régions où les orignaux sont les plus affectés correspondent à celles d’où les loups ont été exterminés depuis plus de cent ans. Au nord du Saint-Laurent, chaque loup trappé ou tué, chaque meute décimée prive l’orignal de l’un de ses meilleurs alliés et la transmission de tiques progresse. La protection de l’orignal passe obligatoirement par la protection du loup.

Sur son site, le ministère se contente de pointer du doigt le réchauffement climatique et la forte densité d’orignaux au Québec. Conscient qu’il faut réduire la taille du cheptel pour enrayer la propagation de tiques d’hiver, il ne fait nullement mention du loup comme agent de lutte contre les parasites, les maladies et les surpopulations de cervidés. Les puissants lobbies des chasseurs et des trappeurs prônent plutôt le trappage et le contrôle des loups pour augmenter les populations d’orignaux, une politique qui va à l’encontre du gros bon sens. 

L’effet loup

Le loup maintient la santé des populations d’ongulés en prélevant les sujets malades, blessés ou victimes d’une infestation de parasites comme la tique d’hiver. Or, le principal facteur amenant les maladies et l’accroissement de parasites chez une espèce est la surpopulation. Rien d’étonnant à ce que la prédation du loup contribue d’abord et avant tout à empêcher le surpeuplement de cervidés dans un habitat. Pour ce faire, ce prédateur opportuniste capture aussi des sujets « en santé » afin de réguler le nombre d’orignaux, de wapitis, de bisons, de castors, etc. Les spécialistes du loup s’entendent pour dire qu’une traque sur dix se conclut par l’abattage d’une proie.

 

Les gens considérant le loup comme un prédateur nuisible ignorent qu’il est en fait une espèce clé de l’écosystème. En voici un bel exemple : quand les loups ont été réintroduits dans le célèbre parc national de Yellowstone, aux États-Unis2, ils ont accompli une chose incroyable pour l’ensemble du territoire! Après une absence de soixante-dix ans (ils avaient été exterminés par l’homme), les loups se sont nourris des cervidés devenus trop nombreux dans le parc. Le retour du super prédateur a entraîné une cascade d’évènements positifs, dont certains ont influencé le paysage du parc! En effet, les loups ont été capables de restaurer le territoire dégradé par le broutage excessif des grands herbivores, simplement en jouant leur rôle d’agent régulateur. Les résultats phénoménaux du retour du loup dans le plus vieux parc national au monde ont dépassé les attentes des biologistes!

 

 

Le Canada fait piètre figure en matière de gestion de la faune. À titre d’exemples, les parcs nationaux du Gros-Morne et Terra-Nova, dans la province de Terre-Neuve-et-Labrador, font face à une surpopulation d’orignaux qui nuit à la végétation. Parcs Canada a créé un dangereux précédent en permettant la chasse à l’orignal dans ses deux parcs afin de « limiter les dégâts ». Les résultats positifs se font attendre, car les chasseurs n’ont pas accès aux secteurs reculés des parcs. Je rappelle que l’orignal a été introduit sur l’île de Terre-Neuve, il y a un peu plus de cent ans, pour « nourrir la population humaine ». À la même époque s'y déroulait l’extinction du loup par l’homme… Je rêve du jour où l’initiative du parc national de Yellowstone sera prise en exemple par les autorités canadiennes et québécoises.

 

Gisèle Benoit

 

 

Tableaux :
 
Sauvé par les eaux  Orignal et loups
Huile sur toile © Monique Benoit 
 
Huile sur toile © Monique Benoit
 
Photos :
 
Orignal mâle en santé © Florent Langevin
Orignal mâle infesté de tiques © Ministère de la Forêt, de la Faune et des Parcs
 
Références :
 
Répartition des orignaux parasités par la tique d'hiver au moment de l'échantillonnage, à l'automne 2012, 2013 et 2014.
 
2 Vidéo sur la réintroduction du loup dans le parc national de Yellowstone. They Brought A Pack Of Wolves Into A Park, And The Results Shocked Everyone. This Is AMAZING.http://www.viralnovelty.com/brought-pack-wolves-park-results-shocked-everyone-amazing/
 
 

 

 

 

 

Dans le dédale du comportement animal

Comment distinguer les indices d’une réelle maladie et interpréter les anomalies comportementales parfois observées chez la faune? Ce défi peut être relevé par l’acquisition de connaissances de base, un minimum d’expérience sur le terrain et l’absence de vision anthropomorphique1 en ce qui concerne les mammifères et les oiseaux. Comme les animaux sauvages ne pensent ni n’agissent comme nous, les humains, l’interprétation de leurs comportements en fonction de nos valeurs conduit à de regrettables méprises, ou pire encore, à la naissance de mythes populaires difficiles à dissiper.

 

Des orignaux un peu trop gentils

Il ne se passe pas une semaine sans que l’on porte à mon attention des anecdotes parues dans les journaux ou sur Internet. Dans ce genre d’article, l’interprétation du « phénomène » par le témoin tient généralement lieu d’explication officielle. Pourtant, Dieu sait si l’opinion éclairée d’un biologiste ou d’un éthologue pourrait donner au reportage une tout autre conclusion! Par exemple, l’orignal insouciant caressé par des randonneurs ravis est probablement infecté par le ver des méninges (parelaphostrongylus tenuis)2. Ayant pour hôte principal le cerf de Virginie, chez qui il entraîne peu de symptômes et de mortalité, ce parasite transmis par ce dernier aux autres espèces de cervidés s’avère fatal pour elles. Comme son nom l’indique, le ver des méninges attaque le cerveau des orignaux, ce qui réduit leur motricité et modifie leur sens de l’orientation et leur perception sensorielle. À un stade avancé de la maladie, l’animal arrête de se nourrir et tourne en rond. Le diagnostic est cependant difficile à poser au début, car le comportement de l’animal parasité change graduellement : il paraît lymphatique et cesse peu à peu de répondre aux stimulus extérieurs. La présence humaine ne l’effraie plus. Son regard fixe le vide et ses sens ne sont plus en alerte, contrairement à un sujet en bonne santé. Rien à voir avec la version anthropomorphique du gentil orignal apprivoisé!
 

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À l’état sauvage, un orignal en bonne condition physique réagit à une présence humaine dans son environnement. Certains cervidés vivant dans les parcs de conservation, là où la chasse est interdite, en viennent parfois à perdre leur crainte instinctive de l’homme. Leurs sens demeurent néanmoins en alerte : ils écoutent, regardent et flairent avec intérêt. Dans l’exemple ci-dessus, j’utilise le langage sonore de l’orignal pour établir une relation de confiance avec une biche adulte. L’approche sera graduelle et respectueuse. Je suis en face d’un animal sauvage en possession de tous ses moyens. Voir le documentaire En compagnie des Orignaux.

 

 

Des coqs fous

Autre fait divers fréquemment rapporté : une gélinotte huppée accueille quotidiennement le propriétaire d’un petit boisé, le suit partout en forêt et se perche sur son tout-terrain. L’apprivoisement (l’imprégnation humaine) explique-il un comportement aussi extravagant chez un gallinacé réputé pour sa méfiance? Dans ces cas particuliers, l’attitude des oiseaux se révèle belliqueuse et les spécialistes appellent les sujets atteints « coqs fous ». Pour une raison obscure liée à l’instinct territorial, des mâles anormalement agressifs voient des rivaux dans toutes les créatures violant leur fief. Ils passent à l’attaque en poursuivant l’ennemi en dépit de sa taille et son espèce; ils décrivent des cercles autour de l’intrus afin de l’intimider et finalement, au summum de l’aveuglement colérique, ils le chargent à coups de bec et d’ailes. En Europe, des coqs fous ont été signalés parmi les grands tétras (beaucoup plus gros et robustes que les gélinottes huppées), avec pour résultat des observateurs déroutés par leurs attaques audacieuses. En Amérique, les rouspétances inoffensives de la gélinotte huppée mâle sont prises à la légère par les témoins qui les considèrent à tort comme des manifestations amicales.
 

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Woody, l’une des vedettes du documentaire
Des oiseaux pas comme les autres,
était un coq fou.
Il attaquait ma tresse, boxait contre mon poing
et poursuivait notre véhicule sur la route de gravier
traversant son territoire.

 

 

De clown à infirme

Les anomalies comportementales peuvent quelquefois être pathétiques. On m’a déjà fait parvenir une vidéo amateur montrant une ourse noire marchant sur les membres arrière, dans la position debout! Un exploit extraordinaire et cocasse… du moins à première vue. Cette manière de se mouvoir n’étant pas habituelle chez l’espèce à l’état sauvage3, j’ai examiné de plus près le document pour découvrir avec effroi que l’ourse en question (une mère accompagnée de son ourson) avait le membre avant droit amputé de moitié. S’agissait-il d’une blessure de cause naturelle ou de la triste conséquence d’une collision avec une voiture? Selon moi, il semble plus probable qu’un piège tendu par un trappeur fut responsable de ce drame, car les animaux sauvages se mutilent parfois la patte pour échapper à une mort certaine. Motivée par ses devoirs à l’égard de son rejeton, cette ourse courageuse avait risqué le tout pour le tout afin de se libérer et, bien qu’elle s’adaptât à marcher sur trois pattes, la douleur la contraignait à se mettre fréquemment debout pour avancer uniquement avec ses membres postérieurs. La mère et son petit semblaient maigres et affamés. Il serait d’ailleurs surprenant que ces animaux aient survécu au-delà d’une hibernation, en raison de la blessure visiblement mal guérie de l’adulte. Ainsi, derrière les étonnantes prouesses des animaux sauvages se cache parfois la bêtise humaine…

Renard
Ours noir
 
 
 
Renard roux et ours noir Les Carnets Sauvages
 

Outre les connaissances basiques, l’expérience et la rigueur scientifique, l'interprétation du comportement animal exige aussi de l’empathie, de la sensibilité et un sens de l’observation très développé. Elle implique avant tout une bonne dose d’humilité. Pour ma part, je confesse sans orgueil mon admiration pour le courage exceptionnel de l’ourse infirme et la bravoure du coq fou. Et je ressens beaucoup de compassion et de tristesse pour l’orignal malade privé de son discernement et de sa réserve élémentaire à l’égard de l’homme… J’éprouve aussi de la sympathie pour mes semblables victimes d’incidents négatifs avec la faune. J’espère en freiner la répétition et la gravité en me consacrant à l’œuvre éducative de la SAS Nature.  

 

Gisèle Benoit

 

Photos :
 
Cerf de Virginie © Florent Langevin – SAS Nature
L'auteure avec un orignal En Compagnie des Orignaux © Les Productions Raynald Benoit Inc.
Woody, l'une des vedettes du documentaire Des oiseaux pas comme les autres © Les Productions Raynald Benoit Inc.
Renard roux et ours noir Les Carnets Sauvages © Les Productions Raynald Benoit Inc.
 
 
Références :

1 Anthropomorphisme : tendances à attribuer aux objets naturels et aux animaux des caractères propres à l’homme.

2 André D. DALLAIRE, Parelaphostrongylus tenuis chez un orignal (2005), Université de Montréal, Département de pathologie et microbiologie, [En ligne].
[www.medvet.umontreal.ca/cqsas/cas/orignal_vers.htm] (Consulté le 29 janvier 2010).

3 Les ours sont des plantigrades très intelligents; avec un dressage adéquat, les sujets en captivité peuvent aisément apprendre à marcher comme l’homme. Par contre, dans des conditions normales à l’état sauvage, ils se dressent sur leurs membres arrière principalement pour mieux flairer les odeurs, évaluer leur entourage, marquer les arbres ou lutter avec leurs semblables.

Une image vaut mille mots…

Il existe mille façons de tuer la beauté du monde… Pour ma part, je suis de plus en plus exaspérée par les commentaires assassins, souvent truffés d’erreurs, provenant de documentaires télévisés où la narration laisse croire aux gens que les pauvres animaux sauvages sont misérables et constamment stressés! Au lieu de renseigner le téléspectateur sur la symbiose qui lie toutes les espèces occupant un écosystème, un sujet d’émerveillement, les réalisateurs insistent sur les difficultés de survivre en milieu naturel. En regardant les nombreux reportages calqués sur ce modèle, le profane reste sur l’impression que le quotidien d’un animal sauvage est une malédiction, un parcours constamment parsemé d’embûches et d’épreuves cruelles imputables à dame Nature. La faune ne vit pas, elle survit. Or, rien n’est plus faux!  

Certaines espèces animales migrent et d’autres hibernent. Malgré des modes de vie parfois exigeants, toutes sont parfaitement adaptées à leur milieu, sinon c’est l’extinction. Mes parents et moi avons passé suffisamment de temps en compagnie des animaux sauvages pour savoir qu’ils vivent pleinement chaque instant, peu importe la saison, et qu’ils jouissent de leur liberté avec entrain, étant guidés par un instinct garant d’une existence passionnante et remplie de défis, de devoirs et de loisirs. Oui! J’ose écrire le mot « loisirs »! Jeux, exploration du territoire et interactions sociales constituent des activités divertissantes auxquelles s’adonnent la plupart des mammifères et des oiseaux, en fonction de leur disponibilité ou de la période de l’année. Des puristes de l’éthologie s’évertuent encore à trouver des utilités à ces nombreux comportements rétrogradés au rang de réflexes d’apprentissage à la chasse, au combat, etc. Va pour les jeunes animaux! Toutefois, rien n’oblige des orignaux mâles de tous âges, même les vétérans de plusieurs saisons, de se livrer à des joutes amicales, avant et après la période du rut, pour le simple bonheur de s’amuser entre bons copains. 

 

L’orignal, ce gars heureux!

Les animaux sauvages ont une vie équilibrée faite d’une alternance de périodes d’alimentation, de travail, de repos et de jeux. Si on ajoute à ce quatuor d’activités basiques la défense d’un territoire, le défi de s’accoupler et d’élever une progéniture, on rehausse la qualité de leur vie. Certes, être sauvage ne met pas à l’abri des épreuves et des drames. Être humain et civilisé non plus. La vie apporte, aux uns et aux autres, son lot de malheur et de bonheur, sans discrimination. Force est d’admettre qu’il devient cependant de plus en plus difficile pour l’homme de vivre sereinement et librement dans une civilisation où presque tout est source de stress, y compris le travail, les déplacements, l’éducation, la santé, etc. Entre l’orignal ruminant dans un sous-bois par moins 20 °C et un citadin pris dans les embouteillages, lequel des deux est le plus angoissé? La réponse amène des constats d’une disparité effrayante. L’image apaisante d’un cerf en train de ruminer équivaut à celle d’un gars heureux faisant la sieste après un bon repas, étendu dans son fauteuil, un digestif à la main. Tout va bien pour lui. À l’inverse, l’image du citadin coincé sur l’autoroute n’a pas son équivalent dans la nature. C’est précisément l’aspect contre nature des stress modernes qui attaque de plein fouet la santé physique et mentale des populations humaines.

 

Vivre et survivre, ce n’est pas pareil!

À défaut de pouvoir se libérer de son état de captif du « système », l’homme moderne tente désespérément de se persuader que la vie est cent fois pire dans le monde sauvage, que les animaux non domestiques y sont plus éprouvés, menacés et menaçants qu’il l’est, lui, l’héritier de la civilisation du progrès, dans sa banlieue tranquille. Victimes d’une propagande exercée sous forme de documentaires, plusieurs personnes finissent par croire que la nature est dangereuse, indomptée et indomptable, cruelle, sournoise et haïssable. Vaut mieux ne jamais y mettre les pieds, vaut mieux s’en détacher… Question de planter le clou encore plus solidement dans la conscience collective, on emploie à outrance l’expression « survivre » pour décrire des modes de vie animale millénaires. À force de crier au loup pour tout et pour rien, plus personne n’écoutera le message quand « survivre » sera « notre » défi. Personnellement, j’essaie d’utiliser le verbe « survivre » avec modération, principalement dans le cas d’espèces animales ou végétales menacées d’extinction, liste à laquelle je me refuse encore d’ajouter l’humanité même si celle-ci est en danger à cause des conséquences de ses actions et de ses inactions, au même titre qu’une partie de la biodiversité. 

L’art de relaxer…
 

Certaines personnes sont réticentes – ou frustrées – d’admettre que des créatures sauvages  « se paient du bon temps » ou « se la coulent douce », autrement dit, qu’elles vivent bien; alors que le monde moderne impose à ses loyaux sujets un rythme de vie stressant, dicté par la surconsommation et une perpétuelle course contre la montre, contre le bonheur et la satisfaction, les amenant vers un « cul‑de‑sac » en guise de récompense. Mais à quoi bon tout ce blablabla! Pourquoi argumenter avec des mots quand une image vaut mille mots?

Voici donc une série de photos prises par Florent Langevin, de la Gaspésie, et Luc Farrell, de l’Abitibi, deux collaborateurs et membres de la SAS Nature. Les scènes captées reflètent la paix, l’équilibre et l’harmonie originelle qui existent dans la nature. Elles célèbrent l’accomplissement individuel dans l’action et le travail, le simple bonheur d’être en vie, l’énergie de bâtir et de passer ses gènes. Elles montrent l’ivresse de vivre pleinement et de découvrir, un pas ou un battement d’ailes à la fois, la raison pour laquelle nous sommes là… 

Les jaseurs d’Amérique célèbrent leurs fiançailles en échangeant des cadeaux
qui sont, le plus souvent, des pétales ou des boutons de fleurs d’arbres fruitiers.
 

Sous-bois

Ce lièvre d’Amérique n’est pas en train de réciter une prière!
Après avoir léché ses pattes avant,
celui-ci s’apprête à frotter sa tête pour faire sa toilette. 
  

Majestueux couple de pygargues à tête blanche près de leur nid.
De quoi parlent-ils? Ils causent d’amour…
  

Ce grand pic mâle vient de nourrir son insatiable progéniture.
Les responsabilités parentales, partagées avec la femelle, comblent sa vie.
Je suis même portée à croire qu’il est fier et heureux. 
  

Libellule

Un couple de grèbes jougris s’affaire à construire la plate-forme flottante,
constituée d’algues et de débris végétaux, qui lui servira de nid.
Ce projet commun unit le mâle et la femelle; ils couveront les œufs
et prendront soin des poussins conjointement, avec un grand dévouement. 
  

La compagnie est agréable pour ces castors peignant leur fourrure
avec les griffes de leurs pattes avant et arrière.
Comblés, heureux, capables de se détendre, de profiter de chaque instant
et de se réaliser en tant qu’espèce et en tant qu’individu unique,
tout en s’occupant à mille tâches!  
  

Ils sont maintenant trois à se bousculer pour le plaisir, sans la moindre agressivité.
Chez les animaux et les oiseaux sauvages, on peut observer des similitudes nous reliant à eux,
sans avoir à utiliser les mots « lutte pour la survie ».
  

L’espoir est infiniment plus fort que la peur, et le monde sauvage, quoique souvent malmené et méprisé par notre civilisation, demeure le dernier refuge de l’espoir.

Merci à Florent Langevin et Luc Farrell pour leurs témoignages émouvants que représentent leurs magnifiques images signées Espoir...

 

Gisèle Benoit

 

Photos
 
Bécot de loutres! © Collection Luc Farrell
Joute amicale entre orignaux © Florent Langevin – SAS Nature
Jeune renard roux © Collection Luc Farrell
Couple de jaseurs d’Amérique © Florent Langevin – SAS Nature
Lièvre d’Amérique © Collection Luc Farrell
Pygargues à tête blanche © Collection Luc Farrell
Grands pics © Collection Luc Farrell
Grèbes jougris © Collection Luc Farrell
Castors © Collection Luc Farrell
Orignaux mâles © Florent Langevin – SAS Nature

Langage corporel : nos attitudes transmettent des messages! (Partie 1)

Montrer patte blanche

Que nous en soyons conscients ou non, nos mouvements et nos attitudes corporelles transmettent des messages susceptibles d’entraîner des réactions étonnantes chez les animaux, domestiques ou sauvages. Dans cette série de trois chroniques, j’aborde ce sujet passionnant à l’aide d’exemples clairs, tout en recommandant aux personnes qui s’aventurent en forêt l’usage de quelques règles fondamentales. Mission délicate, car certains de mes conseils concernent la prévention de conflits avec la faune. Je ne veux pas me faire alarmiste ni donner des arguments à tous ceux et celles qui considèrent les animaux sauvages comme dangereux et menaçants. Le principal facteur de risque provient de l’ignorance, de la négligence et de l’irrespect trop souvent manifestés par les rares victimes d’agressions impliquant un représentant de notre faune. J’encourage d’ailleurs mes lecteurs à partager l’enseignement contenu dans ces chroniques avec leurs amis, afin de poursuivre l’œuvre de sensibilisation amorcée sur ce site. 

Portrait d'Alexis – Gouache

 

Toujours privilégier une attitude franche

On me demande souvent comment gagner la confiance d’un orignal, d’un renard, d’une perdrix, etc., comme s’il existait des trucs ou une recette miracle permettant d’approcher les animaux sauvages les plus timides. Évidemment, la réponse varie selon l’espèce et le contexte, et rien ne garantit le succès à l’observateur respectueux des règles de base. D’après mon expérience, le privilège d’obtenir la confiance d’une créature quelconque, y compris celle d’un sujet domestique comme le chien, le chat ou le cheval, repose sur le respect, la patience, l’empathie et la franchise. Comme le prouvent les deux premières anecdotes de cette chronique, le fait d’avoir des attitudes franches, de montrer patte blanche et de ne pas chercher à leurrer ou manipuler un animal contribue pour beaucoup à créer un climat de confiance. 

L'approche directe et ouverte des enfants leur permet
de gagner rapidement la confiance des animaux,
sauvages ou domestiques.

 

Les orignaux du lac Maligne

À l’automne 1995, mes parents et moi avons étudié une petite population d’orignaux dans le parc national du Canada Jasper, en Alberta. La plupart des cervidés se montraient très familiers, dans la mesure où les touristes se comportaient de manière prévisible. Nous nous étions pris d’affection pour deux grands mâles que la fin du rut avait réunis dans la camaraderie caractéristique de l’ordre d’Alces. Nous n’avions qu’à suivre leurs traces dans la neige pour les observer à loisir, ici et là, dans les recoins paisibles de la vallée du lac Maligne. Cet endroit magnifique s’avérait déserté par les visiteurs en cette période de l’année marquée par la froidure, la grisaille et le silence. Toutefois, par un bel après-midi, nous trouvâmes le plus gros des deux orignaux littéralement encerclé par une dizaine de touristes. La situation nous sembla critique, car les gens se trouvaient à trois ou quatre mètres du cervidé, tous excités, ravis et inconscients du risque encouru. Ils gesticulaient et allaient rapidement d’un côté à l’autre du géant afin de prendre des clichés avec leur appareil photo non équipé d’un objectif zoom. Notre inquiétude baissa d’un cran quand nous constatâmes le calme quasi imperturbable de l’orignal qui continua à brouter des ramilles plutôt que de prendre ombrage du comportement envahissant de ses admirateurs. Ces derniers agissaient néanmoins avec l’imprudence du profane. Lorsqu’ils revinrent vers leur véhicule laissé sur le bord de la route, nous leur fîmes promettre de ne plus s’approcher à moins de quinze mètres d’un orignal et de ne plus jamais cerner ou encercler un animal sauvage. Nos mises en garde furent données avec les explications d’usage, et l’histoire se conclut de manière positive grâce à l’infinie patience d’un gentleman orignal qui en avait probablement vu bien d’autres! Par ailleurs, je suis convaincue que l’attitude franche et ouverte de ces touristes innocents avait, en partie, compensé leur manque de courtoisie et de prudence à l’égard du roi de nos forêts. 

Deux jours plus tard, le duo d’orignaux mâles broutait des ramilles dans une vaste clairière, épaule contre épaule, au beau milieu d’une aire de pique-nique recouverte de neige. Il faisait – 10 °C et la glace commençait à recouvrir d’un miroir transparent la baie du majestueux lac Maligne. Nous observions les cervidés depuis le petit matin. Un caribou des bois passa vers 9 h et, un peu plus tard, les lointains hurlements d’une meute de loups projetèrent leurs échos d’une montagne à l’autre. Nous avions aperçu les pas d'un grizzly dans la neige fraîche, à moins d’un kilomètre du lac. De temps en temps, un orignal dressait sa tête massive afin de sonder les sous-bois voisins avec son odorat puissant, braquant ses oreilles poilues en direction d’un son suspect nous ayant échappé. Monique, Raynald et moi étions constamment à l'affût du moindre signe d'inquiétude dans le regard de nos compagnons à couronne. Leur comportement nous préviendrait de la venue du grizzly. En effet, les ongulés se méprennent rarement sur les intentions d’un prédateur; celui-ci est vite classé dangereux ou inoffensif. À un certain moment, les deux orignaux se mirent à fixer le sentier par lequel mes parents et moi étions venus. Quelque chose approchait et la tension montait de seconde en seconde chez les cervidés. Ils humaient le vent, agitaient leurs oreilles en tous sens et roulaient des yeux anxieux dans leur orbite. Nous avions beau regarder dans la même direction qu’eux, nous ne voyions rien. Soudain, la crinière du plus grand se hérissa et la peur se transmit d’une bête à l’autre, puis des bêtes au trio Benoit. 

Portrait d'un loup noir – Gouache
 

Nous redoutions l'arrivée d'un grizzly, mais il pouvait aussi s'agir d'un loup, une rencontre beaucoup moins menaçante pour nous. Nos cœurs battaient néanmoins la chamade, car si c'était un ours, il nous bloquerait le passage vers la sécurité de notre véhicule. Dans l’intervalle, les orignaux urinèrent en frottant les glandes situées à l'intérieur de leurs pattes arrière. Cet ultime message était clair : le danger arrive, sauve qui peut! Nous découvrîmes enfin le trouble-fête : un photographe animalier vêtu d’habits de camouflage qui, au lieu d'avancer normalement dans le sentier, tentait une approche en sourdine, se cachant derrière les larges troncs des conifères menant à la clairière. L’homme nous voyait pourtant, debout à dix mètres des cervidés, mais sa culture de chasseur étant plus forte que le bon sens, il préférait user d’un stratagème d’approche identique à celui d’un prédateur en chasse. « Quelqu’un qui se cache a immanquablement quelque chose à cacher » semblaient se dire les orignaux. L’instinct de survie leur dicta la prudence et ils s’éloignèrent d’abord aux pas, puis au trot. Aussi tolérants, patients et familiers qu’ils fussent envers les êtres humains, ces animaux gagnèrent en vitesse le couvert de la forêt et s’y enfoncèrent au milieu de craquements secs et bruyants. Nous ne les avons pas revus du reste de notre séjour. 

Il est facile d’observer les orignaux dans les monts Chic-Chocs.
J'ai publié un mémoire sur la cohabitation des grands cervidés avec les touristes, au parc national de la Gaspésie.
Une version PDF est disponible sur ce site.
 

Ces exemples prouvent que n’importe quel animal sauvage peut être confondu par des attitudes inadéquates. Je conseille donc aux gens avides de gagner la confiance d’un orignal, d’un renard, d’une perdrix, etc., de se présenter devant leur sujet sans cacher leur identité et leurs intentions pacifiques. Une approche calquée sur la culture du chasseur est à proscrire, car la plus importante des règles de conduite demeure la franchise. Quant aux chasseurs tentés de tricher en jouant à l’observateur innocent, leur désir de tuer les trahira d’une autre manière, puisque les animaux possèdent une sorte de sixième sens pour détecter le danger au-delà des attitudes corporelles. L’étonnante intuition animale fera l’objet d’une chronique subséquente.

 

Chargés par un orignal

Manifester ouvertement notre identité humaine contribue à éviter des méprises pouvant avoir des conséquences funestes. Encore une fois, je parle en toute connaissance de cause. En 1991, mes parents et moi avancions sur un sentier abandonné, dans une aulnaie du parc national de la Gaspésie. Évidemment, notre but était de surprendre les orignaux pour les étudier et les filmer dans le cadre de nos recherches sur l’espèce. Nous marchions donc en silence sans nous douter qu’un grand mâle accompagné d’une biche nous écoutait approcher. Convaincu d’avoir affaire à un rival, le géant sortit soudainement à quelques mètres devant nous, beaucoup trop près pour oser tourner le dos au danger associé à notre présence. En effet, l’animal avait rapidement constaté qu’au lieu d’un rival à combattre, seuls trois humains étaient coupables de l’avoir involontairement induit en erreur. Pas question pour lui de battre en retraite dans un aussi petit espace. Dès lors, je sus que le cervidé aveuglé par la panique allait charger, car il se sentait piégé et coincé; il croyait sa vie menacée. Sachant que le moindre mouvement risquait de précipiter sa charge, nous restâmes immobiles et calmes dans l’espoir que notre état d’esprit désamorcerait sa tension. Quelques instants plus tard, le puissant animal baissa son panache et fonça sur nous. Il emporta dans sa couronne le trépied et la caméra de mon père; par miracle, celui-ci demeura debout sur place. Ma mère fut traînée sur une dizaine de mètres sans souffrir d’une ecchymose et je me relevai des taillis où j’étais tombée lors du passage en trombe du géant. L’orignal ne revint pas s’acharner sur nous. Il eût d’ailleurs été anormal qu’il le fasse, étant donné que son geste agressif visait uniquement à le sortir d’une impasse. Aucun risque possible de récidive!

Sortir tous les trois indemnes d’une telle mésaventure tient littéralement du prodige! Nous en fûmes quittes pour un violent choc nerveux et une bonne leçon : notre approche silencieuse était responsable d’un incident qui aurait pu nous coûter la vie! Nous seuls étions à blâmer.

Depuis ce jour, nous parlons et faisons des bruits humains chaque fois que nous devons circuler dans les fourrés épais. Nous conservons un profond amour pour l’orignal qui, à nos yeux, reste le cervidé le plus doux et le plus sécuritaire à côtoyer.

 

Gisèle Benoit

 

Tableaux :
 
Portrait d'Alexis
Gouache © Gisèle Benoit
 
Portrait d'un loup noir
Gouache © Gisèle Benoit 
 
 
Photos :
 
Ours noir de mauvais poil © Les Productions Raynald Benoit Inc.
La jeune Daphnée et le Tétras © Les Productions Raynald Benoit Inc.
Les orignaux du lac Maligne © Les Productions Raynald Benoit Inc.
Orignaux au mont Ernest-Laforce © Florent Langevin

Langage corporel : nos attitudes transmettent des messages! (Partie 2)

Cours après moi que je t'attrape!

Ma chatte Bibili avait un tempérament bouillant. Pour tout dire, son agressivité et son instinct territorial contrebalançaient sa petite taille quand elle s'en prenait à ses congénères. Ses menaces félines s’avéraient toutefois inutiles et fort dangereuses quand elles visaient les matous des environs, des seigneurs à moustache n’appréciant guère d’être défiés par qui que ce soit de leurs sujets. Comme il fallait s’y attendre, mon amie recevait de temps à autre une bonne raclée dont elle ne conservait que des écorchures mineures et des blessures d’orgueil ne faisant qu’augmenter ses comportements hargneux envers les chats du voisinage. Bibili apprit néanmoins à respecter les matous, à les craindre et à les éviter. Quand un tel indésirable pénétrait sur le domaine Benoit, dont elle était propriétaire, elle se recroquevillait, oreilles rabattues, poils du dos et de la queue hérissés, prête à s’enfuir vers la maison ou l’arbre le plus proche. Son regard rempli de colère et de bravades laissait cependant croire au rival que la belle était prête à combattre. En effet, concéder la victoire sans aucune argumentation eût été indigne de ma chatte, car elle portait la fatuité féline à un très haut degré.

Parfois, je jugeais intéressant de donner un petit coup de pouce à ma courageuse amie. Dès qu’un matou de passage manifestait de l’agressivité envers elle, je sortais prestement de la maison afin de le chasser. Or, chacune de mes interventions se terminait de la même manière : l’intrus prenait la fuite, un signal aussitôt interprété par Bibili comme un aveu de faiblesse. Poussée par des sentiments de victoire et de supériorité, ma chatte s’élançait derrière l’ennemi et le talonnait jusqu’à la frontière de notre territoire commun. Une fois, elle rejoignit un énorme chat et lui planta les griffes de ses pattes avant dans les flancs. Le matou poussa un cri de terreur, culbuta sur lui-même et reprit sa course vers le salut, suivi de près par une chatte en furie gonflée à bloc par son triomphe au combat. Dès que ses victimes s’échappaient en franchissant la limite du fief défendu, Bibili revenait vers moi tranquillement en se pavanant sur le bout de ses pattes raidies, le dos et la queue en forme d’arc, fière d’un exploit dans lequel « je n’avais rien à voir ». L’excitation de la petite chatte tricolore était à son comble; idem pour sa suffisance. Je me faisais alors cette inévitable remarque : « Voilà pourquoi il est impératif de ne jamais s’enfuir en courant devant un ours bougon! » 

 

Marcher ou courir?

Dans le monde sauvage, on court pour échapper aux dangers, pour fondre sur une proie ou pour prendre de vitesse un rival en période de rut. Il n’y a donc rien d’étonnant à ce que la vue d’un homme s’entraînant à la course soit interprétée par la faune de deux manières : ou bien elle trahit la peur du coureur, ou bien elle annonce une agression de sa part. Dans un cas comme dans l’autre, il en résulte un stress suffisant pour inciter certains animaux sauvages à être sur la défensive ou à passer à l’attaque. Ces comportements instinctifs sont dangereux pour le joggeur insouciant qui les a déclenchés inopinément. C’est un phénomène assez important pour que la Direction des parcs nationaux de l’Alberta recommande aux adeptes du jogging d’aller au pas lorsqu’ils croisent des troupeaux de wapitis, surtout en automne. En effet, des attaques contre des coureurs ou des cyclistes surviennent sur les sentiers durant la saison des amours de ces grands cervidés. La plupart des incidents impliquent des mâles devenus agressifs et susceptibles en raison du rut. Selon bon nombre d’experts, le passage d’un homme ou d’une femme à la course exciterait aussi l’instinct du prédateur et pourrait expliquer quelques-unes des rares attaques de couguar, de grizzly ou d’ours noir s’étant produites au Canada.

Loin de moi l’idée de verser dans le sensationnalisme en décortiquant les cas d’attaques accidentelles d’animaux sauvages contre l’homme. Il faut plutôt retenir le constat suivant : presque tous ces incidents résultent d’une négligence ou d’un manque de prudence imputables à la victime. Une majorité d’agressions pourraient donc être évitées si les usagers de nos grands espaces sauvages étaient mieux renseignés sur les comportements prévisibles de la faune. La plupart du temps, l’arrivée subite d’un joggeur engendre spontanément la fuite des petits mammifères comme des grands. Il faut néanmoins être conscient d’un fait indéniable : les adeptes de la course à pied risquent beaucoup plus de déclencher un comportement agressif chez un animal sauvage que les randonneurs qui s’adonnent à la marche. 

Toile

Orignal aux abois – Huile sur toile
 
Les loups testent toujours la résistance et le courage des grands ongulés avant de les prendre en chasse. Dans le tableau intitulé Orignal aux abois, un cervidé cède à la panique : il s'épuisera à courir dans la neige,talonné de près par la meute lancée à sa poursuite.
 
Le tableau de Monique intitulé Observation réciproque propose le scénario inverse : deux orignaux conservent leur calme et affrontent les loups sans broncher tandis que la meute cherche la faille, c'est-à-dire un signal de faiblesse ou de peur pouvant annoncer une capture facile. Des études démontrent que l'orignal passe le test neuf fois sur dix, ce qui oblige les loups à chercher une proie plus vulnérable ailleurs.
 
Bonne nouvelle! Au delà des mythes populaires et des légendes, le genre humain ne figure pas sur la liste des proies de Canis lupus. La devise du loup : Tout vaut mieux que de s'approcher de l'homme!
 

Toile

Observation réciproque – Huile sur toile

 

Du jogging à la poudre d’escampette

Il y a la course d’entraînement pratiquée par les joggeurs, mais il y a aussi la course déclenchée par réflexe à la suite d’une grande frayeur. L’homme n’ayant pas la vélocité et l’endurance d’un animal, il ne peut prétendre échapper à l’attaque d’un sujet agressif en prenant la poudre d’escampette. Le comportement de Bibili nous montre exactement les attitudes à proscrire et celles à prendre pour empêcher qu’une mauvaise rencontre dégénère en agression. Dans le cas de ma chatte, un cocktail explosif d’émotions allant de la peur à la colère entraînait automatiquement une attaque dès que « l’ennemi » battait en retraite à toute vitesse. Le parallèle est facile à établir avec une rencontre qui tourne mal entre un randonneur et un animal sauvage. Devant une telle situation, il est préférable de « négocier » avec la bête pour désamorcer le conflit, tout en évitant de lui donner l’avantage psychologique et la tentation d’attaquer en prenant les jambes à son cou. Fuir devant un ours ou un cervidé de mauvais poil est de loin la pire des réactions à avoir, car elle traduit la peur et envoie un signal de faiblesse, deux invitations irrésistibles à la poursuite et l’agression.

La motivation de Bibili se résumait à vouloir chasser les intrus de son domaine, un comportement territorial normal entre chats. Dans le monde sauvage, la territorialité s’exprime en général de manière interspécifique, ou bien entre deux espèces concurrentes. L’homme fait donc rarement l’objet d’une agression ayant pour déclencheur l’instinct territorial proprement dit. Voici les principaux facteurs pouvant entraîner des comportements belliqueux chez les animaux sauvages :

  • Être surpris et croire sa vie menacée;

  • Être cerné, piégé et coincé sans autre choix que de faire face;

  • Être blessé et incapable de s’enfuir en cas de danger;

  • Associer la présence de l’homme à de la nourriture (cas fréquents et dramatiques chez les ours noirs ayant été nourris par les campeurs, les pêcheurs et autres usagers des grands espaces);

  • Vouloir défendre sa progéniture, son abri ou sa tanière, un site d’alimentation ou une proie fraîchement abattue;

  • Vouloir protéger l’intimité de son couple en période de rut;

  • Vouloir affirmer son rang social et imposer sa dominance;

  • Considérer l’homme comme une proie potentielle (cas exceptionnel).

 
Ours
Ours
 
Situation potentiellement explosive : un ours noir voit sa route bloquée par des touristes. Fort heureusement, l'animal cerné sera plus sage que les observateurs et évitera tout conflit en se retirant par le coteau. Un ours différent confronté au même problème aurait pu s'impatienter, se croire menacé et s'en prendre aux randonneurs. Prudence avec les ours!
 

La distance séparant le randonneur de l’animal joue toujours un rôle déterminant dans le degré d’agressivité. Par exemple, une ourse noire accompagnée de ses oursons, surprise par des marcheurs à une distance de cent mètres, choisira habituellement de tirer sa révérence sans faire de bruit. Par contre, surprise à dix mètres, elle ordonnera à ses petits de grimper dans l’arbre le plus proche et fera face au danger par des menaces, des feintes de charge ou une attaque immédiate. La saison influe aussi sur les comportements agressifs des animaux sauvages. Lors de la période de la mise bas printanière, les femelles orignal sont nerveuses et beaucoup moins tolérantes envers l’homme que plus tard en été.

Ours

L'orignale est une mère vigilante et courageuse; nous avons vu des biches pourchasser un ours noir afin de défendre leur progéniture. Lors d'une randonnée printanière près du lac Cascapédia, mes parents et moi avons surpris une femelle qui venait de mettre bas. Malgré ses menaces à notre endroit, nous sommes restés calmes et avons lentement rebroussé chemin évitant ainsi une charge certaine. Le réflexe de fuir en courant aurait déclenché une agression; le fait de demeurer bêtement sur place en ignorant le stress et les mises en garde de la mère eût été tout aussi risqué. Chez l'orignal, la période de mise bas s'étend de la fin de mai à la mi-juin.
 

Quelles que soient la distance ou la saison, le randonneur confronté à une mauvaise rencontre doit conserver son calme et ne pas céder à son envie de fuir en courant. Le plus urgent est de chercher à comprendre les motifs poussant l’animal sauvage à se montrer agressif. Il importe surtout de ne pas envenimer la situation en faisant un pas de trop dans la mauvaise direction. Une fois la cause identifiée (présence de petits, d’une tanière, d’une carcasse ou d’une blessure), il devient possible d’adopter le comportement approprié. Le témoin doit alors se retirer lentement, de préférence à reculons sans mouvements brusques. De plus, parler doucement peut rassurer l’animal sauvage stressé; à l’opposé, crier ou le fixer trop intensément risque d’être interprété comme des provocations. Il faut donc l’avoir à l’œil sans constamment chercher à croiser son regard. Le sujet doit clairement comprendre que nous avons pris acte de son message et, à ce moment, un retrait effectué avec sang-froid permettra de clore l’incident en évitant le pire.

Si par hasard vous tombez sur un ours qui claque de la gueule en vous regardant ou sur un orignal qui couche les oreilles en faisant quelques pas dans votre direction, songez à Bibili…

 

Gisèle Benoit

 

 
Tableaux :
 
Orignal aux abois
Huile sur toile © Gisèle Benoit
 
Observation réciproque – Orignaux et loups 
Huile sur toile  © Monique Benoit
 
Photos :
 
Bibili surveillant son domaine © Gisèle Benoit 
Ours noir © Sylvain Jean – SAS Nature
Ours noir au parc national du Canada Forillon © Source anonyme
Biche et faon en juin, région de Timmins, Ontario © Gilles Boudreau – SAS Nature
Bibili © Gisèle Benoit
L'art et la nature

 

Chroniques de Gisèle Benoit : L'art et la nature

Mes chroniques sur l’art et la nature s'attardent sur toutes les formes d'expression, tant photographique, poétique que musicale, nous permettant de célébrer notre amour de la Vie ou d'exprimer nos préoccupations environnementales. Je souhaite que mes réflexions sur l'art ouvrent des pistes que tous et toutes pourront suivre à leur rythme. J’espère surtout qu'elles aideront petits et grands à mieux apprécier dame Nature, cette muse universelle.

Le comportement animal

 

Chroniques de Gisèle Benoit : Le comportement animal

Faire le mort pour échapper à un ours agressif; abattre inutilement le renard sociable soupçonné d’être porteur de la rage; approcher et toucher un orignal flegmatique en l’imaginant « prodigieusement » apprivoisé; amener chez soi un faon cerf de Virginie après l’avoir découvert seul et présumé orphelin; ces réactions humaines excessives et souvent inappropriées prouvent la nécessité d’une chronique ayant pour but la démystification des comportements animaliers les plus singuliers.

 

memoire

Mémoire sur la cohabitation des orignaux et des touristes au parc national de la Gaspésie

[…] les contacts de proximité entre humains et orignaux ont passablement augmenté depuis dix ans, principalement en raison du nombre accru de randonneurs et de la tolérance naturelle du cervidé. L’automne dernier, par exemple, des orignaux broutaient des ramilles et s’accouplaient près du Gîte du Mont-Albert, indifférents à la présence de dizaines de touristes émerveillés...

La photo du mois – Septembre 2017

Lichen arboricole © Florent Langevin – SAS Nature
« Pour ceux qui la connaissent, la forêt est une réalité vivante, elle respire, elle a une âme que l’on peut comprendre. »
 
Grey Owl, naturaliste et auteur canadien (1888-1938)
 

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Rendez-vous avec... les loups! 

  • Photo auberge
  • Triptyque gauche
  • Triptyque centre
  • Triptyque droit
  • 1
  • 2
  • 3
  • 4
 

Le spectaculaire triptyque Le Rendez-vous    Meute de loups, de Gisèle Benoit, est exposé à l'Auberge La Seigneurie des Monts. Chaque toile mesure 48 pouces x 72 pouces, pour une largeur totale de 18 pieds. Une œuvre majeure à découvrir, dans le cadre d'un partenariat touristique entre l'Auberge et la Galerie d'art Monique et Gisèle Benoit.

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