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L'Art pour émouvoir, la Science pour comprendre et la Nature pour survivre!

Fondée en juin 2008 par la famille Benoit et plusieurs de ses collaborateurs, la Société Art et Science pour la Nature (SAS Nature) a pour mandat l'éducation du public en matière de protection de la faune et de conservation des habitats naturels. Comme son nom l’indique, cet organisme à but non lucratif utilise l’art et la science comme outils de sensibilisation, principalement à travers l'œuvre missionnaire de Monique, Gisèle et Raynald Benoit, figures bien connues des domaines de l'art animalier et du documentaire sur la vie sauvage. 

 

Voici quelques commentaires de visiteurs à la Galerie d'art Monique et Gisèle Benoit :

Un havre de paix! Tant de beauté et d'amour dans chaque tableau... 

Que de merveilles pour les yeux et l'âme! Nous reviendrons... 

Vibrante exposition... Émotion, splendeur, grandeur nature. À voir absolument! 

Merci pour cette magnifique exposition, cette communion avec la nature et cette grande sensibilisation envers les animaux! 

Chroniques Nature à la une

Sonnez, merveilles!

Sonnez, merveilles!

Odette Langevin

Les dernières notes d'une étude de Chopin, brillamment interprétée par le pianiste québécois Louis Lortie, viennent de s’envoler doucement qu'elles vibrent encore en moi. La musique classique me permet de vivre des instants merveilleux, exaltants et inspirants; elle me transporte vers la Nature, source de Vie! Cependant, quelle tristesse de constater que cette musique magnifique, qui a traversé les siècles, est désormais en péril! Heureusement, un homme s'est levé afin de nous faire prendre conscience de cette situation : Kent Nagano,...

Le sentier pédestre ou l’art de voir

Le sentier pédestre ou l’art de voir

Lucie Gagnon

Lunettes de soleil, bâtons de marche, collation et gourde d’eau, voilà le randonneur fin prêt à fouler le sentier. Avançant d’un pas rapide et énergique, il lorgne le faîte de la montagne qui embrase son imagination, espérant découvrir là-haut un décor spectaculaire. L’adepte des grands espaces augmente la cadence, mais attention! Son but très précis l’éloigne des trésors que la nature sait si bien dissimuler tout au long du trajet. Le marcheur ignore peut-être que le ravissement souhaité exige plus...

Boréalie en péril, mémoire sur la forêt boréale de Gisèle Benoit

Ce reportage vidéo présente le mémoire Boréalie en péril, écrit par Gisèle Benoit. La naturaliste y dresse le portrait inquiétant de certaines portions de la forêt boréale canadienne, notamment celle du Nord de l’Ontario où elle a dirigé, jusqu’en mai 2014, un centre d’étude du comportement de la faune. Le mémoire est disponible en versions française et anglaise (format PDF) et peut être téléchargé avec les liens ci-dessous.

Gisèle Benoit

 

Gisèle Benoit, peintre et naturaliste

Comme Grey Owl, Gisèle vit la moitié de l’année dans une cabane près d’un lac en compagnie des animaux sauvages et prend la plume, sinon le pinceau, pour décrire l’existence des bêtes. Quand elle quitte son refuge, c’est pour s’adonner à des activités publiques visant à faire connaître la forêt boréale. Les chroniques de Gisèle sont classées en trois catégories.

Qui est Gisèle Benoit?

Les chroniques de Gisèle sont classées en trois catégories :

Langage corporel : nos attitudes transmettent des messages! (Partie 3)

Debout, assis ou dans sa bulle?

Une majorité de gens ignore que le simple fait de s’accroupir à proximité d’un grand mammifère sauvage peut quelquefois causer un brusque changement d’humeur chez ce dernier. Aux yeux de la faune habituée à côtoyer l’homme dans des conditions favorables, c’est‑à‑dire dans les parcs de conservation où sont interdits la chasse et le piégeage, la position debout est la plus connue du bipède. Toutes autres postures lui paraissent donc naturellement suspectes et intrigantes, voire menaçantes.

Les animaux sauvages étant timides et faciles à effrayer, les observateurs croient pouvoir rassurer leur sujet en s’accroupissant pour paraître plus petits et moins dangereux. À première vue, cette technique semble logique, d’autant plus qu’elle s’avère souvent efficace, même trop efficace. Encore faut-il avoir le discernement et les connaissances pour l’utiliser en toute sécurité. Un lièvre, une perdrix, un renard passent toujours… Prudence avec plus grand que soi!  

Gisèle et renard

L'auteure en tête-à-tête avec un renard roux

 

Un orignal n’est pas un caribou!

En 1979, quand mes parents et moi avons commencé à fréquenter le parc national de la Gaspésie, nos observations nous ont démontré que le geste de s’asseoir sur le sol, de s’accroupir ou de se pencher exerçait un étrange pouvoir d’attraction sur le caribou. Alors que le cervidé gardait une certaine distance en présence d’êtres humains debout, il s’approchait avec curiosité en décrivant des cercles de plus en plus petits autour des bipèdes s’étant assis. Seuls ou par petits groupes, des caribous vinrent régulièrement piétiner le sol à quelques mètres de nous pendant que nous étions assis, ce qui donna lieu à d’inoubliables observations de proximité. Évidemment, le succès de cette technique nous incita à tenter l’expérience avec quelques autres représentants de la grande faune sans tenir compte du caractère ultra-pacifique du caribou, un critère ayant écarté tout danger relatif à une trop grande promiscuité. En effet, ce cervidé grégaire paraît dépourvu de la moindre malice à l’égard de l’homme, peu importe les circonstances. Sa faible personnalité et son extrême douceur ont d’ailleurs permis sa domestication dans le nord de l’Europe, où on le nomme « renne ».  

Randonneur et caribou

Avant de poursuivre ce récit, je déconseille à quiconque de chercher à reproduire le scénario suivant, car cela nécessite du sang-froid et une expertise en matière de psychologie animale. Les premiers résultats obtenus après m’être accroupie devant des orignaux furent mitigés. Les cervidés me regardèrent pendant un moment avec une quelconque curiosité et se remirent à manger avec indifférence. Il se trouva cependant quelques sujets plus curieux que d’autres, biches et cerfs bien déterminés à découvrir pourquoi un être humain venait de se laisser choir par terre. Au début de l’expérience, je me trouvais à une vingtaine de mètres de l’orignal et de mes parents restés debout en arrière. 

Dans la plupart des cas où un orignal a entrepris une démarche poussée par la curiosité et un besoin légitime de comprendre mon attitude, son approche s’est conclue par un comportement agressif dicté par l’instinct de dominance, ou la peur soudaine de se retrouver trop près d’un humain recroquevillé sur lui-même, une posture rappelant celle d’un prédateur prêt à bondir. En vérité, la curiosité du cervidé cédait progressivement la place à l’inquiétude dès qu’il parvenait à une distance d’environ cinq mètres de moi. Il effectuait alors des pauses de plusieurs secondes, se léchait les babines par nervosité et hésitait entre l’abandon et la poursuite du projet. Si l’animal réussissait à surmonter sa crainte et faisait encore quelques pas dans ma direction pour me flairer, il relevait le museau, couchait les oreilles et adoptait une conduite défensive. Je devais immédiatement estimer la pertinence de prolonger la rencontre en fonction du risque bien réel de recevoir un coup de patte. Évidemment, j’optais pour la sécurité et me levais afin de dissiper tout malentendu entre l’orignal et moi. Il faut se rappeler que l’approche du cervidé était le résultat de sa quête de précieuses informations. J’avais donc l’obligation de lui donner satisfaction et de le rassurer sur le fait que je n’étais pas un prédateur embusqué ni une fragile camelote à piétiner! 

Dessin
Dessin
 
Les dessins reproduisent fidèlement une tentative de contact positif avec un jeune orignal mâle en été. J'appelle le cervidé en me penchant pour imiter un de ses semblables ramassant des herbes aquatiques. Il s'approche aussitôt de manière amicale, les oreilles pointées vers moi. Parvenu à environ deux mètres, l'orignal adopte une attitude dominatrice en réponse à ma position penchée. Notez les oreilles rabattues vers l'arrière et l'inclinaison de la tête qui se détourne de moi. Je me suis redressée doucement afin de désamorcer son comportement agressif.  
 
Monique
Gigi
 
Photo de gauche : Pour Monique, pas question d'accepter un bisou de ce grand mâle orignal d'humeur maussade. L'artiste se prépare à se dresser avant que le cervidé ne soit trop près.
 
Photo de droite : Je m'accroupis souvent pour faire des croquis de mes sujets. La plupart du temps, l'orignal ignore cette posture non conventionnelle.
 

L’orignal est un animal réfléchi, un géant au tempérament fort ayant une personnalité franche et conciliante. Ma mère vécut le contact physique le plus extraordinaire alors qu’elle et moi étions assises dans notre canot échoué sur la berge d'un lac. Une jeune biche orignal s’intéressa à nous, s’approcha avec assurance et alla poser son museau humide sur le visage de Monique. Celle-ci ne fit aucun geste pour la repousser. Au terme de son « investigation », la biche bondit vers l’arrière et s’éloigna au milieu de cabrioles exprimant tout le plaisir que venait de lui procurer cet exploit. Cette scène unique a d’ailleurs été filmée par mon père et peut être vue dans le documentaire Sur les traces de l'orignal

Je recommande néanmoins aux gens qui pratiquent l’observation de rester debout en toutes circonstances lorsqu’ils côtoient de grands ongulés sauvages tels l’orignal, le wapiti, le cerf de Virginie, le mouflon, le bison, etc. Si l’un d’eux s’intéressait à vous d’une manière insistante, s’il s’approchait et cherchait à vous flairer, il serait sage de ne pas le laisser « entrer dans votre bulle », car une fois qu’il y serait, il pourrait donner libre cours à son penchant dominateur et vous menacer par des mimiques intimidantes. 

 

 

Debout hommes et nounours!

La position debout est plus que souhaitable lors d’une rencontre avec un ours. En effet, l'animal pourrait voir dans le geste de s’accroupir un message clair quant à la faiblesse et au caractère inoffensif d’un randonneur. Cette interprétation instinctive peut parfois dégénérer en une prise en chasse d’une proie humaine jugée facile, sinon en une manifestation d’autorité ayant pour racine l’instinct de dominance. 

Chez l’ours, un plantigrade, la position debout n’a rien de menaçant. Contrairement à ce que laissent croire le cinéma et les mythes populaires, l’animal se lève sur ses membres postérieurs pour mieux percevoir son environnement, non pour menacer le randonneur croisant sa route. En revanche, l’ours qui s’assoit et se ramasse sur lui-même en jetant des regards en coin affiche un comportement nettement agressif. Raison de plus pour éviter de lui renvoyer le même message en s’agenouillant devant lui!  

Je ne peux passer sous silence le légendaire conseil « Faites le mort! », car il est incompris par la population. En vérité, les experts recommandent la position fœtale uniquement en cas d’attaque, en dernier recours, en repliant les jambes et les bras contre le thorax, les mains serrées derrière la nuque afin de minimiser les blessures aux organes internes et aux artères. Tout comme le geste de s’accroupir, feindre d’être mort en présence d’un ours agressif peut inviter celui-ci à charger l’auteur de cette mise en scène. 

 

Les sens en alerte : pour le plaisir et par nécessité

La nature demeure un lieu d’apprentissage et d’épanouissement physique et moral. Une excursion au cœur des grands espaces stimule les sens et les met en alerte afin d’en retirer le maximum de bienfaits. Plus une personne est consciente du lieu extraordinaire où elle évolue, plus elle ressort grandie de son séjour en forêt ou en montagne. Paradoxalement, l’aménagement des parcs de conservation fait parfois oublier le caractère sauvage du milieu et l’obligation qu’a l’utilisateur de s’y aventurer avec respect, après s’être enrichi de connaissances sur l’écosystème et la faune. Chaque visiteur est responsable de sa préparation individuelle. Trop de gens ignorent qu’il ne faut pas pénétrer dans un parc de conservation de la même manière ni pour les mêmes raisons qu’ils traversent un parc urbain « aseptisé ». Reconnaître la préséance de la nature et prévoir de possibles rencontres avec les animaux sauvages font non seulement la différence, mais ajoutent de la valeur et du plaisir à une promenade autrement banale. On peut voir, entendre et sentir la vie sauvage palpiter sous toutes ses formes, d’où l’importance de mettre nos sens à l’écoute des innombrables merveilles de la nature. 

Selon moi, le fait que des randonneurs se privent volontairement de l’usage d’un de leurs sens relève de l’aberration, car cette attitude contre nature peut être dangereuse. Pourtant, ils sont nombreux à se promener en forêt munis d’un baladeur et d’écouteurs, par crainte du silence ou simplement pour faire la sourde oreille à l’environnement. Ces gens s’exposent inutilement à des accidents de terrain ou à d’autres mésaventures graves, puisque la musique les empêche d’entendre les signaux sonores, dont le grondement du tonnerre annonçant l’orage et les mises en garde d’un animal indisposé tels les grognements, les bramements ou les bois de cerfs frayés contre la végétation. Isolés dans leur bulle, ces individus continuent à avancer sans avoir conscience de ce qui se passe autour d’eux. Saviez-vous que certaines attaques animales auraient pu être évitées si la victime n’avait pas porté d’écouteurs? Je suis d’avis que cette imprudence est aussi importante sinon plus, que de s’adonner au jogging dans les régions sauvages.  

 

Un temple de piliers vivants

Faire corps avec le monde sauvage exige un apprentissage et une disponibilité des sens largement récompensés par des joies profondes et un sentiment durable de paix intérieure. La restauration de notre lien brisé avec la nature demande aussi une ouverture d’esprit assez grande pour reconnaître la fraternité universelle unissant tous les êtres vivants. Comme je me plais à le répéter aux groupes qu’il m’arrive de guider en forêt, il faut voir en la nature un temple sacré au sein duquel on pénètre en silence, recueilli, respectueux et à l’écoute des nombreuses voix non humaines pouvant y être entendues. 

 

Gisèle Benoit

 

Dessins de Gisèle Benoit
 
Photos :
 
L'auteure en tête-à-tête avec un renard roux © Les Productions Raynald Benoit Inc.
Randonneur observant un caribou © Florent Langevin – SAS Nature
Monique et Gisèle sur les berges d'un lac © Les Productions Raynald Benoit Inc.
Ours noir de mauvaise humeur © Les Productions Raynald Benoit Inc.
Randonneurs au pic de l'Aube, parc national de la Gaspésie © Florent Langevin – SAS Nature

L'orignal polyglotte

Un matin de septembre parfait : gelée blanche, ciel cristallin, nappe de brume déchirée sur le lac, bruissement de feuilles mortes tombant sur le sol derrière moi, pressées de recouvrir les pistes laissées par les orignaux durant la nuit. Après quelques appels lancés à l’aide de mon cornet, je prête l’oreille dans l’espoir d’une réponse annonçant la venue d’un cerf à large ramure. Mon cœur bat d’émotion. Comment déceler un signe parmi tous ces bruits environnants? Il y a le ricanement en cascades d’un huart, le martèlement d’un pic chevelu fouillant l’écorce d’un pin gris, le tambourinage d’une gélinotte huppée rappelant les premiers jours de mai, sans compter les castors à l’œuvre dans le chantier voisin! Je tressaille soudain en entendant de puissants clapotis dans une baie invisible. Serait-ce les pas d’un orignal en marche vers moi? Le suspense prend fin quand le groupe de harles responsable de cette méprise vient courir sur l’eau en face du chalet.   

 

Un orignal venu du ciel

Le soleil perce les brumes de ses rayons dorés et j’ose une nouvelle série d’invitations dans la langue d’Alces. Cette fois, la réponse est immédiate : les courts brames d’un orignal mâle me parviennent de l’extrémité du lac et, à moins d’un imprévu, j’espère bientôt faire la connaissance de ce gentleman. Au bout d’un certain temps, malgré mes efforts pour l’encourager, je constate avec déception que le galant se fait attendre. Il reste au loin en répétant inlassablement le même cri, un comportement immature me forçant à revoir à la baisse l’envergure de la couronne de mon interlocuteur. À défaut d’un roi, j’aurai probablement affaire à un petit prince esseulé fier de ses premières dagues. En vérité, les jeunes mâles et les daguets craignent les foudres des géniteurs dominants; pour cette raison, ils s’approchent d’un lieu de rencontres avec mille précautions. Selon moi, la prudence explique l’hésitation de l’orignal à l’autre bout du lac.

L’espoir renaît quand les bramements gutturaux se rapprochent enfin! Les brumes s’étant dissipées, je scrute le lac à la recherche d’une silhouette familière. Le son ne peut me tromper : l’orignal vient à la nage et il se déplace rapidement… Je devrais forcément le voir… La surface du lac demeure cependant immobile. Aucun sillage, aucune figure de proue à l’horizon. Suis-je en présence d’un cerf fantôme? Je repère alors un petit point noir dans le ciel sans nuage. Les orignaux ne volent pas et pourtant, celui-ci déjoue la gravité en venant à moi par la voie des airs! Les brames gagnent en intensité. La créature volante non identifiée en est bel et bien l’auteure! J’écarquille les yeux avec incrédulité tandis que l’imitateur passe à tire-d’aile au-dessus de moi en bramant. Le roi de nos forêts lui-même aurait été confondu! Chapeau maître Corbeau! Vous m’avez bien eue!

J’ai eu connaissance d’une telle prouesse vocale de la part d’un grand corbeau une seule fois en trente ans. Les corvidés sont des oiseaux intelligents, curieux et doués pour les imitations. En effet, l’imitateur croisé ce matin-là prenait plaisir à reproduire un son entendu seulement en automne, dans les régions fortement peuplées d’orignaux, soit les brames incessants des mâles à la recherche de partenaires!

 

Des orignaux imitateurs? 

Si le grand corbeau peut reproduire les bruits insolites de son environnement, dont celui des cerfs en rut, l’inverse est-il possible? Un orignal peut-il imiter le cri d’un hibou, d’une grenouille ou d’une détonation de fusil? Mieux encore, peut-il utiliser ces imitations pour communiquer avec ses semblables dans une sorte de langage codé destiné à déjouer l’homme, le plus redoutable des mystificateurs? C’est pourtant le message véhiculé par certains mythes populaires, au mépris de la plus élémentaire rectitude scientifique.

Cet écrit s’est imposé à moi à la suite de nombreuses demandes que m’ont adressées des personnes intriguées par les interprétations inexactes du langage de l’orignal, faites aussi bien par des profanes que par des gourous de la chasse et autres vendeurs de recettes miracles capables d’attirer le grand cerf dans la mire des fusils. Pour ma part, j’ai découvert l’existence de la majorité de ces mythes dans les années 90, lors de ma participation à différents salons de plein air. Mes échanges respectueux avec des centaines de chasseurs m’ont alors permis de saisir l’ampleur du phénomène et de dénoncer les abus dont ceux-ci sont victimes de la part de quelques-uns de leurs « maîtres à penser ». Par souci d’honnêteté, je me suis fait un devoir de rétablir les faits. Ainsi, l’orignal n’imite pas sciemment le cri du hibou, de la grenouille et les coups de feu, pas plus que ses brames et leur signification ne varient en fonction des conditions météorologiques. Les puissants bramements émis par la femelle ne sont pas des « appels » destinés au mâle, l’odeur humaine est presque impossible à camoufler par l’ajout de parfums, les noms orignal et élan désignent la même espèce, etc.

Les mythes sont tenaces même s'ils varient énormément d'une région à l'autre du Québec. Pour certaines personnes, le cri du hibou est une véritable imitation de l'oiseau par l'orignal pour induire en erreur les chasseurs. Pour d'autres, plus réalistes, ils désignent un bramement d'orignal rappelant le hululement du grand-duc. Les multiples versions recueillies lors de mes tournées dans la province rendent difficile le décorticage de ce que des dizaines de témoins disent avoir entendu, entrevu… et conclu. En revanche, les réponses que j’apporte dans cette chronique reposent strictement sur la science.

 

Le fin mot de la science 

Il ne viendrait jamais à l’esprit d’un cervidé d’imiter les cris d’une autre espèce, car il n’en a ni la capacité physique ni le besoin. De tout le règne animal, les rares créatures capables d’une telle performance vocale s’avèrent pour la plupart des oiseaux appartenant à la famille des psittacidés (perroquets et perruches) et des corvidés (corbeaux, corneilles, geais et pies). L’évolution a doté les représentants de ces deux groupes d’une mémoire auditive supérieure à la moyenne et d’une syrinx, l’organe du chant, adaptée à la reproduction quasi parfaite d’une foule de sons environnants.   

Grâce aux imitations du mythique cri du hibou faites par les chasseurs, j'ai réussi à départager le vrai du faux! Dans 10 % des cas, ce cri serait le hululement authentique d’un grand-duc! Le reste du temps, il s’agirait de brames doucereux d’un orignal mâle s’adressant à une femelle. La tonalité de ces bramements ressemble vaguement à celle du chant du hibou, quoique celui-ci affiche une cadence mélodique nettement distincte. Pour un naturaliste d’expérience doté de notions d’ornithologie, aucune confusion n’est possible entre les hululements monotones d’un grand-duc, les cris d’une nyctale ou d’une chouette lapone et les brames d’un orignal, aussi éloigné que soit l’auteur du son entendu! Personnellement, jamais je n’ai confondu les brames d’un orignal mâle avec le hululement du rapace. Seuls les profanes peuvent être trompés. Je déplore grandement le fait que de banales erreurs d’interprétation sur le terrain puissent donner naissance à autant de fables populaires. Une fois établie, la méprise se propage, s’ancre davantage et se fortifie d’un récit à l’autre. Il devient parfois aussi difficile de ramener à la rectitude scientifique un chasseur contaminé par ces mythes que de déprogrammer un adepte d’une secte religieuse!

 

La plate réalité des faits

Je pourrais continuer sur ma lancée et démystifier les unes après les autres les nombreuses fausses interprétations de la nature qui circulent dans le milieu de la chasse. J’invite plutôt mes lecteurs et mes lectrices à s’interroger sur la persistance de ces mythes, à une époque où la connaissance devrait en avoir facilement raison.

Que l’on soit armé d’une carabine ou équipé d’un appareil photo, apercevoir un orignal relève avant tout de la chance, et force est d’admettre que cette réalité a un goût fade en comparaison de celle des multiples croyances populaires. La rectitude scientifique ne rend pas les chasseurs plus chanceux en forêt, si bien que plusieurs lui préfèrent les mythes promettant le contraire. Et le marché du mythe, c’est payant! À vrai dire, une industrie fort lucrative a intérêt à ce que les illusions, les fables et leurs recettes magiques subsistent, se répandent et continuent à se vendre. En contrepartie, les chasseurs ne devraient pas hésiter à adopter la rectitude scientifique, car en toute chose, elle protège les hommes et les femmes de bonne foi contre la cupidité et les abus de pouvoir de certains de leurs semblables.

 

Gisèle Benoit

 

Tableau
 
Souvenir – Couple d'orignaux
Huile sur toile © Gisèle Benoit
 
Dessins de Monique Benoit

Ni dieu ni diable

J’ai souvent dénoncé la peur excessive et injustifiée d’un grand nombre de gens à l’égard du loup. Dans ce contexte de méfiance et de haine solidement ancrées dans la mémoire collective de nos sociétés, l’existence d’une tendance contraire semble de prime abord invraisemblable. Or, il se trouve des personnes prêtes à déifier le loup sur la bonne foi d’un seul témoignage présumé authentique.

Un tel égarement émotif s’est produit en 1997 lorsque Misha Defonseca a publié une autobiographie où elle raconte avoir été secourue, nourrie et réchauffée par des loups alors qu’elle n’était qu’une enfant. Survivre avec les loups se voulait le récit autobiographique d’une orpheline juive perdue dans les forêts d’Europe, avec pour toile de fond la Seconde Guerre mondiale… Le livre est rapidement devenu un best-seller traduit dans une vingtaine de langues. Cela signifie que des millions de lecteurs ont été induits en erreur en apprenant qu’une meute de loups pouvait adopter un enfant et en prendre soin! L’histoire de Misha Defonseca a été adaptée au cinéma, la promotion du film reposant essentiellement sur l’aspect fait vécu. Tandis que Survivre avec les loups tenait l’affiche dans les salles d’Europe, des journalistes ont eu la brillante idée de fouiller le passé de l’auteure, ainsi la supercherie a enfin été mise au jour. Démasquée, madame Defonseca a admis en conférence de presse avoir inventé toute l’histoire, donnant ainsi raison au scepticisme initial des biologistes, des naturalistes et de tous ceux et celles qui ont eu le réel privilège de côtoyer le loup en milieu naturel.

Si les mensonges de cette auteure m’agacent depuis belle lurette, la crédulité du public profane m’interpelle; elle prouve son manque de connaissance envers la faune et le comportement animal, mais aussi combien il est facile de diaboliser ou de déifier une créature sauvage au détriment de la réalité. Seules l’éducation et la sensibilisation du public peuvent détruire les mythes anthropomorphiques et en prévenir la résurgence.

Quant au loup, il ne gagne rien à être dieu ou diable aux yeux des hommes. Les habitudes de vie et les comportements sociaux de Canis lupus sont si fascinants qu’il me paraît superflu d’en rajouter!

 

Gisèle Benoit

 

Tableau :
 
Loups au chantier des castors
Huile sur toile © Gisèle Benoit 

On tue les patates et on récolte les orignaux!

Êtes-vous tannés de tous ces « mots d’adoucissement » utilisés par le SYSTÈME pour engourdir notre intelligence et notre conscience? Peut-être que vous ignorez leurs effets, et ce, bien qu’ils fassent partie de votre vocabulaire.

Le SYSTÈME veut faire de nous des moutons-consommateurs soumis, ignorants et passifs. Or, nous aurions intérêt à soupeser nos mots. Par exemple, en ce qui concerne la nature et l’environnement, le nom « récolte » et le verbe « récolter » nous rapportent immédiatement à l’agriculture. On sème des légumes et on cultive des fruits que l’on récolte; aucune confusion possible avec l’élevage des volailles et des bestiaux destinés aux abattoirs pour la consommation humaine. En revanche, la définition des mots s’embrouille dès qu’il est question de la faune. Dans le cadre de la chasse sportive, l’utilisation fréquente du verbe « récolter » s’avère pour le moins « tirée par les cheveux », voire tordue. Les grands manitous de la langue française semblent pourtant s’être résignés à l’idée que l’on puisse « récolter » des animaux sauvages. Après tout, la langue évolue. Résultat : des chasseurs refusent désormais d’utiliser les verbes « tuer » et « abattre » pour expliquer la mort de leur gibier.

Chasser, c’est tuer! Ce n’est pas récolter. En éludant l’aspect morbide de la chasse, on endort l’opinion publique. On banalise l’action de tuer en comparant l’animal à un légume. L’impact subliminal est si pernicieux que certains chasseurs en viennent à oublier les répercussions parfois néfastes de leur activité favorite sur les populations d’animaux sauvages. C’est précisément ce que souhaite le SYSTÈME : mentir, embellir et déformer la réalité pour vendre de plus en plus de permis de chasse et d’armes afin de siphonner de plus en plus les ressources et vider lentement les bois sans rendre des comptes à personne, mais surtout, sans que personne s’en rende compte. Pour ne pas éveiller les doutes, le SYSTÈME a hissé l’homme au rang très flatteur de gestionnaire responsable. Évidemment, il s’agit d’un titre honorifique pour le moins trompeur, car la sixième extinction de masse en cours est une conséquence directe des activités humaines.

Nous croyons pouvoir gérer le monde sauvage et la faune comme l’agriculteur gère ses champs. La mise en terre d’une patate au printemps donne une profusion de patates à l’automne; malheureusement, la mise en terre d’une patte d’orignal se calcule en soustraction, non en addition. Alors, réfléchissons au sens des mots. Si l’on peut récolter un orignal, je suis certaine que l’on pourra bientôt tuer une patate! 

 

Gisèle Benoit 

Naturaliste, peintre animalière
et porte-parole de la SAS Nature

 

 

Pour l'avenir des écosystèmes gaspésiens

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Ce texte a été publié dans le Magazine Gaspésie, édition de novembre 2014  février 2015, volume 51, numéro 3 (181).

En 1979, ma rencontre avec un orignal du parc national de la Gaspésie donna à ma quête artistique une tournure imprévue qui allait me conduire à des études inédites sur le comportement du roi de nos forêts.

On m’appelle « La Dame aux orignaux ». Ma mère et moi sommes peintres animalières. Mon père filme la vie sauvage. Ensemble, nous observons la faune depuis plus de trente ans, principalement en Gaspésie et dans le Nord de l’Ontario. Les résultats de nos études, dont la plupart sont publiés sous forme de documentaires, nous ont valu la reconnaissance et le respect du milieu scientifique et de la population en général : En Compagnie des Orignaux, en 1993, Des oiseaux pas comme les autres, en 1995, Les Carnets Sauvages, en 2007.

Une scène fameuse du documentaire
En Compagnie des Orignaux produit en 1993

 

Entre mythe et réalité

Un jour, nous dûmes quitter notre terre d’adoption, la Gaspésie, pour entreprendre l’étude d’espèces tels le lynx du Canada, le loup, l’ours noir, etc. Un exil nécessaire, car nous ne trouvâmes aucun territoire québécois offrant un potentiel faunique comparable à celui du Nord de l’Ontario. 

Au Québec, spécialement en Gaspésie, la faune est soumise à des pressions constantes allant à l’encontre des recommandations des scientifiques, qui exhortent le gouvernement à créer davantage de zones protégées. C’est qu’en plus du sacro-saint développement économique, au nom duquel les décideurs sacrifient tout, il subsiste dans notre société des traditions populaires et des mythes antiévolutifs; par exemple, la croyance voulant que la chasse et la trappe soient des outils de conservation, des activités de loisirs nécessaires et bénéfiques pour la nature. 

Loups dans le Nord de l'Ontario
 

Ayant œuvré sur des zones où l’on pratique la chasse et la trappe, nous avons constaté que les territoires sans prélèvement faunique sont généralement beaucoup plus riches et giboyeux. Leurs écosystèmes y affichent un meilleur équilibre, car chaque espèce peut jouer son rôle écologique à l’abri d’interférences humaines. Pourtant, jamais nous n’avons réussi à mettre un lynx du Canada dans notre lentille en quinze années d’étude et de tournage au parc national de la Gaspésie, l’une des rares aires protégées de la péninsule. Le fait de filmer et d’observer les comportements de ce félin discret était cependant fréquent en Ontario, où nous avons travaillé sur un territoire de 7 000 km2 exempt de chasse et de trappe depuis 1925. Cette comparaison met en évidence le déséquilibre des écosystèmes où la trappe est systématiquement pratiquée comme « mesure de contrôle des prédateurs », et la chasse, considérée par certains comme un sport « écologique et noble ». En vérité, la faible superficie des aires protégées de l’arrière-pays gaspésien n’assure en rien la pérennité des espèces. Le loup et le carcajou sont éteints depuis belle lurette, le saumon se raréfie et le caribou des bois disparaît lentement depuis la création du parc national de la Gaspésie, en 1937. 

 

Parc amputé, parc boiteux

L’histoire du parc national de la Gaspésie démontre à quel point nous semblons incapables, en tant que société ou individu, de comprendre et de respecter le fonctionnement de la nature. En 1981, alors que le nombre de caribous était en chute libre dans ce parc, sa superficie de 1 285 km2 fut réduite à seulement 800 km2 1. Pour des raisons politiques et économiques, le gouvernement enleva le statut d’aire protégée à des portions importantes du territoire vital des caribous, afin de permettre la poursuite des coupes forestières et le développement d’éventuels projets miniers ou énergétiques, là où la nouvelle loi sur les parcs les interdisait (L.R.Q., chapitre P-9). Conséquence prévisible : la population de caribous des bois de la Gaspésie se retrouve maintenant sous respirateur artificiel, ayant atteint le seuil critique d’environ une centaine de têtes1. Voilà ce qu’il reste des milliers d’individus qui parcouraient jadis la péninsule gaspésienne et le Nouveau-Brunswick!

En route vers les sommets – Huile sur toile
 

Le ministère des Forêts, de la Faune et des Parcs a instauré un programme de contrôle des prédateurs s’attaquant au faon du caribou. Dès le printemps, des collets sont posés à l’intérieur du parc pour éliminer le plus grand nombre d’ours noirs et de coyotes, mais les captures accidentelles causent aussi la mort de lynx et d’autres animaux. (Nous avons déjà découvert, dans le secteur du lac Cascapédia, un porc-épic pris par l’abdomen et mort de faim après avoir mangé toute la végétation à sa portée.) La prédation naturelle ne fait pourtant qu’accélérer un processus d’extinction déjà bien enclenché, car les biologistes ont depuis longtemps établi des liens entre la coupe des forêts matures et le déclin des caribous des bois, partout en Boréalie. La situation actuelle du caribou de la Gaspésie découle du manque de protection accordée au territoire gaspésien depuis un siècle. 

 

Trop de pressions sur la faune

Nous ne pouvons plus ignorer les défis d’adaptation qui attendent la faune, la flore et l’homme; ensemble, nous sommes confrontés à un réchauffement rapide du climat. De récentes données obtenues par les experts révèlent qu’il sera impossible de limiter à deux degrés Celsius l’élévation globale de la température, d’ici 2050. Le climat va « migrer » de plusieurs centaines de kilomètres vers le nord et certaines espèces vont devoir « le suivre » pour profiter de conditions propices à leur survie. Celles qui ne pourront ni migrer ni s’adapter vont disparaître des régions qu’elles occupaient. En Ontario, où le cheptel d’orignaux est en baisse, le gouvernement n’a pas hésité à réduire de 18 % les permis de chasse émis en 2014. Au Minnesota, le département des Ressources naturelles a publié des chiffres effarants : la population d’orignaux a chuté de 52 % depuis 2010. La chasse a donc été interdite dans l’État, où l’orignal est désormais une espèce sous haute protection. « Global warming is killing moose! », annoncent des biologistes américains.2

Orignaux dans les Chic-Chocs
 

Pour accorder de meilleures chances d’adaptation à la faune et à la flore du Québec, des scientifiques comme Dominique Berteaux, professeur à l’Université du Québec à Rimouski3, recommandent la création de nouvelles aires protégées, l’agrandissement des parcs de conservation et la diminution de toutes pressions autres que climatiques sur les écosystèmes. Il est donc urgent de revoir nos rapports avec le monde sauvage, car la chasse, la trappe et la pêche font partie des pressions à réduire. La pertinence de créer de nouvelles aires de protection en Gaspésie est d’autant plus nécessaire que plusieurs espèces de la péninsule se verront dans l’impossibilité de migrer vers le nord, à cause de la barrière naturelle que constitue le Saint-Laurent. Les hautes montagnes seront leur ultime refuge. En fait, au moins 50 % de ce territoire devrait être protégé.

 

Développer les activités sans prélèvement

Les impacts économiques liés à la chasse peuvent être facilement compensés par les activités sans prélèvement, qui gagnent en popularité et rapportent des millions de dollars aux communautés sachant en tirer profit. Au New Hampshire, par exemple, l’observation de l’orignal engendre des retombées annuelles d’environ 115 000 000 $4. Si le gouvernement du Québec cessait d’accorder de généreuses subventions aux promoteurs d’activités dont il faut réduire l’incidence, il serait possible de développer un écotourisme rentable pour toute la péninsule. Les simples observateurs de la nature dépensent autant d’argent que les chasseurs, et même plus, pour s’équiper de caméras, de jumelles et de vêtements, ou simplement pour se loger et se nourrir dans les régions qu’ils visitent.

Qu’on le veuille ou non, beaucoup d’activités traditionnelles liées à la faune vont disparaître, ce qui amènera peut-être un changement salutaire. L’animal sauvage n’est pas qu’une cible, une peau, un trophée, un gibier, de la viande, une fourrure ou une simple nuisance. Les créatures fascinantes qui peuplent nos forêts ont beaucoup mieux que cela à offrir. Mes parents et moi, comme bien d’autres naturalistes, en avons fait l’expérience…

 

Gisèle Benoit

Peintre animalière, naturaliste et porte-parole
de la Société Art et Science pour la Nature
 
Gisèle Benoit est cofondatrice de la Société Art et Science pour la Nature (SAS Nature), un organisme à but non lucratif dédié à la sensibilisation du public. On peut voir ses tableaux, ses documentaires et ses écrits sur le site www.sasnature.org
 
 
Tableaux
 
Soir – Orignaux mâles au lac Paul
Huile sur toile © Gisèle Benoit 
 
En route vers les sommets – Caribous des Chic-Chocs
Huile sur toile © Gisèle Benoit 
 
 
Photos
 
Une scène fameuse du documentaire En Compagnie des Orignaux produit en 1993 © Les Productions Raynald Benoit Inc.
 
Loups dans le Nord de l'Ontario © Centre d'étude du comportement de la faune Gisèle Benoit
 
Orignaux dans les Chic-Chocs © Florent Langevin  SAS Nature
 
Gisèle Benoit au sommet du mont Ernest-Laforce, au parc national de la Gaspésie © Florent Langevin – SAS Nature
 
Références :
 
1 PARCS QUÉBEC. Parc national de la GaspésiePortrait du parc, [En ligne], 2014. 
 
GOURBILIÈRE, Claire. « Caribou de la Gaspésie », [En ligne], Encyclopédie du patrimoine culturel de l’Amérique française, 2007.
 
2 MINNESOTA DEPARTMENT OF NATURAL RESOURCES. Wildlife researchers collar 36 more adult moose, [En ligne], 2014.
[http://www.dnr.state.mn.us/moose/index.html] (Consulté le 7 juin 2014).
 
RUSH, Curtis. "Declining moose populations in some areas of Ontario puzzles biologists", [En ligne], The Star, October 16, 2013 [Toronto Star].
 
KRUMBOLTZ, Mike. "North American moose population continues to decline", [En ligne], Yahoo News, October 14, 2013. 
 
PICKENS, Roy. "Scientists study decreasing moose population", [En ligne], TV Schedule Fox 43, February 4, 2013.
 
APPINSYS. Global Warming is Killing Minnesota’s Moose, [En ligne], [s. d.].
 
3 BERTEAUX, Dominique, en collaboration avec Nicolas CASAJUS et Sylvie DE BLOIS. Changements climatiques et biodiversité du Québec : vers un patrimoine naturel, Québec, Presses de l’Université du Québec, 2014, 202 p.
 
4 BASCH, Marty. "Future of Moose in New Hampshire Uncertain", [En ligne], Outdoorhub, September 4, 2013.
 

 

 

 

 

 

 

 

 

Humble et petit : des clés pour la survie!

 

Je m’intéresse à la paléontologie depuis l’enfance. Pour les passionnés de la faune et de la flore des temps anciens, reconstituer l’apparence et le comportement d’une espèce animale apparue il y a des millions d’années, à partir de fragments fossilisés, s’avère un défi fascinant. Cette science aurait été dans mes cordes, mais j’ai finalement opté pour l’étude des animaux sauvages actuels. Malgré mon engagement envers le monde présent, il m’arrive très souvent de songer aux innombrables créatures du passé dont nous ne connaîtrons jamais les secrets et, dans plusieurs cas, jamais l’existence. En revanche, je m’émerveille devant les espèces qui n’ont presque pas changé depuis 350 millions d’années! Pas besoin de les chercher très loin : les libellules font partie de ces championnes de la résilience, car elles ont survécu à de grandes extinctions de masse… Elles peuvent donc nous en apprendre beaucoup sur l’art de survivre.

 

Mort et renaissance

Paléontologues et archéologues ne se décarcassent pas en vain. Leurs découvertes sur les écosystèmes, la géographie et les climats anciens dressent un tableau assez précis des divers âges de notre planète et des changements qui y sont survenus depuis l’émergence de la vie, il y a environ 3 milliards d’années. Du continent unique nommé Gondwana jusqu’à l’apparition des premiers hominidés, la Terre a connu de constantes transformations géologiques et climatiques, ainsi que cinq grandes extinctions de masse ayant contraint la vie à se réinventer sous de nouvelles formes. On sait aujourd’hui qu’en cas de destruction majeure des écosystèmes planétaires, la Nature redistribue les cartes autrement à partir d’une fraction de la biodiversité restante, selon un processus s’échelonnant sur des centaines de milliers, voire des millions d’années. Par exemple, il y a 200 millions d’années, l’extinction massive du Trias-Jurassique a vu s’éteindre environ 70 % des vertébrés terrestres et presque l’ensemble des plantes de la surface du globe. Six millions d’années furent nécessaires à l’instauration de nouveaux écosystèmes équilibrés et diversifiés.

La dernière grande extinction de masse est survenue à la fin du Crétacé, il y a 65 millions d’années. Selon une théorie admise par une majorité de scientifiques, une imposante météorite aurait percuté la Terre, causant des feux et obscurcissant le ciel d’épais nuages de cendres. D’autres savants prétendent que des éruptions volcaniques très violentes seraient plutôt à l’origine des rapides changements climatiques ayant sonné le glas du long règne des dinosaures. Quoi qu’il en soit, pendant les 160 millions d’années que dura l’ère secondaire (le Trias, le Jurassique et le Crétacé), les dinosaures dominèrent la planète avec des espèces atteignant des tailles gigantesques. Les plus grands de ces animaux furent les premiers à s’éteindre; à l’opposé, ceux ayant survécu à l’hécatombe planétaire étaient petits, couverts de plumes et capables de voler. Les ancêtres directs des oiseaux. Les représentants actuels de la gent ailée, dont nous admirons la grâce et apprécions la compagnie, ne sont en réalité que « des dinosaures à plumes ».   

Goéland
 

La disparition des grands dinosaures herbivores et carnivores permit aux premiers mammifères de sortir du cul-de-sac évolutif dans lequel ils semblaient coincés. En effet, pendant longtemps, il valut mieux pour eux continuer d’être nocturnes, minuscules et insectivores, plutôt que de se frotter au Tyrannosaure et à ses semblables! Alors qu’ils n’étaient guère plus gros que des rats durant l’ère secondaire, les anciens mammifères connurent une expansion sans précédent à l’ère tertiaire. Ces derniers la dominèrent en diversité, en nombre et en gigantisme, évoluant vers des espèces qui, aujourd’hui, nous semblent familières.

L'ère quaternaire, aussi appelée anthropozoïque, a débuté il y a 2 millions d’années et se poursuit encore de nos jours. Comme son nom l’indique, elle est marquée par l’apparition et la domination de l'Homme. 

Le loup gris serait apparu il y a environ 1 million d’années,
mais il n’aura fallu à l’Homme que quelques décennies
pour l’éliminer de la majeure partie de son habitat naturel,
en Europe comme en Amérique.

 

Début d’une nouvelle extinction massive

Malgré les efforts de vulgarisation des archéologues, des géologues et des paléontologues, l’histoire naturelle de notre planète s’avère difficile à concevoir pour l’homme moderne, adepte de la courte vue quant au regard qu’il porte sur son passé et son avenir. Pourtant, il importe de comprendre que les grandes extinctions de masse représentent des phénomènes cataclysmiques très rares dans l’évolution de la vie, que ce soit en milieu aquatique ou terrestre. En vérité, les taux de disparition des espèces seraient demeurés assez faibles entre chacune des cinq grandes extinctions massives. Or, la donne a changé. En effet, les scientifiques notent que depuis 100 000 ans, période correspondant à l’augmentation et à la répartition des populations humaines sur la planète, la disparition des espèces a atteint un pourcentage inégalé depuis l’extinction des dinosaures à la fin du Crétacé. Nous sommes bel et bien entrés dans la nouvelle période d’extinction massive dont les causes sont principalement anthropiques.  

 
Selon les conclusions de botanistes britanniques et d’experts de l’Union internationale pour la conservation de la nature (UICN), une espèce de plante sur cinq est menacée de disparition, la famille des conifères étant la plus menacée. Les activités humaines sont à l’origine de 80 % des extinctions en cours.
  
 
Grenouille des bois

Une pluie de statistiques m’a récemment fait grincer des dents : si la destruction des écosystèmes attribuable aux activités humaines se maintient au rythme actuel, plus de la moitié des espèces vivantes aujourd’hui risquent de s’éteindre d’ici 2100; ainsi, 20 % de toutes les populations végétales et animales pourraient disparaître d’ici 2030. Par ailleurs, le taux actuel d’extinction serait de 10 à 100 fois plus rapide que celui des cinq grandes extinctions de masse ayant chamboulé la planète. Concrètement, cela signifie que le monde tel que nous le connaissons est en train de changer et qu'il est urgent de réfléchir aux moyens à prendre pour nous préparer au choc. Notre civilisation, la biodiversité, tout ce que nous prenons pour acquis risque d’être compromis au point de rendre caducs même nos systèmes politiques et financiers, notre culture, le modernisme, notre domination sur l’environnement, etc. Il ne fait aucun doute qu’une nature appauvrie nous appauvrira; elle nous mettra à l’épreuve en nous confrontant aux conséquences de nos actes et de nos choix. En ces jours-là, peut-être maudirons-nous l’orgueil et l’égoïsme de notre civilisation. On accusera notre soif de consommer, on cherchera l’amour et la compassion perdus sur le chemin obscur du progrès… Bientôt, il se peut que l'on envie la libellule et toutes les créatures capables de survivre du seul fait qu’elles sont petites et qu’elles en aient vu d’autres avant Homo sapiens, ce nombril du monde autoproclamé…  

Tamias mineurs

Tamias mineurs

 

Vive les petits!

De l’ère primaire à la fin du secondaire, les grandes extinctions de masse nous enseignent que les créatures géantes dominant leurs écosystèmes sont en général les premières à souffrir des perturbations environnementales et à disparaître. Il n’existe cependant aucun modèle pour nous laisser présumer du sort qui attend une espèce se rendant coupable d’une telle extinction, car jamais cela ne s’est produit auparavant. Contrairement à nous, les dinosaures n’ont pas causé leur propre perte. L’Homme innove en provoquant à la fois la sienne et celle de nombreuses créatures de son temps. En ce début de millénaire, chacun d’entre nous est appelé à sceller le destin de notre monde... 

Il y a 350 millions d’années, à l’époque connue sous le nom de Carbonifère, il n’existait ni mammifères ni dinosaures géants. À vrai dire, peu de vertébrés primitifs se hasardaient hors de l’eau même si des forêts composées de grands arbres, de fougères et de prêles colonisaient lentement mais sûrement un monde nouveau. Les invertébrés comptent parmi les premiers animaux à occuper les milieux terrestre et céleste, où ils régnèrent longtemps en maîtres absolus, notamment à cause de l’absence de concurrence d’espèces animales plus grandes. Les insectes pionniers atteignirent alors une envergure considérable, et des libellules grandes comme des goélands volaient dans le ciel. Quand les amphibiens et les reptiles primitifs empiétèrent en plus grand nombre sur le domaine des insectes, ces derniers survécurent à l’envahissement en recouvrant des tailles plus humbles… Sauterelles, moustiques, blattes et autres invertébrés conservèrent jusqu’à nos jours des formes quasi identiques à celles du Carbonifère.   

Sauterelle et marguerites
 

L’épreuve du temps nous indique que, d’un point de vue évolutif, la perfection n’est pas humaine : elle est insectes, arthropodes, squales, etc. Dame Nature ne modifie pas les modèles résistant bien aux changements environnementaux. Les chiffres parlent d’eux‑mêmes : environ 6 000 espèces et sous-espèces pour l'ordre des Odonates comprenant les libellules! À vrai dire, les entomologistes ont peine à chiffrer en nombre d’espèces la diversité actuelle des insectes. Selon certains d’entre eux, seulement un million d’espèces d’insectes auraient été identifiées sur les 70 millions que pourrait abriter la planète! Les vertébrés (mammifères, oiseaux, reptiles, etc.) arrivent loin derrière en cumulant moins de 50 000 espèces. 

Araignée tomise

Araignée tomise et sa proie 

 

De la simplicité volontaire à la libération de Petit Peuple

L’histoire de la vie sur Terre nous enseigne que la longévité est accordée aux espèces pouvant rapidement s’adapter aux défis environnementaux et aux changements. Si l’on se fie aux insectes, l’une des règles d’or de la survie consiste à être petit ou capable de le devenir. À première vue, il paraît difficile d’appliquer cette loi à l’espèce humaine dans son sens propre. Par contre, en la prenant au figuré, nous nous approchons de la « simplicité volontaire » dont nous trouvons les principes initiaux dans les écrits de Léon Tolstoï et de John Ruskin, en Europe, et de Henry David Thoreau, en Amérique. Il faut revenir à des valeurs essentielles, limiter au strict nécessaire ses besoins matériels, se contenter de ce que l’on a et développer l’art de faire beaucoup avec peu; autrement dit, il faut s’affranchir du monde moderne et de ses modes de vie aliénants. Si nous acceptons de réduire à une échelle humaine ce que notre génie (ou manque de génie) a créé de lourd, de gigantesque et de destructeur, tels que notre dépendance à la surconsommation et autres dinosaures du modernisme voués à l’extinction, certains d’entre nous verront apparaître une civilisation nouvelle, simple et volontairement axée sur l’équilibre et la justice. 

Notre survie repose désormais sur notre détermination individuelle à nager à contre‑courant des modes, de la mondialisation et de toutes autres formes de gigantisme industriel faussement civilisant. De toute urgence, il faudrait favoriser le retour à une agriculture artisanale, locale et biologique, aider les agriculteurs et encourager la consommation de leurs produits, car souvenons-nous que seule l’indépendance alimentaire d’un pays permet la survie de sa population en cas de crise. L’autonomie régionale (sur tous les plans) passe par une révolution des modèles politiques et économiques actuels. Il importe de décentraliser les pouvoirs décisionnels et de restreindre nos ambitions collectives afin de sécuriser nos lendemains. L’exode vers les villes devient dangereux, l’endettement systématique des États et des citoyens creuse la tombe de notre civilisation tandis que l’influence des multinationales tyranosauriennes et des marchés financiers brontosauresques menacent les gouvernements démocratiquement élus par le petit peuple.

Attention! Petit Peuple des hommes! Sache qu’il est peine perdue d’attendre ton salut de la part des « grands » de ce monde. Réjouis-toi en voyant s’écrouler les multinationales, les bourses et les marchés financiers, car ces signes annoncent ta délivrance. Leur disparition te rendra libre de reprendre ton destin en main. Petit Peuple, tu retrouveras ta dignité en brisant ton carcan fait d’argent et de mensonges englués de pétrole; une fois affranchi de ces entraves artificielles, tu pourras prospérer comme les mammifères l’ont fait au lendemain du Crétacé, après la disparition des dinosaures. Ainsi, les mégapoles modernes tomberont en ruines, vidées de leurs millions d’habitants, et les grands de ce monde périront. Quand le chaos surviendra, toi, le petit, tu seras en train de cultiver ton lopin de terre quelque part ailleurs, loin de la fumée nauséabonde des décombres urbains et des guerres fratricides s’y étant déroulées… Petit Peuple qui se veut prévoyant protégera nature, végétaux et animaux dans la mesure de ses moyens, car c’est en cela et seulement en cela que réside son salut. 

Pas plus grosse qu’une pièce de deux dollars, la délicate nymphéa de Leiberg est devenue très rare.

 

Mieux vaut tard que jamais

J’ai beau ironiser sur le sujet, il n’en demeure pas moins que le genre de crise à laquelle nous faisons face est écologique, politique, sociale et économique. La crise est avant tout morale, parce que créée par et contre des êtres humains. Je suis très sérieuse quand j’affirme que nos institutions usées et dépassées craquent de partout sous le poids de la mondialisation, comme la peau des dinosaures agonisants du Crétacé. Elles doivent au plus tôt laisser la place à du nouveau et du petit pour que l’humanité ait une ultime chance de se compter parmi les survivants de la sixième extinction de masse. Il est  trop tard pour le dodo, la tourte d’Amérique et le thylacine… Trop tard pour beaucoup d’autres espèces plus ou moins célèbres, donc hâtons-nous donc de regarder comment vivent les abeilles et les fourmis! 

Si vous trouvez mes propos étranges ou déroutants, à cheval entre l’espoir et une inconfortable désillusion, je vous invite à vous rendre en forêt pour discuter d’avenir avec les oiseaux, ces sages survivants d’un monde perdu. Par la suite, je vous propose une visite incontournable à l’étang le plus près de chez vous, afin d’y rencontrer dame libellule en tête-à-tête. Du haut de ses 350 millions d’années, elle pourrait vous résumer l’essentiel de mon message mieux que mes mots n’y sont parvenus. Vous saurez alors combien elle est étrange, déroutante et porteuse d’espoir, cette immortelle libellule… 

 

Gisèle Benoit 

 

Combien elle est étrange, déroutante et porteuse d’espoir, cette immortelle libellule…
 
Photos :
 
Libellule © Les Productions Raynald Benoit Inc. 
Goéland © Véronique Amiard – SAS Nature
Loup adulte réprimandant un juvénile © Les Productions Raynald Benoit Inc.
Forêt boréale et grenouille des bois © Les Productions Raynald Benoit Inc.
Tamias mineurs © Les Productions Raynald Benoit Inc.
Sauterelle et marguerites © Les Productions Raynald Benoit Inc.
Une araignée tomise et sa proie © Les Productions Raynald Benoit Inc.
Nymphéa de Leiberg © Les Productions Raynald Benoit Inc.
Libellule © Les Productions Raynald Benoit Inc.
 
Suggestion :
 
Le documentaire Survivre au progrès de Mathieu Roy et Harold Crooks
L'art et la nature

 

Chroniques de Gisèle Benoit : L'art et la nature

Mes chroniques sur l’art et la nature s'attardent sur toutes les formes d'expression, tant photographique, poétique que musicale, nous permettant de célébrer notre amour de la Vie ou d'exprimer nos préoccupations environnementales. Je souhaite que mes réflexions sur l'art ouvrent des pistes que tous et toutes pourront suivre à leur rythme. J’espère surtout qu'elles aideront petits et grands à mieux apprécier dame Nature, cette muse universelle.

Le comportement animal

 

Chroniques de Gisèle Benoit : Le comportement animal

Faire le mort pour échapper à un ours agressif; abattre inutilement le renard sociable soupçonné d’être porteur de la rage; approcher et toucher un orignal flegmatique en l’imaginant « prodigieusement » apprivoisé; amener chez soi un faon cerf de Virginie après l’avoir découvert seul et présumé orphelin; ces réactions humaines excessives et souvent inappropriées prouvent la nécessité d’une chronique ayant pour but la démystification des comportements animaliers les plus singuliers.

 

memoire

Mémoire sur la cohabitation des orignaux et des touristes au parc national de la Gaspésie

[…] les contacts de proximité entre humains et orignaux ont passablement augmenté depuis dix ans, principalement en raison du nombre accru de randonneurs et de la tolérance naturelle du cervidé. L’automne dernier, par exemple, des orignaux broutaient des ramilles et s’accouplaient près du Gîte du Mont-Albert, indifférents à la présence de dizaines de touristes émerveillés...

La photo du mois – Décembre 2017

Tohi à flancs roux © Florent Langevin – SAS Nature
« C'est toujours l'heure de l'espérance; pour nous y ramener, il ne faut souvent que l'aile d'un oiseau qui passe. »
 
Anne Barratin, écrivaine française (1845-1915)
 

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