• 10e anniversaire de la série documentaire Les Carnets Sauvages
  • Le beau livre d'art FRISSON SACRÉ DU MONDE SAUVAGE
  • Exposition Les petits princes de la nature
  • Exposition Les petits princes de la nature
  • Documentaires sur DVD
  • Exposition Les petits princes de la nature
  • Galerie d'art
  • 1
  • 2
  • 3
  • 4
  • 5
  • 6
  • 7

L'Art pour émouvoir, la Science pour comprendre et la Nature pour survivre!

Fondée en juin 2008 par la famille Benoit et plusieurs de ses collaborateurs, la Société Art et Science pour la Nature (SAS Nature) a pour mandat l'éducation du public en matière de protection de la faune et de conservation des habitats naturels. Comme son nom l’indique, cet organisme à but non lucratif utilise l’art et la science comme outils de sensibilisation, principalement à travers l'œuvre missionnaire de Monique, Gisèle et Raynald Benoit, figures bien connues des domaines de l'art animalier et du documentaire sur la vie sauvage. 

 

Exposition : Les petits princes de la Nature

Pour plus d'informations sur cette nouvelle exposition, rendez-vous au http://sasnature.org/index.php/FR/galerie-d-art-monique-et-gisele-benoit.

Voici quelques commentaires de visiteurs à la Galerie d'art Monique et Gisèle Benoit :

Un havre de paix! Tant de beauté et d'amour dans chaque tableau...

Que de merveilles pour les yeux et l'âme! Nous reviendrons...

Vibrante exposition... Émotion, splendeur, grandeur nature. À voir absolument!

Merci pour cette magnifique exposition, cette communion avec la nature et cette grande sensibilisation envers les animaux!

Faire une visite en ligne de l'exposition

Chroniques Nature à la une

Sonnez, merveilles!

Sonnez, merveilles!

Odette Langevin

Les dernières notes d'une étude de Chopin, brillamment interprétée par le pianiste québécois Louis Lortie, viennent de s’envoler doucement qu'elles vibrent encore en moi. La musique classique me permet de vivre des instants merveilleux, exaltants et inspirants; elle me transporte vers la Nature, source de Vie! Cependant, quelle tristesse de constater que cette musique magnifique, qui a traversé les siècles, est désormais en péril! Heureusement, un homme s'est levé afin de nous faire prendre conscience de cette situation : Kent Nagano,...

Le sentier pédestre ou l’art de voir

Le sentier pédestre ou l’art de voir

Lucie Gagnon

Lunettes de soleil, bâtons de marche, collation et gourde d’eau, voilà le randonneur fin prêt à fouler le sentier. Avançant d’un pas rapide et énergique, il lorgne le faîte de la montagne qui embrase son imagination, espérant découvrir là-haut un décor spectaculaire. L’adepte des grands espaces augmente la cadence, mais attention! Son but très précis l’éloigne des trésors que la nature sait si bien dissimuler tout au long du trajet. Le marcheur ignore peut-être que le ravissement souhaité exige plus...

Boréalie en péril, mémoire sur la forêt boréale de Gisèle Benoit

Ce reportage vidéo présente le mémoire Boréalie en péril, écrit par Gisèle Benoit. La naturaliste y dresse le portrait inquiétant de certaines portions de la forêt boréale canadienne, notamment celle du Nord de l’Ontario où elle a dirigé, jusqu’en mai 2014, un centre d’étude du comportement de la faune. Le mémoire est disponible en versions française et anglaise (format PDF) et peut être téléchargé avec les liens ci-dessous.

Gisèle Benoit

 

Gisèle Benoit, peintre et naturaliste

Comme Grey Owl, Gisèle vit la moitié de l’année dans une cabane près d’un lac en compagnie des animaux sauvages et prend la plume, sinon le pinceau, pour décrire l’existence des bêtes. Quand elle quitte son refuge, c’est pour s’adonner à des activités publiques visant à faire connaître la forêt boréale. Les chroniques de Gisèle sont classées en trois catégories.

Qui est Gisèle Benoit?

Les chroniques de Gisèle sont classées en trois catégories :

Les animaux... des êtres sensibles!

En juillet 2013, une jolie rousse dotée d’un sens de l’humour incomparable est entrée dans ma vie : une renarde adulte. Nous avons établi un contact dès notre première rencontre, puis ses visites sont devenues quotidiennes. À l’approche de l’automne, Roukine a pris lentement ses distances. 

J’ai un faible pour les renards. Mi-félins, mi-canins, ces animaux intelligents n’en finissent plus de me surprendre. D’ailleurs, des expériences menées avec des sujets en captivité, en Russie, ont démontré que l’espèce peut être domestiquée en quelques générations par des croisements de bêtes dociles. Cette prédisposition naturelle du renard roux rappelle étrangement celle du loup, l’ancêtre du chien, prouvant qu’entre le domestique et le sauvage n’existent souvent que nos préjugés, notre ignorance et notre besoin maladif de tout dominer. Dès que tombent les barrières inventées et imposées par notre culture moderne, nous découvrons le monde vivant dans son universalité; nous cessons alors de faire des distinctions entre les espèces, les races et les statuts de créatures libres (sauvages) ou au service de l’homme (domestiques).

Il était impensable pour moi de refuser l’amitié que m’offrait la joyeuse renarde de l’été 2013. Pour elle, tout devenait un jeu : une branche tombée sur la pelouse, une motte d’herbe, un morceau d’écorce, le bout de sa queue en mue. 

  

Sa gaieté contagieuse m’a poussée à lui lancer des objets qu’elle poursuivait de la même manière qu’un chien… Sur la photo ci-dessous, elle bondit pour attraper une pomme! 

  
 

Aller à contre-courant a toujours fait partie de ma nature. Or, cette petite renarde pas comme les autres possédait aussi ce trait de caractère exaltant et dangereux. Les audacieux comme nous prennent parfois des risques dont ils sont les seuls à subir les conséquences. Je crois que de nombreux renards roux ont dû payer de leur vie le désir soudain – et un peu fou, avouons-le – de s’approcher de l’humain pour s’en faire « un ami ». Par ailleurs, je sais par expérience que s’investir corps et âme dans une relation avec un animal sauvage peut être mal perçu, ou paraître étonnant, aux yeux d’une majorité de mes semblables. Quand j’ai téléphoné au vétérinaire dans le but de lui demander un vermifuge pour Roukine, « une renarde » d’environ quatre kilos (neuf livres), il y eut un long silence au bout du fil… 

Ceux et celles qui aiment les animaux supportent mal les négligences et les mauvais traitements dont ils sont victimes. Le 6 août 2014, tout comme les quelque 46 000 signataires du manifeste Les animaux ne sont pas des choses, j’ai été heureuse d’apprendre que le ministre de l’Agriculture, des Pêcheries et de l’Alimentation, Pierre Paradis, venait d’annoncer son intention de mettre sur pied un projet de loi qui redéfinirait l’animal dans le Code civil du Québec et lui accorderait un statut d’être sensible. M. Paradis aurait en effet obtenu un accord de principe avec la ministre de la Justice, Stéphanie Vallée, pour entamer une telle réforme. (Source : SPCA)

Je suis cependant dégoûtée par l’attitude de ce même gouvernement concernant l’entreprise d’élevage d’animaux à fourrure devenue tristement célèbre, après que les médias eurent révélé l’ampleur de la maltraitance et des négligences subies par des renards et des visons. Effectivement, les autorités du ministère des Forêts, de la Faune et des Parcs (MFFP) du Québec refusent de secourir les quelque 80 renards roux vivant dans cet enfer. Pourtant, de nombreuses inspections effectuées par le MFFP au cours des dernières semaines ont démontré que les renards se trouvaient dans un état critique et éprouvaient de graves problèmes de santé. Certains souffraient de déshydratation, d’émaciation, de fractures des orteils, de blessures à la queue, de fractures des dents, d’infections des oreilles et des yeux, d’hémorragie interne et de problèmes neurologiques. La situation de ces renards n’a cessé de se détériorer depuis. Environ 10 000 visons avec plusieurs problèmes de santé sont également sur les lieux. Malgré des efforts répétés de la part de la SPCA de Montréal, de la Humane Society International/Canada et du public pour convaincre le MFFP de se servir de ses pouvoirs afin de venir en aide à ces animaux, le Ministère maintient son refus de saisir les animaux. (Source : SPCA)

L’entêtement du MFFP traduit peut-être l’hypocrisie d’une partie de la population à l’égard des animaux sauvages. Nous dorlotons volontiers nos animaux de compagnie, nous avons un souci grandissant des conditions de vie du bétail et des volailles, mais nous continuons de ne voir en l’animal sauvage qu’une cible, un trophée, un gibier, une fourrure ou une simple nuisance auquel nous pouvons infliger n’importe quels sévices. Si un trappeur décidait d’éliminer les chats et les chiens errants de nos villes avec ses pièges à renard ou à coyote; si un archer tentait d’abattre un cheval ou une vache avec ses flèches, au lieu de viser un orignal anonyme au fond des bois, loin des regards, une foule de gens descendrait dans les rues pour dénoncer la cruauté de telles mises à mort. 

À mon avis, si le MFFP portait secours aux visons et aux renards en détresse, sur la ferme d’élevage près de Saint-Hyacinthe, en Montérégie, il ouvrirait une boîte de Pandore susceptible d’avoir des répercussions sur les activités des trappeurs et les comportements de certains chasseurs. Reconnaître qu’il est « criminel » de faire souffrir un animal sauvage nous obligerait à un véritable renouveau dans nos rapports fondamentaux avec la Nature ainsi que dans les activités de loisirs que nous y pratiquons. Le MFFP craindrait-il ce grand changement? Voilà pourquoi il reste de marbre dans ce dossier. Au Québec, des dogmes contre-évolutifs persistent : les trappeurs sont des héros et les retombées économiques liées à la chasse justifient l’inaction en matière de cruauté animale, tant qu’il n’est question que de la faune. 

Tout comme la SPCA, la SAS Nature vous encourage à continuer d’écrire au ministre des Forêts, de la Faune et des Parcs, Laurent Lessard, pour demander la saisie des renards et des visons en détresse, en visitant le lien suivant : http://www.spca-mtlaction.com/index_fr.php.

 

Gisèle Benoit 

Naturaliste, peintre animalière
et porte-parole de la SAS Nature

 

 

Crédits photographiques :
 
Roukine au ruisseau © Monique Benoit
 
Roukine au galop sur la pelouse © Monique Benoit
 
Roukine jouant avec sa queue (2 photos) © Monique Benoit
 
Roukine bondissant pour attraper une pomme © Monique Benoit
 
Gisèle, son père Raynald et Roukine un matin de juillet, à la résidence familiale des Benoit, en Gaspésie  © Monique Benoit
 
Un vison heureux © Raynald Benoit
 
Roukine au ruisseau en compagnie de Gisèle © Monique Benoit

 

Sources :
 
SPCA. Annonce d’un nouveau projet de loi visant à modifier le statut juridique des animaux, [Communiqué de presse], [En ligne], 7 août 2014.
[http://www.spca.com/?p=9751&lang=fr] (Consulté le 27 octobre 2014).
 
SPCA. Le gouvernement du Québec refuse de secourir des renards en détresse élevés dans une ferme d’animaux à fourrure, [Communiqué de presse], [En ligne], 14 août 2014.
[http://www.spca.com/?p=9772&lang=fr] (Consulté le 27 octobre 2014).

Prophètes de malheur ou professeurs d’espérance?

 

Si vous lisez ce texte, c’est que la fin du monde n’est pas arrivée le 21 décembre 2012, malgré les prédictions d’une certaine pseudo-science. En fait, rien n’a changé au lendemain de cette date fatidique : le monde continue à « tourner carré ». La politique, l’économie et le sport font les manchettes des médias tandis que les dangers tangibles pesant sur le règne du vivant, dont nous faisons partie, ne retiennent pas suffisamment l’attention. Je parle évidemment du réchauffement climatique et de ses conséquences. Faut-il voir en notre insouciance le symptôme d’une société à courte vue, conditionnée à « se soumettre », autrefois aux rois, aux seigneurs et à l’Église, aujourd’hui au « tout-puissant système »? Les enjeux environnementaux sont pourtant de mieux en mieux documentés par la communauté scientifique; celle-ci crie haut et fort que rien ne va plus sur la Terre, et qu’à moins d’un changement drastique de nos comportements et de nos valeurs, ainsi qu’un remodelage radical dudit système, nous courons tous au désastre.

 

De Jules Verne à Einstein

« Le poète doit être un professeur d’espérance », a écrit Jean Giono. Selon moi, ce devoir-mission incombe à tous les artistes, mais aussi aux scientifiques qui repoussent sans cesse les limites de notre ignorance et améliorent la qualité de notre vie par leurs découvertes, que ce soit en médecine ou en d’autres domaines. Grâce à eux, on peut espérer vaincre le cancer et plusieurs maladies graves; grâce à eux, on a commencé par utiliser la roue, la voile, puis l’automobile, l’avion, le téléphone, la télévision, l’ordinateur, l’Internet, etc. Enfin, grâce à eux, on comprend mieux le fonctionnement de l’Univers et l’histoire étonnante de la vie sur Terre. Le hic, c’est qu’aujourd’hui, avec les études sur l’environnement menées par les scientifiques, nous savons quelles seront les conséquences dramatiques de l’exploitation abusive des énergies fossiles : un réchauffement global du climat et son lot de catastrophes naturelles lourdes de conséquences pour l’économie mondiale, la sixième extinction de masse de l’histoire de la Terre, des menaces accrues à la sécurité alimentaire et à la santé des êtres humains, des guerres entre nations pour l’eau douce, etc. Soudain, leurs découvertes dérangent en faisant appel à notre sens des responsabilités et à notre capacité d’adaptation… Biologistes, climatologues et autres spécialistes de la nature seraient-ils des prophètes de malheur, des empêcheurs de tourner en rond (ou carré), des emmerdeurs n’étant bons qu’à apporter des arguments-chocs aux écologistes?

S’il est vrai qu’avec leur vision éclairée du monde présent et à venir, les scientifiques bousculent les chefs d’État aussi bien que monsieur et madame Tout-le-monde, ils demeurent avant tout des professeurs d’espérance, car la « vraie » science suscite constamment l’espoir d’un monde meilleur. À preuve, les chercheurs proposent le développement d’un grand nombre d’énergies alternatives renouvelables pour protéger l’humanité du chaos. Il paraît que même la déesse « Économie » y trouverait son compte si on les écoutait! Cela dit, comme les professeurs d’espérance ne peuvent, à eux seuls, faire la révolution qui s’impose, le simple citoyen doit parcourir son bout de chemin et choisir dans quelle sorte de monde il souhaite vivre demain. (On ne peut être en colère contre un détecteur de fumée parce qu’il nous réveille brusquement, lorsqu’un feu se déclare dans la maison, pas plus qu’on doit reprocher aux scientifiques d’être « alarmistes ». C’est leur rôle de l’être pour que subsistent la vie et l’espoir…)

L’arbre, le plus ancien professeur d’espérance

 

Bras de fer entre la peur de l’enfer et le goût du paradis... artificiel

Soyons honnêtes : on ne parle pas assez des graves conséquences des changements climatiques, et encore moins des moyens à prendre pour les modérer et s’y adapter. Si l’enjeu du siècle inquiète et mobilise une petite partie de la population, il est cependant loin d’être une priorité pour la majorité des gens. Ça concerne tout le monde mais ça n’intéresse personne, sauf une poignée d’écologistes et de « verts » accusés de blasphèmes et d’hérésie contre l’économie. En attendant le réveil, nos politiciens pactisent avec les industries gazière et pétrolière désirant extirper des entrailles de la Terre, jusqu'à la dernière goutte, le poison qui nous tue, au nom du mieux-être économique collectif. Alors, rien de surprenant au fait que le Canada ait été traité de paria et de cancre à la Conférence des Nations Unies sur les changements climatiques de Doha, au Qatar. C’est à coups de milliards (nos impôts et nos taxes) que les industries polluantes sont subventionnées par Ottawa! Pourtant, le gouvernement Harper a été élu démocratiquement pour un troisième mandat, celui-là étant majoritaire. Que les Québécois aient massivement voté contre le parti conservateur de ce faux prophète, lors des dernières élections fédérales, ne change rien à ces réalités : d’accord ou pas, l’exploitation du pétrole prend de l’essor au pays, les mesures de protection de l’environnement sont réduites, etc.

Durant la campagne électorale provinciale de 2012, le Parti québécois s’est dit préoccupé par l’environnement et les impacts de l’exploitation pétrolière et gazière dans la province. Considérant la dette élevée du Québec et le pactole inexploité qui, apparemment, dort dans notre sous-sol, il y a fort à parier que notre beau pays deviendra un état pétrolier... si c’est payant, comme de raison. (Le gouvernement provincial aurait prévu environ 750 000 000 $ pour soutenir le développement et l’exploitation des énergies non renouvelables, au cours des prochaines années.) Mais, au bout du compte, pour qui la croissance de ces industries polluantes sera-t-elle payante? Les scientifiques d’ici et d’ailleurs ont répondu à cette question, mais personne ne veut les écouter. Pire encore, si le gouvernement québécois cède à la tentation de devenir actionnaire de compagnies gazières et pétrolières – plusieurs politiciens en parlent ouvertement – on pourra dire adieu à tout effort sérieux de développement des énergies dites renouvelables soutenu par l’État, car le gouvernement serait carrément en conflit d’intérêts. Investir massivement dans les énergies fossiles va à l’encontre des recommandations de la communauté scientifique internationale prônant l’urgence de mettre un terme à notre dépendance morbide au pétrole. Un chaos planétaire sans précédent et la fin de notre monde tel que nous l’avons connu risquent de se produire si les sages conseils de nos professeurs d’espérance ne trouvent pas d’oreilles plus attentives chez les gouvernements et les populations qui les élisent. Collectivement et individuellement, il est urgent d’aller dans une autre direction, d’inventer, d’innover, de développer et de rentabiliser des énergies renouvelables, de recréer nos liens rompus avec la nature et d’imposer à tout le « système » un virage vers un monde meilleur. Une question de gros bon sens, puisque c’est nous et nos enfants qui paierons la note…

 

Quand connaissance rime avec conscience

Soyons vigilants! Ne laissons personne décider à notre place! Gouvernements, industries gazières et pétrolières mènent le bal, maintiennent le système et continuent de promettre « le paradis en enfer ». On les croit, on les élit, on les suit. La sonnette d’alarme retentit, la maison brûle et pourtant, il existe un plan de sauvetage. Or, à entendre ceux et celles qui nous gouvernent, il n’y a aucun problème à exploiter et consommer plus d’énergies fossiles; nous devrions fermer les yeux et continuer à vivre normalement comme de bons petits robots programmés pour la passivité et l’indifférence. Dans le pire des cas, ils – les élus, le système, les rois de l’industrie et les maîtres de l’économie – se chargent d’éteindre les feux… avec de l’huile, évidemment; non sans avoir muselé les scientifiques, coupé leurs fonds de recherche ou, mieux encore, les avoir mis au chômage après avoir caché ou détruit les résultats « dérangeants » de leurs travaux. Une vérité qui dérange, c’est une vérité de trop. Ironiquement, ils – le gouvernement, le système, l’industrie – c’est nous!

Qu’y a-t-il de vraiment nouveau dans cette « guéguerre » entre les industries polluantes, le système en place et les scientifiques? L’histoire regorge d’épisodes où la science se heurte à l’opposition farouche de pouvoirs religieux ou politiques. On n’a qu’à penser à Galilée et Darwin. Pourtant, l’ancien débat sur la forme de la Terre (ronde ou plate) a entraîné peu de conséquences pour le commun des mortels; de même pour le fait de s’entêter à croire que nous descendons d’Adam et Ève au lieu d’un lointain primate. Jamais l’équilibre climatique de la planète et la survie du monde n’ont été directement compromis par les tollés de protestations contre la rondeur de la Terre et notre lien de parenté avec les primates. L’épreuve du temps a donné raison aux découvertes de Galilée et de Darwin, mais aussi cruelles et vaines qu’elles fussent, ces « guéguerres » entre la science et nos croyances contrariées ne constituaient que des tempêtes dans un verre d’eau. L’incroyable et terrible nouveauté, c’est qu’à l’époque moderne, bénéficiaire de tant de progrès scientifique, l’économie et les marchés aient pu devenir assez puissants, inhumains et monstrueux pour tenir en échec les espérances et les vérités portées par la science. Cette fois, la tempête ébranlera toute la planète. D’une part, des professeurs d’espérance prônant le changement et nous enseignant comment vivre mieux et prospérer d’un point de vue plus humain, en évitant le pire; d’autre part, quelques faux prophètes, menteurs et vendus au diable nous menant en enfer « pour notre bien », appuyés par un grand nombre d’adeptes influents qui les croient… de bonne foi.  

Goéland argenté
 

J’aurais pu intégrer d’autres statistiques et d’autres chiffres à mes propos. Je préfère laisser aux lecteurs et lectrices intéressés la quête d’informations complémentaires, sachant qu’ils trouveront des documentaires et de la littérature pertinente sur les changements climatiques, les énergies renouvelables et les enjeux s’y rattachant. En tant qu’artiste naturaliste, je n’ai fait qu’effleurer le sujet, y patauger en surface comme un petit canard, pour créer un remous d’idées à la mesure de mes moyens et de mes convictions. Ajoutez-y quelques nuances de votre cru et vous obtenez un tableau assez juste de la situation.

Moi, j’ai choisi l’espoir. Je sais toutefois que la connaissance ne suffit pas. Il faudra beaucoup de diplomatie, d’imagination, d’amour et d’empathie pour transformer la face d’un monde fragilisé par un siècle de modernisme. Ces qualités, je les retrouve chez Dominique Berteaux, biologiste, chercheur et professeur à l’UQAR. Ce scientifique de renom a gentiment accepté d’enrichir le contenu de ce site en y publiant des textes inspirés de son travail et de son amour de la nature, et ce, malgré son emploi du temps très chargé. La Société Art et Science pour la Nature (SAS Nature) salue la précieuse collaboration de ce professeur d’espérance et invite tous ses membres à lire ses chroniques.

 

Gisèle Benoit

 

Iris versicolore
 
Photos :
 
Campagne à l’abandon © Christian Bellemare – SAS Nature
Albi le grand pin blanc © Éric Archambault – SAS Nature
Vestige © Les Productions Raynald Benoit Inc.
Goéland argenté © Véronique Amiard – SAS Nature
Iris versicolore © Les Productions Raynald Benoit Inc. 

Un arrière-goût de printemps silencieux

Dix-sept avril 2012. Depuis deux semaines, en raison d’un mois de mars anormalement chaud, le lac Racine est libre de glace. Mes parents et moi observons la colonie de castors établie dans la baie voisine de notre camp, tout en étant attentifs aux tambourinements incessants du grand pic, des pics chevelus et mineurs, sur fond de mélodies de merles d’Amérique et de sittelles à poitrine rousse. De temps en temps, nous écoutons une partition chantée par le troglodyte des forêts, le roitelet à couronne rubis ou le roselin pourpré, ponctuée des tchikadi-di-di de mésanges à tête noire. Des garrots à œil d’or produisent un sifflement d’ailes au-dessus de nos têtes, puis ils se jettent à l’eau, avides de querelles et de conquêtes territoriales; les jars émettent des chuintements nasillards, basculant rapidement la tête vers l’arrière pour séduire les canes. Des canards colverts chuchotent dans les coulisses, des faucons émerillons parlent de nicher dans la grande épinette blanche, et des castors, heureux de voir le soleil se lever, vagissent comme des enfants. L’orchestre du monde sauvage semble complet, en harmonie et bien accordé, mais un soliste important manque à l’appel : le huard à collier, rebaptisé plongeon huard, brille par son silence.

À l’instar des garrots à œil d’or, les huards adultes prennent habituellement possession de leur territoire de nidification, dès que la fonte des glaces libère suffisamment la surface des lacs du nord de l’Ontario pour leur permettre de s’y poser. De jour comme de nuit, les premiers arrivants poussent leurs cris territoriaux de style tyrolien, leurs appels plaintifs à consonance de hurlements de loup et leurs ricanements affolés. De l’ordre des Gaviiformes, cet oiseau aquatique, fier emblème aviaire de l’Ontario, possède l’une des plus belles voix du monde sauvage dont il incarne l’âme, la beauté et le mysticisme. L’absence d’un passereau, ou de tout autre petit instrument du grand orchestre de la nature, passerait facilement inaperçue, mais pas celle du soliste huard. 

 

Mortalité massive au parc provincial de Wasaga Beach : hasard ou coïncidence?

Le 24 octobre 2011, des milliers d’oiseaux migrateurs piscivores, dont des plongeons huards, ont été trouvés morts ou agonisants sur la plage de Wasaga Beach, au sud-est de la baie Georgienne, en Ontario. Ce lieu se situe sur la possible route migratoire de l’avifaune de la région de Chapleau. Coïncidence ou pas, nous constatons qu’au printemps 2012, 50 % de huards et de grands harles ne sont pas revenus dans les secteurs couverts par nos observations, soit les plans d’eau de la réserve faunique de Chapleau, où ces deux espèces ont l’habitude de nicher. À la mortalité naturelle s’ajoute peut-être le hasard qui les aurait amenés à s’arrêter, ensemble, au mauvais endroit (Wasaga Beach), au mauvais moment (octobre 2011). Je tiens à souligner qu’il s’agit d’une hypothèse parmi d’autres pouvant expliquer la raison de ces absences. 

Parmi les espèces trouvées mortes, un grand nombre de canards hareldes kakawis a été relevé.

 

Épidémie de botulisme dans les Grands Lacs

L’analyse de carcasses effectuée par des spécialistes du ministère des Richesses naturelles de l'Ontario a révélé que le botulisme était responsable de la mort de ces oiseaux gisant sur trois kilomètres de plage à Wasaga Beach. L’histoire débute avec une bactérie généralement inoffensive, Clostridium botulinum, vivant à l’état naturel dans les sédiments au fond des lacs. Dans des conditions particulières (abondance de nutriments organiques, absence d'oxygène et hausse de la température de l’eau), la bactérie produit une toxine meurtrière qui intègre la chaîne alimentaire aquatique et tue la faune se nourrissant de mollusques ou de poissons. Environnement Canada souligne que le phénomène prend de l’ampleur à cause de l’expansion rapide d’espèces envahissantes étrangères, tels la moule zébrée et le gobie à tache noire, dont les activités et le cycle de vie créent un milieu idéal à la libération de la toxine. En fait, une véritable épidémie de botulisme de type E sévit dans les Grands Lacs depuis la fin des années 90. Chaque année, des épisodes de mortalité de moindre importance y sont répertoriés, tandis que des évènements de mortalité massive de poissons et d’oiseaux se produisent sporadiquement. Il y a une dizaine d’années, 25 000 oiseaux ont péri au lac Érié. La récente hécatombe de Wasaga Beach se révèle toutefois être le pire cas depuis 2007, alors qu’une situation quasi similaire est survenue au lac Ontario. J’ai consulté des rapports scientifiques notant une chute de population oscillant entre 25 % et 90 %, chez des espèces de goélands et de mouettes nichant dans les Grands Lacs, causée principalement par le botulisme de type E. 

Santé Canada recommande une série de mesures aux chasseurs, aux pêcheurs et autres utilisateurs des Grands Lacs : bien cuire le poisson et le gibier, ne pas toucher une carcasse, un oiseau ou un poisson agonisant, tenir en laisse les chiens, surveiller les enfants lors de périodes de mortalité de masse… Personnellement, je crois que le public n’est pas suffisamment renseigné sur les impacts négatifs de l’introduction accidentelle d’espèces envahissantes dans les écosystèmes, et sur le fait que le réchauffement climatique pourrait, à son tour, augmenter les conditions propices à la prolifération de la toxine du botulisme. La mortalité massive d’oiseaux piscivores et de poissons risque donc d’être plus fréquente dans un avenir rapproché, sans que nous soyons en mesure d’en évaluer les dégâts à partir des données actuelles.

Aussi spectaculaire soit-elle, la mort massive de 6 000 oiseaux survenue dans la baie Georgienne, en octobre 2011, ne menace pas à court terme la survie des espèces impliquées. Au plus peut-elle créer ici et là – dans la réserve faunique de Chapleau? – des absences temporaires et des silences surprenants… Toutefois, je suis d’avis que ce phénomène sonne l’alarme. Si le printemps silencieux dépeint par Rachel Carson, dans son best-seller du même titre, devait un jour devenir réalité, il se manifesterait d’abord par la multiplication d’épisodes semblables à l’hécatombe de Wasaga Beach menant à la chute drastique de certaines populations d’oiseaux dans des secteurs déterminés.

Parent plongeon huard nourrissant son poussin

 

Facteurs cumulatifs

L’Inventaire canadien des Plongeons huards a été créé en 1981 afin de documenter l’état des populations ainsi que la reproduction de l’espèce. Les informations recueillies au fil des ans ont d’ailleurs servi à établir des liens directs entre les pluies acides et la survie des oisillons. (Les gouvernements canadien, en 1985, et américain, en 1991, ont fort heureusement légiféré et conclu des accords dans le but de restreindre les précipitations acides). Selon l’organisme Études d’Oiseaux Canada, de nouveaux dangers pèsent sur les huards : l’accroissement du nombre de bateaux de plaisance, de canots et de motomarines sur les lacs, la variation du niveau de l'eau et les rejets de débris comme les lignes de pêche et autres déchets domestiques. 

D’après les données publiées dans l’Atlas des oiseaux nicheurs de l’Ontario, la réserve faunique de Chapleau compte parmi les territoires où le nombre de plongeons huards nicheurs est le plus élevé au Canada. L’abondance de lacs poissonneux explique la fréquentation de l’habitat par l’espèce. Or, cette année, il y a malheureusement « au moins un trou dans le gruyère », et nous croyons qu’une foule de facteurs peuvent en être la cause : la contamination de la chaîne alimentaire par le mercure sur les territoires de nidification comme en zones d’hivernage, les épandages massifs d’herbicides pratiqués annuellement par les compagnies forestières, les conditions météorologiques extrêmes et instables des dernières années qui modifient sans cesse le niveau de l’eau (pluies diluviennes ou longues périodes de sécheresse), sans compter les changements écologiques provoqués par l’introduction d’espèces étrangères, ainsi que les polluants et toxines rencontrés par les oiseaux en cours de migration (Wasaga Beach, octobre 2011), etc. 

Environnement typique du nord de l’Ontario © Les Productions Raynald Benoit Inc.
 

Je poursuis mon enquête afin de savoir si d’autres personnes ont observé une diminution du nombre de plongeons huards dans leur région au cours de la saison de nidification 2012. Bien que locale, leur baisse soudaine dans la réserve faunique de Chapleau nous a permis de vivre un avant-goût – pour ne pas dire un arrière-goût! – de ce que serait un printemps silencieux.

 

Gisèle Benoit

 

Photos :
 
Épinettes noires à l’aube © Les Productions Raynald Benoit Inc.
Plongeon huard battant des ailes © Les Productions Raynald Benoit Inc.
Canards hareldes kakawis © PC/Benjamin Ricetto
Parent plongeon huard nourrissant son poussin © Lucie Gagnon/OBJECTIF NATURE
Environnement typique du nord de l’Ontario © Les Productions Raynald Benoit Inc.
 
Suggestions :
 
Sur ce site, lecture de la chronique d'Annie Choquette intitulée Marguerite, la belle voyageuse
 
CARSON, Rachel. Printemps silencieux, introduction d’Al Gore, Éditions Wildproject, 2011, 268 p. (Domaine sauvage)
 
Les gens de partout au Canada peuvent collaborer à la protection des oiseaux en faisant part de leurs observations à Études d’Oiseaux Canada (ÉOC) : www.bsc-eoc.org.
 
D’excellents compléments d’information sur les maladies affectant la faune sont disponibles sur le site d’Environnement Canada, dans la section Sciences et technologie.

Le développement durable selon maître Castor

 

Depuis le mois d’avril, mes parents et moi observons et captons sur vidéo la vie d’une famille de castors établie dans la baie voisine, à deux pas de notre camp. Outre sa forme ronde, la cabane de bois des rongeurs ressemble étrangement à la nôtre : rustique, bien adaptée à son milieu, propre et confortable. Aucune perte d’espace et de chaleur, aucun luxe. Manifestement, les humbles bâtisseurs ont construit leur gîte dans un souci d’efficacité, de commodité et de sécurité, tout en respectant les manières de faire transmises de génération en génération par leurs ancêtres. Capables de prouesses techniques et de constructions élaborées en milieu aquatique, les castors sont admirables sur plusieurs plans.   

Castor se régalant

Les castors se régalent des feuilles, des branches et de l'écorce de trembles.

 

Portrait d’un bâtisseur

Le castor a évolué en fonction d’une incroyable adaptabilité aux milieux aquatiques tels les lacs, les rivières et les marais de l’hémisphère nord. Ses pattes arrière sont larges et palmées pour lui faciliter la nage, tandis que sa queue aplatie lui sert d’appui lors de ses travaux sur la terre ferme et en eau peu profonde. Il utilise aussi cet appendice pour frapper l’eau avec fracas dans le but d’informer ses congénères de la présence d’un prédateur. Ses incisives tranchantes et sa puissante mâchoire lui permettent de couper de gros arbres, notamment des trembles dont les feuilles, l’écorce et l’aubier constituent un de ses mets préférés. 

Manipulation d'une branche

Courts et délicats, ses membres avant se terminent par une « main » très adroite à saisir et manipuler des matériaux et de la nourriture (branches, divers végétaux) et autres objets. Les longues griffes de ses doigts l’aident à peigner sa fourrure très prisée à une certaine époque. (Les peaux de castor étaient tellement populaires en Europe que les trappeurs canadiens ont failli éliminer l’espèce au cours de la première moitié du XXe siècle.)

En plus de ses attributs physiques, l’évolution a doté ce grassouillet rongeur de capacités intellectuelles que je n’hésite pas à qualifier d’intelligence. Calme, réfléchi et clairvoyant, avantagé par une bonne mémoire et un sens de l’organisation passablement complexe pour un animal, le castor peut modifier l’environnement de façon spectaculaire pour l’adapter à ses besoins particuliers. À partir d’un ruisseau, il crée un lac en construisant des digues d’une solidité étonnante. Il partage donc plusieurs des qualités de l’homme, ce qui lui a valu, de la part des Amérindiens, le surnom d’Amik qui signifie « le petit frère qui parle ». En effet, la voix du castor ressemble aux gémissements d’un enfant. En s’approchant sans bruit de la hutte, on peut facilement écouter une famille de rongeurs jaser à l’intérieur.

Le loup est le principal prédateur des castors.
 

 

Castor et branche

 

Coopération et développement durable

L’observation du castor nous a permis d’apprécier sa sociabilité. Nous estimons que de 10 à 12 individus habitent la cabane voisine de la nôtre, nombre qui suggère la présence d’un couple reproducteur et de jeunes de différents âges. Tous les membres de cette famille cohabitent en harmonie et participent aux travaux d’entretien de la hutte et des barrages. Les plus expérimentés initient les plus jeunes; chacun apporte de la nourriture aux bébés nés au printemps, même quand ceux-ci commencent à s’aventurer à l’extérieur par les ouvertures servant d’entrée et de sortie à la cabane. Je pourrais parler de leur propreté, de leur ingéniosité, de leur caractère enjoué et du rôle prédominant de la matriarche au sein de la hiérarchie familiale. Or, c’est l’aspect écologique de leur mode de vie qui m'émerveille : les castors construisent des maisons vertes, des barrages et des étangs généralement profitables à l’ensemble de la faune. Plus admirable encore, ils recyclent les restes de nourriture et les litières usagées en matériaux de construction!

Castor et ramille

Pesant en moyenne 30 kilos, un castor adulte consomme quotidiennement une énorme quantité d’écorces, d’aubier, de branchettes et de feuillage. Quand le plan d’eau est libre de glace, la nourriture est habituellement transportée, à la nage, dans les parages de la hutte pour y être mangée en toute sécurité. Par la suite, les branches et les troncs grignotés sont placés sur la hutte ou le barrage. Il en va de même pour les montagnes de résidus éparpillés autour de la hutte durant la saison froide. Servant de garde‑manger tout l’hiver, les imposantes réserves de nourriture empilées près de la cabane en automne deviennent, au printemps, un entrepôt de bois disponible pour la rénovation des digues et des abris. De plus, les boues submergées entourant la hutte sont constituées de « déchets domestiques » que les castors recueillent à grandes brassées au moment opportun. Les débris et la vase ainsi récupérés au fond de l’étang sont utilisés pour calfeutrer la hutte et les barrages, car en séchant, ces matériaux consolident les structures et assurent une meilleure qualité de vie aux propriétaires des lieux. Tel est le développement durable selon maître Castor! Rien ne se perd, rien ne se crée! On vit selon ses besoins et ses moyens sans nuire à ses voisins. 

Intérieur galerie
 
Les résidus de bois mangés par les castors sont disponibles
pour la rénovation des digues et des abris.
 
 

Progrès, surconsommation et développement industriel se font trop souvent
au détriment de l'environnement.

 

Le développement selon Homo sapiens

Pour l’homme moderne, le mot « développement » prend toute sa signification quand l’adjectif « économique » y est rattaché. Se développer, c’est faire de l’argent, toujours et encore plus d’argent, peu importe les conséquences sur l’environnement et les communautés censées bénéficier dudit développement. Amik, ce petit frère qui parle, dirait que l’argent ne se mange pas; Homo sapiens, le grand frère qui parle plus fort que le petit, est convaincu du contraire et il ambitionne de posséder plus qu’un toit sur sa tête et son pain quotidien. En comparaison des façons de faire inhumaines des êtres humains et de leur obsession maladive à consommer, les transformations environnementales des castors peuvent servir d’exemple et être considérées comme durables, car elles sont faites en fonction des besoins réels de l’espèce, sans gaspillage ni esprit mercantile.

 

Chercher le courant

Nos observations récentes sur le peuple castor coïncident avec notre découverte de l’excellent documentaire Chercher le courant. La première fois que j’ai visionné ce film dédié à la majestueuse rivière Romaine, menacée par des projets de barrages hydroélectriques, j’ai pleuré. La seconde fois, j’ai été saisie d’une vive colère, puis d’un sentiment de révolte accompagné d’une profonde désillusion à l'égard de notre gouvernement.

Chercher le courant est un documentaire de Nicolas Boisclair et Alexis de Gheldere, narré par Roy Dupuis, président de la Fondation Rivières. Il relate le périple d’une équipe multidisciplinaire lors de sa descente de la Romaine, l’une des dernières rivières sauvages de la Côte-Nord, au Québec. Leur but est de faire connaître au public les beautés incomparables de cette voie d’eau digne de la création d’un grand parc national. Chercher le courant s’avère un pèlerinage grandeur nature à saveur de requiem. La force du documentaire consiste à opposer la splendeur de la Romaine et la richesse de ses écosystèmes aux projets d’Hydro-Québec. On saisit vite la gravité et l'inutilité de cette profanation dont les coûts pourraient bien dépasser 8 milliards de dollars; un saccage irréversible perpétré pour l’exportation d’électricité sur les marchés états-uniens, dont seuls les contribuables québécois paieront la note. En effet, selon la Fondation Rivières et plusieurs spécialistes, pour être concurrentielle, Hydro-Québec devra vendre à perte aux Américains les kilowattheures produits par les centrales de la Romaine. D’ici 2018, les ménages québécois seront alors obligés d’éponger le déficit d’exploitation par des hausses de 30 % sur leur facture d’électricité. Pourquoi une telle aberration? Parce que notre système politique est devenu un simulacre de démocratie où les lobbys industriels tiennent les ficelles du pouvoir pour leurs propres intérêts, au détriment de la volonté exprimée par le peuple. 

 

Loin des yeux, loin du cœur…

Les manifestations contre les gaz de schiste ont attiré des foules parce que cette industrie polluante menaçait nos campagnes, notre cour et notre eau potable. Quand la destruction survient dans un milieu sauvage où presque personne n’a encore mis les pieds, il est difficile de mobiliser la population. Loin des yeux, loin du cœur… Le 1er août dernier, une manifestation contre le projet de barrages sur la rivière Romaine a rassemblé une quinzaine de personnes devant l’Assemblée nationale, à Québec. Ce faible taux de participation démontre bien tout le travail de sensibilisation qu’il reste à accomplir pour valoriser les habitats sauvages auprès du public. Je lève mon chapeau à la Fondation Rivières, aux artisans du documentaire Chercher le courant et à tous ceux et celles qui œuvrent pour briser le mépris et l’indifférence contribuant à laisser la voie libre à des projets ignobles comme celui qui menace la rivière Romaine.

Le public a été convié à signer une pétition pour manifester son opposition au projet de barrages sur la Romaine. En août dernier, la SAS Nature a envoyé un communiqué à ses quelque trois cents membres afin de les inciter à se rendre sur le site de la Fondation Rivières pour signer la pétition. Un devoir de castor pour quiconque aime les rivières et la nature sauvage…

Le jeune castor apprend son métier en observant les adultes.

 

Trouver le courant

Les castors ont depuis longtemps trouvé le courant, c’est-à-dire la manière instinctive et intelligente d’utiliser l’environnement en évitant de le bousiller. Observer ces bâtisseurs tranquilles me rassure, me console… Nos petits frères qui parlent, grands constructeurs de digues et de cabanes, ont beaucoup à nous apprendre sur le développement durable.

Tandis que j’écris ces lignes, un orignal mange des herbes aquatiques dans la baie et une famille de harles s’ébat près de la hutte des castors. Ça grouille de vie aux alentours. Soudain, Amik en personne nage vers mon poste de guet en flairant l’air avec curiosité. Que ferais-tu, petit frère, pour protéger les derniers habitats sauvages contre la folie des industriels et la moutonnerie des dirigeants politiques?

Amik en personne...
 

Réponse immédiate du castor : Commence par ronger la base, avec détermination et patience, et tu verras que même le plus dur et le plus colossal des arbres finit par s’écrouler! La pensée d’Amik demande assurément une traduction : la base dont il parle, celle capable d’ébranler et de coucher au sol n’importe quel grand arbre, c’est vous, c’est moi, autrement dit chaque membre du petit peuple qui a tort de se croire sans pouvoir en face du géant… Un public sensibilisé trouve le courant et il a raison de tous les obstacles.

Merci Amik…

 

Gisèle Benoit

 

Photos :
 
Hutte de castors © Centre d'étude du comportement de la faune Gisèle Benoit
Repas d'un castor © Centre d'étude du comportement de la faune Gisèle Benoit
Castor manipulant des branches © Centre d'étude du comportement de la faune Gisèle Benoit
Loup © Centre d'étude du comportement de la faune Gisèle Benoit
Castor transportant une branche © Collection Luc Farrell
Castor grignotant une ramille © Collection Luc Farrell 
Résidus de bois utilisés par les castors © Centre d'étude du comportement de la faune Gisèle Benoit
Dépotoir © Centre d'étude du comportement de la faune Gisèle Benoit
Rivière libre et sauvage © Source anonyme
Castor en apprentissage © Centre d'étude du comportement de la faune Gisèle Benoit
Amik en personne... © Collection Luc Farrell
 
Pour en savoir plus sur les enjeux entourant la sauvegarde des rivières au Québec, consultez le site de la Fondation Rivières.

La disparition du silence

Mon canot glisse sur le lac sauvage, se fondant dans les mirages or et vermeil de l’aurore. Alignées sur les rives, droites et dignes, les épinettes noires saluent le jour nouveau dans une immobilité parfaite. Un gros poisson bondit hors de l’eau et retombe en un plouf plus sonore que les remous créés par mes coups de pagaie. Les ricanements d’un couple de huards à collier, les chants des grives à dos olive et des bruants, les tambourinements du grand pic contre un tronc creux, les mouvements de l’eau, toutes ces voix de la nature font partie du silence boréal. Ici, j’entends ce que je fais. Je pense, médite et perçois avec une étonnante acuité les palpitations du monde vivant dans lequel j’interagis. Arbres, mammifères, oiseaux et poissons, nous sommes tous liés dans une conscience universelle appelée Cercle Sacré.

Soudain, un grondement monotone venu du ciel me rappelle la disparition progressive et inéluctable du silence jusque dans les endroits les plus sauvages du Nord. Je lève les yeux vers le coupable de cette profanation : un gros avion laisse une traînée blanche à 9 000 mètres d’altitude tout en crachant des tonnes de gaz à effet de serre. Il n’a pas encore disparu à l’ouest qu’un nouveau sillon se pointe à l’est, civilisant un paysage qui n’aurait jamais dû l’être. Le monde moderne me rattrape au centre du lac, ranimant en moi des craintes quant à la sauvegarde des régions boréales. Perplexe, je songe qu’en cet instant précis des banlieusards et des citadins sont pris dans les bouchons de circulation, loin, très loin dans les agglomérations du sud. Ils courent dans le sens inverse des aiguilles d’une montre, prisonniers de royaumes dominés par les bruits mécaniques et le smog. Qu'ils en soient conscients ou non, ces gens souffrent de la disparition de l’un des plus nécessaires et naturels éléments  de la vie : le silence. Soumis à un stress intense, ils ne voient pas d’issues, ils n’en cherchent plus. Même que plusieurs d'entre eux ont oublié le sous-bois de mousse, l’odeur du sapin et le chant mélodieux du roitelet... 

Entre deux coups de pagaie, je comprends à quel point les réalités du monde moderne contrastent avec mon vécu au sein du monde sauvage. Moi, je connais l’heure de pointe mystérieuse des grands bois où chasse le loup; les aurores et les crépuscules marqués par le va-et-vient de l’orignal, du castor et du lynx. Je fuis les stress abrutissants des métropoles; j’ai horreur de ces lieux surpeuplés, de leurs odeurs et de leur vacarme. Suis-je privilégiée de pouvoir m’en abstenir en vivant en forêt? Oui, assurément! Et tout en ramant, ce matin, j’espère le grand coup de barre sociétal qui nous fera tous entrer dans une ère nouvelle. Cette révolution est à la portée de tout le monde. Elle pourrait commencer par une revalorisation du silence.

 


Perte du silence et pollution vont souvent de pair

De nos jours, le silence est menacé de disparition au même titre que la biodiversité. Pour le philosophe Émil Michel Cioran, cité dans le livre La fin du monde moderne d’Alexandre Rougé, « la disparition du silence doit être comptée parmi les signes annonciateurs de la fin ». Je partage cet avis. J'ajoute que la rareté grandissante du silence est non seulement une conséquence des activités anthropiques menaçant l’équilibre naturel planétaire, mais il en est aussi le modus vivendi. Il nous reste peu de temps pour briser cette spirale infernale en train d’engloutir la vie, la paix et l’avenir de l’homme. 

En attendant l’ère postmoderne, les forêts boréales poussent sans faire de bruit à un rythme moindre que leur disparition, dans les fracas mécaniques et pollueurs. Il en va ainsi de tous les écosystèmes de la planète : océans, pôles, taïga, steppes, etc. Quand civilisation et exploitation de ressources naturelles font leur apparition, au nom du progrès et des retombées économiques, les territoires sauvages se dégradent, les espèces disparaissent et d’innombrables voix de la nature se taisent, chassées ou étouffées par le tintamarre de véhicules autoroutiers, de bulldozers et d’autres engins bruyants. En zone urbaine, le grondement assourdissant des motocyclettes annonce le printemps, celui des déneigeuses, les premières bordées de neige de décembre. Les moteurs nous informent? En vérité, ils nous « déforment ». Heureusement qu’il existe encore des campagnes où l’hirondelle et le merle jouent leur rôle de messagers du printemps, pour le plus grand bonheur de ceux et celles qui leur prêtent attention. Ailleurs, notamment en ville, le vacarme est omniprésent et plusieurs de ses victimes l’apprécient et en redemandent. Pire encore, les plus fanatiques paient pour s’en rapprocher! C’est ainsi que les courses de bolides et les mégaconcerts rock défoncent le niveau de décibels tolérables par l’oreille humaine, accentuant l’épidémie d’acouphènes et de troubles de l’ouïe. Dans l’amour du bruit grandit la phobie du silence naturel. La pollution n’est pas seulement un phénomène environnemental dû à la combustion de carburants fossiles, elle se déguise avec subtilité en un poison sonore qui affecte la santé physique et mentale des « civilisés », à leur insu. Selon les spécialistes, l’ouïe humaine risque d’être endommagée par de fréquentes expositions à 85 décibels. À titre d’exemple, la sirène d’une ambulance émet environ 85 décibels tandis que la musique dans les bars discothèques avoisine les 120 décibels, soit un niveau causant des dommages irréversibles au nerf auditif. Un niveau sonore de 150 décibels a même été mesuré dans le véhicule d’un jeune homme écoutant du rock sur le coin d’une rue!

Coupe bois

Le silence des bois est depuis trop longtemps synonyme de ténèbres... 

 

L’intoxication aux bruits

En l’espace de quelques siècles, l’homme moderne a connu une telle dénaturation, une telle atrophie de l'instinct, qu’il a hérité d’une peur morbide du monde sauvage. Il craint les animaux, les insectes, la forêt vaste à s’y perdre, etc. Avec la phobie du sauvage vient la peur des attributs du sauvage tels que la liberté, la maturité, l’équilibre, le silence et... le sens des responsabilités. J’ai été surprise d’apprendre qu’un nombre considérable de gens ont des crises de panique lorsqu’ils se retrouvent en forêt ou en montagne, subitement coupés de bruits d’origine anthropique. Ignorant les bienfaits et les utilités du silence, ils le fuient comme s’il s’agissait d’un gouffre obscur rempli de dangers. La peur du silence s’avère le principal symptôme d’une pollution mentale causée par l'omniprésence du bruit dans nos vies. Conséquence : une paralysie de la pensée et de la réflexion. Les bruits modernes ne meublent pas le vide, ils le créent à l’intérieur de leurs victimes à la manière d’une drogue dure.

Chaque ruisseau a sa voix propre.
Lédons et ruisseau

 

Protéger la nature, c’est aussi protéger le silence et laisser une chance au salut

Georges Bernanos a écrit : « On ne comprend absolument rien à la civilisation moderne si l’on n’admet pas tout d’abord qu’elle est une conspiration universelle contre toute espèce de vie intérieure. » Selon moi, il importe de renouer des liens profonds avec la nature pour retrouver en elle le véritable sens du sacré. Or, ce cheminement vers le salut ne saurait se faire sans se réapproprier le silence, source d’équilibre et de sagesse. Connaître un arbre, un animal ou un oiseau sauvage implique de prêter l’oreille à sa voix, de se montrer à l’écoute de sa présence par tous nos sens. C’est une richesse spirituelle considérable que d’entrer en forêt en sachant qui bavarde dans les épinettes et les pins : une paruline verte à gorge noire, un roitelet à couronne rubis ou un écureuil roux? Le vent, la pluie et le tonnerre font également entendre leur voix. Chaque lac, chaque rivière et chaque ruisseau ont un timbre sonore particulier qui leur donne une personnalité. Même les mouvements les moins perceptibles et les plus lents de la nature peuvent être ouïs, comme le pétillement des neiges en train de fondre et le froissement des jeunes plantes émergeant du sous-bois, au mois de mai.

Des plus puissantes aux plus faibles, les voix de la nature constituent une réserve de silence qu’il faut préserver, au nom de notre droit à la réflexion. Il nous faudra tôt ou tard apprivoiser, écouter et comprendre la sagesse ancestrale dont il recèle. Éteignons la télé et la radio, fermons les ordinateurs et les téléphones, rangeons les clés de nos véhicules. Taisons-nous! Écoutons le silence au cas où une voix d’une autre nature se ferait entendre à l’intérieur de nous…

Pour une fois, cessons d’avoir peur! Tendons l’oreille en étant conscients du fait que l’avenir sera ce que nous souhaitons qu’il soit, dans la mesure où nous prendrons la peine d’y réfléchir.

 

Gisèle Benoit 

 

 
Photos :
 
Matinée sur le lac © Les Productions Raynald Benoit Inc.
Sous-bois de mousse près du lac © Les Productions Raynald Benoit Inc.
Sous-bois en hiver © Joël Lanchès – SAS Nature
Lédons et ruisseau © Florent Langevin – SAS Nature
Randonneurs à l’écoute des voix de la Nature © Christian Bellemare – SAS Nature

Nourrir la faune : pourquoi et pour qui?

 

Depuis février dernier, le ministère des Ressources naturelles et de la Faune du Québec (MRNF), en partenariat avec des organismes publics de la Haute-Gaspésie, gère un programme d’aide d’urgence destiné au cerf de Virginie. Selon les spécialistes du Ministère, le niveau élevé d’enneigement de cet hiver constitue une menace sérieuse pour la survie de l’espèce qui, faut-il le spécifier, est très mal adaptée aux rigueurs du climat gaspésien. Quand l’épaisseur de la neige au sol dépasse un mètre, les déplacements pour trouver de la nourriture entraînent une importante dépense d’énergie chez les « chevreuils ». Les bêtes perdent du poids et dépérissent; les plus faibles ne verront pas le printemps. Des estimations ont fait état d’un taux de mortalité d’environ 40 %, lors de certains hivers très neigeux, dans le Bas-Saint-Laurent et la Gaspésie. La solution : offrir gratuitement de la moulée aux résidants ayant un ravage de cerfs de Virginie sur leur terre. En tant que propriétaires d’un domaine boisé hébergeant quatre cerfs de Virginie, mes parents et moi comptions parmi les « bénévoles » ciblés par l’invitation du Ministère. 

Un beau geste? D’un point de vue humain, cela en est assurément un! Les gens qui aiment les animaux souhaitent améliorer leur bien-être. Cet hiver, Monique, Raynald et moi étions conscients de la gravité de la situation des cerfs de Virginie de notre voisinage. Nous envisagions de leur apporter une aide d’urgence à même notre portefeuille avant que ne soit lancé l’appel du Ministère. Le choix d’intervenir ou non pose néanmoins une question paraxodale, notamment dans les cas où l’intérêt individuel d’un animal supplante celui de son espèce. 

Certains hivers gaspésiens sont funestes pour le cerf de Virginie. 
 

 

L’histoire du cerf de Virginie en Gaspésie

Un regard sur le passé nous aide à obtenir une vision juste du tableau. Jadis, avant la colonisation, le cerf de Virginie ne faisait pas partie du paysage gaspésien. Sur cette vaste péninsule sauvage, caribous, orignaux, loups, ours noirs et Amérindiens vivaient en symbiose dans un équilibre assurant la pérennité de toutes les espèces. Au début du 20e siècle, les activités des colons bouleversaient déjà l’ordre naturel établi depuis des millénaires. Ainsi, le défrichage des terres, l’exploitation agricole, les coupes forestières et l’élimination du loup au sud du fleuve Saint‑Laurent furent les facteurs responsables de l’avancée du cerf de Virginie dans l’Est‑du‑Québec. Pendant que l’absence de prédateurs et la disponibilité d’aires ouvertes permettaient au cerf de Virginie de progresser, le caribou des bois entamait un déclin fatal. Autrefois, des milliers de caribous parcouraient la Gaspésie et les Provinces maritimes; aujourd’hui, il ne reste que quelques dizaines d’individus confinés dans le parc national de la Gaspésie. L’avenir de l’espèce demeure préoccupant, car son habitat naturel a été détruit par des coupes forestières intensives autour du parc, et les 800 km2 de superficie de l’ultime sanctuaire sont insuffisants pour permettre au petit troupeau de caribous de restaurer ses effectifs. Un cul-de-sac écologiste essentiellement dû à des facteurs anthropiques.

Caribou des bois

Il serait injuste de prétendre que le malheur des uns (les caribous) fait le bonheur des autres (les cerfs de Virginie). Les populations de chevreuils installées en Gaspésie connaissent des famines hivernales et des fluctuations du taux de mortalité à cause de la rudesse du climat. Pendant longtemps, les hivers rigoureux furent le seul agent naturel capable de limiter l’augmentation de l’espèce immigrante dans cet habitat nordique qui n’était pas le sien. Aujourd’hui, le coyote tend à remplacer le loup au sommet de la niche écologique gaspésienne. Il y a fort à parier que ce nouveau joueur remplirait parfaitement son rôle d’agent régulateur si l’homme laissait la nature suivre son cours : le coyote restaurerait l’écosystème d’antan d’où le chevreuil était absent. Toutefois, les lois naturelles sont régulièrement contrariées et contournées par des gestionnaires de la faune au service d’autres intérêts que ceux des espèces. 

Cerf de Virginie

Cet hiver, les cerfs de Virginie affamés venaient manger du tournesol aux mangeoires des oiseaux!

 

Une question morale

Mes parents et moi croyons que dame Nature est assez sage et expérimentée pour gérer seule ses affaires. La plupart du temps, l’homme lui nuit en s’attribuant des compétences qu’il n’a pas. Les activités humaines sont d’ailleurs responsables du déclin et de la disparition de nombreuses espèces animales partout sur le globe, une tendance qui s’accélère à un rythme effarant. Par conséquent, il nous arrive de questionner les interventions dont le but est de satisfaire des intérêts humains aux dépens d’écosystèmes déjà perturbés. Maintenir une population animale artificiellement, en la nourrissant ou en éliminant ses prédateurs, est l’une des nombreuses ingérences de l’homme posant un problème éthique. Pourquoi et pour qui les mesures d’aide aux cerfs de Virginie en Haute-Gaspésie ont été prises?

Le puissant lobby des chasseurs est derrière ce « beau geste », tout comme il est derrière la campagne encourageant le piégeage du coyote. Raison évoquée dans la coulisse : une diminution du nombre de chevreuils entraînerait la fermeture de la chasse en Haute-Gaspésie, donc la perte de retombées économiques pour la région. Si le MRNF investit dans l’alimentation des cerfs de Virginie, c’est uniquement pour des considérations politiques. À dire vrai, il se contrefout du bien-être de ces animaux pourvu qu’ils soient assez nombreux pour servir de cibles vivantes chaque automne. Les initiateurs du programme tentent de maquiller l’objectif d’aide en une « action écologique », un beau geste de l’homme pour la sauvegarde de la nature. Où se situent les bénévoles comme nous? Sont-ils complices du chasseur ou amis du chevreuil? Après avoir pesé le pour et le contre, notre conscience nous a incités à nourrir les quatre cerfs du voisinage dans le but de les soulager des misères de la faim. Si la nature pouvait suivre son cours librement, elle éliminerait le cerf de Virginie de la Gaspésie, ce que refusent d’envisager les chasseurs de cette région. L’espèce sera donc maintenue de gré ou de force, au prix de nombreuses souffrances chez ses sujets de même que chez le coyote, cet éternel bouc émissaire. Compte tenu des circonstances et du fait que la nature n’aura pas de sitôt le dernier mot dans cette histoire, mes parents et moi avons jugé que l’intérêt individuel de chaque cerf fréquentant notre domaine devait passer avant celui de l’espèce. Laisser dépérir nos voisins chevreuils eût été « immoral ». Je tiens à souligner que nous aurions secouru un coyote, un chat, un chien ou un écureuil en détresse de la même manière et pour les mêmes raisons.

Marmotte

 

Nourrir la faune : ses conséquences et ses exigences

Quand nous avons commencé à nourrir les cerfs, Monique, Raynald et moi étions d’accord pour éviter tout geste pouvant les familiariser avec la présence humaine, sachant que cela signerait tôt ou tard leur arrêt de mort. Les animaux sauvages nourris par l’homme ne bénéficient pas seulement de bienfaits. Peu importe les motivations qui nous poussent à les nourrir (égoïsme inconscient ou assumé, ignorance, imprudence ou question morale), les répercussions peuvent être néfastes tant pour l’homme que pour la bête.

Chaque intervention entraîne une conséquence directe ou indirecte. Nourrir la faune ailée en hiver permet aux geais bleus et aux écureuils de survivre en plus grand nombre. Or, ces deux espèces pillent les œufs dans les nids des petits oiseaux le printemps venu. La promiscuité autour des mangeoires serait aussi à l’origine de la propagation rapide de certaines maladies aviaires. Il y a vingt ans, apercevoir une tourterelle triste en hiver était rare en Haute-Gaspésie. En 2011, la popularité de l’ornithologie et la multiplication des postes d’alimentation permettent à des oiseaux jadis considérés comme des visiteurs occasionnels de s’implanter sur de nouveaux territoires de façon phénoménale. Pensons au cardinal rouge, à la mésange bicolore, au roselin familier, etc. Le réchauffement climatique n’est pas l’unique responsable de l’expansion de ces espèces vers le Nord; certaines, dont la tourterelle triste, ont profité de l’apparition d’un réseau de mangeoires pour augmenter leur population là où elles étaient quasi inexistantes.

Écureuil roux
Geai bleu
 
Saviez-vous que l'écureuil roux et le geai bleu sont des pillards de nid?
 

Grâce aux mangeoires et au réchauffement climatique,
le cardinal rouge poursuit son expansion vers le Nord.
 

Doit-on remettre en question le nourrissage des oiseaux en hiver? Les opinions à ce sujet sont partagées. Chose certaine, il faut se montrer responsable et constant dans notre engagement à nourrir une population de volatiles. J’insiste sur le mot « engagement », car à partir du moment où des oiseaux prennent l’habitude de visiter nos mangeoires, nous devenons responsables de leur approvisionnement : mésanges, durbecs, sittelles et compagnie comptent sur nous pour trouver leur pitance. Leur présence et leur grand nombre prouvent leur quasi-dépendance à ces sources de nourriture. Cesser d’alimenter ce petit peuple en janvier, le temps de se payer des vacances dans le sud, provoquerait une situation dangereuse pour les oiseaux qui se retrouveraient le bec à l’eau. Plusieurs autres règles doivent être respectées : nettoyer fréquemment les mangeoires et le lieu de nourrissage pour éviter la transmission de maladies, installer les postes d’alimentation dans un endroit sécuritaire, loin des fenêtres où les oiseaux peuvent se frapper et, si possible, hors de la portée des prédateurs. Gare aux mauvaises surprises! L’importante concentration d’oiseaux autour des mangeoires ne manque pas d’attirer les chasseurs du monde animal. Si quelqu’un ne peut pas supporter la vue d’un épervier fonçant sur une tourterelle ou d’un chat s’enfuyant avec un sizerin dans la gueule, il devrait s’abstenir de nourrir les oiseaux plutôt que d’entrer en guerre contre les prédateurs des alentours. En invitant la nature à séjourner dans notre cour, nous l’invitons aussi à y instaurer ses lois, ce qu’elle fait sans tenir compte de nos émotions et de notre parti pris envers nos petits protégés.

À l'instar de l'épervier, le faucon émerillon est le prédateur naturel
de nombreux petits oiseaux qui fréquentent les mangeoires.

 

Nourrir pour apprivoiser

Chez une grande partie de la population, le réflexe de nourrir les oiseaux ou les animaux sauvages donne un sentiment d’appartenance à la nature, une impression de participer positivement à la protection des espèces tout en créant l’opportunité d’observer des créatures autrement timides et fuyantes. Nourrir, c’est attirer à soi, le premier pas menant à l’apprivoisement.

Ce n’est pas un hasard s’il est strictement interdit de nourrir la faune dans l’ensemble des parcs nationaux du Canada. La familiarisation d’ours noirs et de grizzlys nourris par les touristes a déjà entraîné des accidents dramatiques. Les impacts négatifs du nourrissage de la faune sont multiples. Une fois contaminés par les mauvaises habitudes des visiteurs, les renards, par exemple, s’approchent des routes pour rencontrer des âmes charitables qui encouragent leurs comportements audacieux. Les animaux sont nourris à partir de véhicules immobilisés, si bien qu’ils associent voitures et nourriture. Plusieurs périssent après avoir été heurtés et blessés lors de collisions avec des automobiles. « Voiture + touriste = bouffe » représente une dangereuse équation.

Les ratons laveurs sont faciles à apprivoiser avec de la nourriture.

Les parcs nationaux reçoivent annuellement des millions de visiteurs avides d’observer la faune et de prendre de bons clichés. Pour chacun de ces touristes, le contact avec un animal sauvage ne dure qu’un bref instant; pour l’animal sauvage, l’expérience se répète des milliers de fois. Si chaque visiteur donne une partie de son sandwich au jeune renard du terrain de camping, combien de morceaux la bête aura-t-elle avalés ou cachés dans les alentours? Il m’est arrivé de partager mon sandwich avec un renard, mais je l’ai fait là où l’animal ne pouvait rencontrer que moi, là où il n’y avait personne à part moi. Dans les endroits populeux, les campagnes, les banlieues, les parcs et autres endroits touristiques, il faut éviter d’attirer les animaux sauvages à soi. Si ce n’est pas une voiture qui les frappe, ils tomberont sous les balles des chasseurs en prenant ces derniers pour des amis. Une dame de mes connaissances m’a raconté l’histoire de Cocotte, une renarde apprivoisée qui entrait dans le chalet pour réclamer ses cadeaux… Cocotte connut une triste fin quand un chasseur l’abattit d’une balle à la tête alors qu’elle courait gentiment vers lui. 

Deux poids, deux mesures : nourrir les animaux sauvages est interdit dans les parcs nationaux,
mais toléré chez les pourvoyeurs par le MRNF.
 

 

Des attractions touristiques condamnables

Depuis quelques années, nous assistons à une recrudescence de pourvoyeurs vendant à prix fort des « contacts » avec une faune nourrie et familiarisée. Pensons aux ours noirs obèses assis près des dépôts de nourriture au milieu de nulle part… Les touristes européens et québécois en redemandent! En outre, l’homme qui nourrit le monstre passe pour un héros. En hiver, dans la vallée du Saint-Laurent, des harfangs des neiges sauvages appâtés avec des souris vivantes rapportent des milliers de dollars par semaine à leur « entraîneur ». Jusqu’à une trentaine de personnes peuvent assister au spectacle quotidien : aveuglé par l’équation « présence humaine + véhicule = proie », l’oiseau vient vers les photographes en toute confiance. Les nombreux détracteurs de ce cirque lucratif dénoncent la suralimentation des oiseaux de proie ainsi que la perte de leur crainte envers l’homme et son véhicule, une menace pour leur sécurité. J’abonde dans le même sens et décrie toutes formes de nourrissage de la faune à des buts commerciaux.

Cette série de photos a été prise en 2008 par un touriste français qui l’a remise à un collaborateur de la SAS Nature. Les pourvoyeurs exploitant la faune à des fins commerciales réduisent à néant les efforts mis de l'avant par la Direction des parcs nationaux pour sensibiliser et éduquer le public aux conséquences dévastatrices du nourrissage de masse de la faune. Le MRNF devrait rapidement légiférer pour interdire ces pratiques dangereuses et contrer les messages négatifs qu'elles envoient à la population.
 
Ours noir
Ours noir
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
Une image vaut mille mots! Pas besoin d'attendre le résultat des études menées par quelques biologistes du MRNF pour constater les effets néfastes du gavage sur la santé des ours noirs « entretenus » par les pourvoyeurs touristiques : ci-dessous, un ours noir obèse comme ceux que l'on rencontre dans les jardins zoologiques.
 

 

Nourrir pour être certain de tuer

Un vent de protestation s’élève dans la communauté ornithologique pour interdire le nourrissage et l’exploitation des oiseaux de proie à l’état sauvage. Cependant, les voix sont moins nombreuses pour critiquer le nourrissage des ours à des fins commerciales. Si l’on condamnait ouvertement cette pratique, il faudrait aussi condamner l’usage d’appâts dans le but d’attirer les animaux sauvages dans la mire des chasseurs. En effet, ours noirs et cerfs de Virginie sont incités à fréquenter des postes d’alimentation bien garnis de pommes, de carottes ou de viande avariée. Quand arrive enfin le grand jour, le chasseur grimpe dans son mirador et attend le passage des animaux. L’homme qui nourrit et tue le monstre (l’ours) est un héros; l’homme qui nourrit et tue le trophée (le cerf) s’attire encore plus d’éloges. Sportif comme méthode? À mon avis, de telles façons de procéder devraient être interdites, car l’équilibre des forces est rompu en donnant un net avantage au chasseur.

Le MRNF marche donc sur des œufs en ce qui concerne le nourrissage de « la ressource » qu’est le cerf de Virginie. À moins qu’une famine menace la survie d’un ravage hivernal, il déconseille aux non-chasseurs de nourrir les chevreuils dans le but de les observer pour le simple plaisir des yeux. D’autre part, il tolère que les chasseurs les gavent sans restriction plusieurs mois avant la chasse. Quand c’est pour tuer, tous les coups semblent permis! Un minimum de cohérence dans les politiques du Ministère serait bienvenu.

Jeunes cerfs de Virginie au printemps 
 

 

Le monde à l’envers au parc national du Mont-Tremblant : des loups familiers et des touristes paniqués!

En terminant, je veux revenir sur un sujet qui a fait les manchettes il y a quelques années : la saga des loups familiers du parc national du Mont‑Tremblant. Les autorités comprennent mieux pourquoi des prédateurs aussi farouches se sont mis à circuler librement sur les terrains de camping et les sentiers pédestres. À l’instar des éperviers attirés par les postes d’alimentation d’oiseaux en hiver, certains loups adultes se sont graduellement rapprochés des campings pour suivre leurs proies, en l’occurrence le cerf de Virginie.

À l’approche de l’hiver, la population de chevreuils quitte le Parc national pour se regrouper autour des complexes touristiques, hôtels et autres endroits très achalandés des environs. Évidemment, les cervidés sont nourris par les hôteliers soucieux de répondre aux demandes de leurs clients. Pour les chevreuils, c’est le « Klondike », mais pour les touristes, une mauvaise école… Rares sont les règlements interdisant cette pratique à l’extérieur des parcs nationaux. Difficile de l’empêcher à moins de sensibiliser promoteurs, touristes et élus municipaux aux possibles impacts négatifs d’une telle exploitation de la faune. Nourrir les cerfs sur le terrain de l’auberge, c’est payant!

Au printemps, les cerfs de Virginie réintègrent leur territoire d’été à l’intérieur du parc. Faut-il se surprendre si plusieurs recherchent spontanément la présence humaine, source de nourriture, et s’installent autour des aires de pique-nique et de camping? Les visiteurs ont du mal à résister aux yeux doux de la biche qui quémande une gâterie. On sort une carotte de son havresac, on donne une pomme pour lui faire plaisir et se faire plaisir. Ce geste ne cause de tort à personne, se dit-on pour justifier notre entorse au règlement du parc. Si c’est bien, l’hiver, pourquoi serait-ce mal, l’été? Multipliées par mille, ces interventions en apparence anodines créèrent pourtant un cercle vicieux qui se solda par la mort de trois loups. Trois précieux loups d’une espèce à statut précaire : le loup de l’Est.

Loup gris
 

En suivant leurs proies jusqu’aux frontières de certains campings du parc national du Mont-Tremblant, quelques loups purent voir et étudier des milliers de gens, d’abord à distance, en catimini, puis risquant des apparitions bien calculées. Les prédateurs conclurent que les êtres humains ne constituaient pas une menace pour eux. En fait, ils s’étaient lentement familiarisés avec l’homme, au point qu’ils cessèrent de se cacher. Ils commirent leurs prédations et empruntèrent régulièrement les sentiers des campings, au vu et au su des touristes. En contrepartie, les touristes et le personnel du parc, eux, n’étaient pas familiers du loup; ils ne l’avaient jamais étudié en secret pendant des heures, des jours et des semaines. Un vent de panique moyenâgeux souffla sur le parc parce que personne n’était prêt à s’adapter sereinement à une situation défiant toute normalité. Nul n’était habitué à fréquenter le loup. Toujours assoiffés de sensationnalisme, les médias se sont emparés de l’affaire, ont amplifié les faits et semé beaucoup plus de confusion qu’ils n’ont apporté de lumière. Avec du recul, je crois que les autorités du parc et les loups ont été victimes d’une circonstance imprévisible attribuable au nourrissage de masse des animaux sauvages.

Trois loups ont payé de leur vie leur familiarité exceptionnelle, alors qu’ils n’avaient blessé ou attaqué aucun campeur. La Direction du parc national du Mont-Tremblant a beaucoup appris de cette expérience, tandis que le public tremble encore. Pendant ce temps, l’ignorance, la seule vraie coupable, court toujours les rues en toute impunité.

 

Gisèle Benoit

 

Photos :
 
Cerf de Virginie © Florent Langevin – SAS Nature
Paysage d'hiver au parc national de la Gaspésie © Florent Langevin – SAS Nature
Caribou des bois au parc national de la Gaspésie © Hubert et Martine Lassus-Pigat – SAS Nature
Cerf de Virginie © Florent Langevin – SAS Nature
Jeune cerf de Virginie © Paula Giannone – SAS Nature
Écureuil roux © Véronique Amiard – SAS Nature
Geai bleu © Sylvain Langevin – SAS Nature
Cardinal rouge mâle et femelle © Christian Bellemare – SAS Nature
Faucon émerillon © Christian Bellemare – SAS Nature
Raton laveur © site FAAXAAL
Photos des ours noir © Touriste européen
Jeunes cerfs de Virginie au printemps © Véronique Amiard – SAS Nature
Loup gris en bordure de la forêt © Les Productions Raynald Benoit Inc.
L'art et la nature

 

Chroniques de Gisèle Benoit : L'art et la nature

Mes chroniques sur l’art et la nature s'attardent sur toutes les formes d'expression, tant photographique, poétique que musicale, nous permettant de célébrer notre amour de la Vie ou d'exprimer nos préoccupations environnementales. Je souhaite que mes réflexions sur l'art ouvrent des pistes que tous et toutes pourront suivre à leur rythme. J’espère surtout qu'elles aideront petits et grands à mieux apprécier dame Nature, cette muse universelle.

Le comportement animal

 

Chroniques de Gisèle Benoit : Le comportement animal

Faire le mort pour échapper à un ours agressif; abattre inutilement le renard sociable soupçonné d’être porteur de la rage; approcher et toucher un orignal flegmatique en l’imaginant « prodigieusement » apprivoisé; amener chez soi un faon cerf de Virginie après l’avoir découvert seul et présumé orphelin; ces réactions humaines excessives et souvent inappropriées prouvent la nécessité d’une chronique ayant pour but la démystification des comportements animaliers les plus singuliers.

 

memoire

Mémoire sur la cohabitation des orignaux et des touristes au parc national de la Gaspésie

[…] les contacts de proximité entre humains et orignaux ont passablement augmenté depuis dix ans, principalement en raison du nombre accru de randonneurs et de la tolérance naturelle du cervidé. L’automne dernier, par exemple, des orignaux broutaient des ramilles et s’accouplaient près du Gîte du Mont-Albert, indifférents à la présence de dizaines de touristes émerveillés...

La photo du mois – Septembre 2017

Lichen arboricole © Florent Langevin – SAS Nature
« Pour ceux qui la connaissent, la forêt est une réalité vivante, elle respire, elle a une âme que l’on peut comprendre. »
 
Grey Owl, naturaliste et auteur canadien (1888-1938)
 

Suivez-nous sur   et 

 

Procurez-vous le beau livre d'art

FRISSON SACRÉ
DU MONDE SAUVAGE
!

 

 
Visitez notre boutique pour en savoir plus.


Rendez-vous avec... les loups! 

  • Photo auberge
  • Triptyque gauche
  • Triptyque centre
  • Triptyque droit
  • 1
  • 2
  • 3
  • 4
 

Le spectaculaire triptyque Le Rendez-vous    Meute de loups, de Gisèle Benoit, est exposé à l'Auberge La Seigneurie des Monts. Chaque toile mesure 48 pouces x 72 pouces, pour une largeur totale de 18 pieds. Une œuvre majeure à découvrir, dans le cadre d'un partenariat touristique entre l'Auberge et la Galerie d'art Monique et Gisèle Benoit.

Urgences Nature

 

Sauvons tous les milieux humides du Technoparc de Montréal

 

En savoir plus

L'auberge La Seigneurie des Monts
21, 1re Avenue Est
Sainte-Anne-des-Monts
www.bonjourgaspesie.com

Fidèle partenaire
de la SAS Nature

Vous contribuez directement à l'œuvre et à la mission de la famille Benoit en magasinant sur notre boutique.