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L'Art pour émouvoir, la Science pour comprendre et la Nature pour survivre!

Fondée en juin 2008 par la famille Benoit et plusieurs de ses collaborateurs, la Société Art et Science pour la Nature (SAS Nature) a pour mandat l'éducation du public en matière de protection de la faune et de conservation des habitats naturels. Comme son nom l’indique, cet organisme à but non lucratif utilise l’art et la science comme outils de sensibilisation, principalement à travers l'œuvre missionnaire de Monique, Gisèle et Raynald Benoit, figures bien connues des domaines de l'art animalier et du documentaire sur la vie sauvage. 

 

Exposition : Les petits princes de la Nature

Pour plus d'informations sur cette nouvelle exposition, rendez-vous au http://sasnature.org/index.php/FR/galerie-d-art-monique-et-gisele-benoit.

Voici quelques commentaires de visiteurs à la Galerie d'art Monique et Gisèle Benoit :

Un havre de paix! Tant de beauté et d'amour dans chaque tableau...

Que de merveilles pour les yeux et l'âme! Nous reviendrons...

Vibrante exposition... Émotion, splendeur, grandeur nature. À voir absolument!

Merci pour cette magnifique exposition, cette communion avec la nature et cette grande sensibilisation envers les animaux!

Faire une visite en ligne de l'exposition

Chroniques Nature à la une

Sonnez, merveilles!

Sonnez, merveilles!

Odette Langevin

Les dernières notes d'une étude de Chopin, brillamment interprétée par le pianiste québécois Louis Lortie, viennent de s’envoler doucement qu'elles vibrent encore en moi. La musique classique me permet de vivre des instants merveilleux, exaltants et inspirants; elle me transporte vers la Nature, source de Vie! Cependant, quelle tristesse de constater que cette musique magnifique, qui a traversé les siècles, est désormais en péril! Heureusement, un homme s'est levé afin de nous faire prendre conscience de cette situation : Kent Nagano,...

Le sentier pédestre ou l’art de voir

Le sentier pédestre ou l’art de voir

Lucie Gagnon

Lunettes de soleil, bâtons de marche, collation et gourde d’eau, voilà le randonneur fin prêt à fouler le sentier. Avançant d’un pas rapide et énergique, il lorgne le faîte de la montagne qui embrase son imagination, espérant découvrir là-haut un décor spectaculaire. L’adepte des grands espaces augmente la cadence, mais attention! Son but très précis l’éloigne des trésors que la nature sait si bien dissimuler tout au long du trajet. Le marcheur ignore peut-être que le ravissement souhaité exige plus...

Boréalie en péril, mémoire sur la forêt boréale de Gisèle Benoit

Ce reportage vidéo présente le mémoire Boréalie en péril, écrit par Gisèle Benoit. La naturaliste y dresse le portrait inquiétant de certaines portions de la forêt boréale canadienne, notamment celle du Nord de l’Ontario où elle a dirigé, jusqu’en mai 2014, un centre d’étude du comportement de la faune. Le mémoire est disponible en versions française et anglaise (format PDF) et peut être téléchargé avec les liens ci-dessous.

Chroniques Nature

Le monotrope : vénérable contrefaçon d’un champignon

Monotropes uniflores 

Plantes mystérieuses de nos forêts, les monotropes ont des allures de champignons mythiques. Sous leur déguisement blanchâtre, jaunâtre ou rougeâtre, ces faux champignons sont, en fait, de très anciennes plantes vivaces non chlorophylliennes. Apparus il y a 65,5 millions d’années, au début de l’ère du cénozoïque, ces vieux fantômes colonisent encore de nos jours les sombres boisés humides de l’hémisphère nord. Au Québec, on retrouve deux représentants de ce genre, soit le monotrope uniflore (Monotropa uniflora) et le monotrope du pin (Monotropa hypopithys).

 

Le monotrope uniflore

Chaque année, je ressens un urgent besoin de contacts avec la nature; un appel des grands espaces sauvages qui ne peut rester sans réponse. Ma famille et moi partons donc à destination du parc national de la Gaspésie. Comme la majorité des visiteurs qui s’aventure dans les monts Chic-Chocs, le désir d’observer de gros mammifères, tels que le caribou et l’orignal, nous habite. Nous nous engageons dans le sentier menant à l’observatoire du lac Paul, avec espoir et en silence. Y aura-t-il un orignal en train de brouter des plantes aquatiques qui se laissera surprendre par notre présence, et qui relèvera sa tête empanachée et dégoulinante? Nous permettra-t-il de l’observer après avoir flairé nos sentiments respectueux envers lui? Perdue dans mes pensées et fidèle à mes habitudes, j’avance sur le sentier loin derrière tout le monde, pour scruter le sol forestier aussi loin que mes yeux me le permettent. L’expression « marcher le nez à terre » me caractérise bien, car j’adore découvrir les plantes discrètes du sous-bois! Grâce à cette méthode d’observation quelque peu rustique, l’ultime rencontre se produit soudain, alors que j’aperçois, dissimulée sous les sapins, cette bizarrerie de la Nature d’un blanc immaculé. Ma première rencontre, inoubliable, avec le monotrope uniflore!

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Monotrope uniflore et sous-bois de conifères lui étant propice
 

Une drôle de pipe indienne! 

 
Randonneurs
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Un monotrope uniflore (à gauche) tourné vers
son arbre, un majestueux pin gris

Le monotrope uniflore (Monotropa uniflora : monos, seul, unique; tropos, tour, direction; tropein, tourner, tourné d’un seul côté) fait régulièrement la joie des randonneurs attentifs qui baissent les yeux afin de rechercher, au pied des arbres, la présence de ce curieux simili champignon en forme de pipe; une silhouette bien caractéristique qui inspire d’ailleurs son nom anglais Indian Pipe. Nous retrouvons le monotrope uniflore principalement dans les forêts de conifères et de feuillus à dominance d’érables ou de chênes, sous un éclairage variant de très ombragé à légèrement éclairé. Habituellement composé en un amas de tiges dressées et non ramifiées, ce monotrope, d’une hauteur de 5 à 30 cm, exhibe de petites feuilles ressemblant à des écailles membraneuses disposées en alternance sur la tige. Feuilles, tiges et fleurs partagent les mêmes particularités fantomatiques, c’est-à-dire qu’elles sont blanches, translucides et glabres. Une seule fleur terminale en forme de cloche surplombe chaque tige. D’abord penchée, le cou fléchi, elle semble remercier la terre de lui offrir support et nourriture. Puis, tranquillement, pétales, sépales et feuilles s’ornent d’une dentelle noire. Le monotrope redresse alors progressivement la tête pour jeter un regard vers le ciel, ou plutôt vers ce géant vert qui lui procure toute cette ombre bénéfique. Lui murmure-t-il également un remerciement?

 

Une plante sans chlorophylle

Contrairement à la plupart des plantes chlorophylliennes effectuant la photosynthèse afin d’obtenir l’énergie nécessaire à leur survie (glucides), le monotrope ne peut effectuer ce processus parce qu’il ne possède aucun pigment vert (chlorophylle). Autrefois, on décrivait à tort les monotropes comme étant des plantes saprophytes qui se nourrissent de matière organique en décomposition, ou comme étant des plantes parasites des racines des arbres. Selon de nouvelles études, le mode de vie des monotropes s’avère bien plus étonnant, car il ne suppose rien de moins qu’un ménage à trois! Voici comment : l’arbre, ce géant vert, vit une relation avec un champignon qui colonise ses racines à l’aide de son mycélium (réseau souterrain de filaments plus ou moins ramifiés). Un échange avantageux pour les deux espèces est alors enclenché : l’arbre fournit aux champignons les glucides qu’il a synthétisés à la suite de sa photosynthèse et, en retour, le champignon approvisionne l’arbre en eau et en nutriments qu’il a puisés à même le sol forestier.

Forêt
 
Forêt typique de pins gris et d’épinettes noires du Nord-du-Québec
 

Cette association symbiotique entre un arbre et un champignon ectomycorhizien est très fréquente. On la retrouve chez beaucoup d’espèces typiques de la forêt boréale appartenant à la famille des Pinacées (pins, mélèzes, épinettes, sapins), mais aussi chez des essences ligneuses telles que les Fagacées (chênes, hêtres), les Tiliacées (tilleuls), les Ulmacées (ormes, micocouliers) et les Salicacées (saules, peupliers). Le monotrope intervient dans ce partenariat arbre/champignon en mettant en place sa propre association mycorhizienne avec le champignon. Il peut alors détourner, à son avantage, une certaine quantité d’eau et de nutriments que le champignon obtient du sol, en plus de lui soutirer une partie des précieux glucides obtenus par l’arbre. Le monotrope agit donc comme un robinet en utilisant le champignon comme conduit; autrement dit, il parasite directement le champignon et indirectement l’arbre. La plante fantôme sort gagnante de ce ménage à trois, puisqu’elle obtient quelque chose des deux autres sans rien offrir en retour, hormis sa singulière beauté…

Monotropes uniflores

Monotropes uniflores
 

La période de floraison du monotrope uniflore varie beaucoup. En effet, cette plante unique présente son spectacle floral à la fin du printemps, en été ou bien en automne. Comme chaque plant fleuri ne dure qu’une à deux semaines, il faut savoir apprécier sa chance quand on rencontre une telle merveille. Une fois la fleur bien redressée, le noircissement des pétales, des sépales et des feuilles s’accentue, la tige s’amincit et se lignifie. La fleur se transforme en une capsule à cinq compartiments remplis de minuscules graines qui, à maturité, s’envoleront au vent.

 

Le monotrope du pin 

Lors d’une excursion dans un peuplement de conifères, il est également possible de rencontrer une plante fantôme au coloris plus flamboyant. Cette délicate créature porte le nom de monotrope du pin (Monotropa hypopithys : du grec, hypo, sous; pithys, aiguille qui signifie « sous les aiguilles »). Colorées de jaune crème ou de tons rougeâtres, tiges, feuilles et fleurs ont toujours le même aspect translucide propre aux monotropes. Étant plus court que son cousin et nettement plus capricieux dans son choix d’habitat, le monotrope du pin supporte un groupement de deux à dix fleurs pendantes au sommet de chacune de ses tiges. Il met des petites touches de couleur aux sous-bois les plus sombres. Une population de Monotropa hypopithys peut être composée d’individus jaunâtres et rougeâtres confortablement installés sur un tapis de mousse au pied des grands pins et des épinettes noires.

Tétras
Orignale
     
 
 
Monotropes du pin à divers stades de développement
 

La période de floraison des deux formes de monotrope du pin se produit sensiblement en même temps, bien qu’une légère précocité soit attribuée aux individus jaunes. Certains écrits dénotent un écart de floraison plus important, accordant une floraison estivale aux plants jaunâtres et une période plus automnale aux plants rougeâtres. La variabilité du moment de floraison ainsi que les variations de la hauteur et du nombre de tiges par plant sont probablement influencées par divers facteurs tels que le climat, le type de sol forestier, l’âge du spécimen, l’abondance de l’espèce de champignon mycorhizien, etc. Selon les observations effectuées par la famille Benoit, le monotrope du pin et le monotrope uniflore sont deux espèces communes dans la réserve faunique de Chapleau, dans le Nord de l’Ontario. Toutefois, au Québec, la présence du monotrope du pin se fait aujourd’hui bien plus discrète que le mentionnait le frère Marie-Victorin en 1935. L’exploitation forestière des grandes pinèdes et l’apparition de maladies exotiques s’attaquant aux pins amènent un appauvrissement des réserves de ce noble porteur d’aiguilles offrant gîte et couvert au monotrope du pin.

Monotrope du pin

Un monotrope du pin dans un peuplement de pins gris : le plant côtoie la tige lignifiée
de la floraison de l’année précédente.
 

L’association symbiotique entre les monotropes, les champignons mycorhiziens et les géants verts démontre clairement les bienfaits du partage des ressources naturelles. En effet, chaque espèce impliquée y trouve son compte sans subir de contrecoup dangereux pour sa survie. Cette entraide viable, invisible à nos yeux, peut cependant nous donner une précieuse leçon de vie si on l’interprète à une échelle humaine : un partage équitable des richesses naturelles ne peut qu’être bénéfique à toute vie.

Je souhaite à tous mes lecteurs une association symbiotique aussi fructueuse!

 
Annie Choquette

 

Photos :
 
© Raynald Benoit
 
Références :
 
HILTY, John. "Indian Pipe Monotropa uniflora", in Woodland Wildflowers of Illinois, [En ligne], 2004, Updated April 22, 2012.
[http://illinoiswildflowers.info/woodland/plants/indian_pipe.htm].
 
KUO, Michael. Indian Pipes (Monotropa uniflora), 2004, Retrieved from the MushroomExpert.Com Web Site:
 
LE GAL, Hélène. Monotrope uniflore : un vieux fantôme gardien de la Forêt, [En ligne], 2010, Châteauguay, Ici Vert Forêt.
[http://www.icivertforet.net/2010/08/04/monotrope-uniflore-un-vieux-fantome-gardien-de-la-foret/].
 
MAGAZINE LA RECHERCHE. « Les champignons dopent la forêt », [En ligne].
[http://larecherche.fr/content/recherche/article?id=16409].
 
MARIE-VICTORIN, Frère. Flore laurentienne, 2e éd. revue et mise à jour par Ernest Rouleau, Montréal, Les Presses de l’Université de Montréal, 1964, 925 p.
 
MUMA, Walter. Indian Pipe Monotropa uniflora, [En ligne], Ontario Wildflowers, Updated February 28, 2012.
[http://ontariowildflowers.com/main/species.php?id=197].
 
TURBIS, Chantal. Le retour des GRANDS PINS au Québec, Fiche technique 1, [En ligne], 2005, Partenariat innovation forêt.
[http://www.partenariat.qc.ca/pdf2/OT-03.pdf].
 
VOLK, Thomas J. Tom Volk’s Fungus of the Month for October 2002, [En ligne], 2002, University of Wisconsin, La Crosse, Tom Volk’s Fungi.
[http://botit.botany.wisc.edu/toms_fungi/oct2002.html].
 

Mon frère… le sapin

Annie Choquette

« … Saviez-vous que les arbres parlent? Ils le font pourtant! Ils se parlent entre eux et vous parleront si vous écoutez. L'ennui avec les Blancs, c'est qu'ils n'écoutent pas! Ils n'ont jamais écouté les Indiens, aussi je suppose qu'ils n'écouteront pas non plus les autres voix de la nature. Pourtant, les arbres m'ont beaucoup appris : tantôt sur le temps, tantôt sur les animaux, tantôt sur le Grand Esprit. »

Tatanga Mani (ou Walking Buffalo), Indien Stoney (Canada)

Randonneurs

Pour les amants de la nature, une promenade en forêt constitue toujours un moment d’émerveillement. Tous s’entendent pour dire que côtoyer des lieux préservés de la main de l’homme apporte un sentiment de paix intérieure. Les ancêtres des peuples amérindiens avaient compris que l’appréciation et le respect des richesses offertes par dame Nature offrent davantage de bienfaits que la fugace satisfaction engendrée par la possession de biens matériels. À leurs yeux, la Terre représentait une mère capable de nourrir l’ensemble des êtres vivants et leur progéniture grâce à l’abondance de ses ressources. De plus, les Premières Nations d’Amérique considéraient chaque créature ou élément d’origine naturelle comme étant des filles et des fils de la Terre animés d’une conscience et d’une vie propre : animaux, hommes, roches, montagnes, fleurs, arbres, ruisseaux… Les Amérindiens s’adressaient donc avec amour et respect à ces frères et sœurs enfantés de la Terre, conçus par le Grand Esprit.

Malheureusement, la venue de l’homme blanc en Amérique fit presque disparaître le sentiment fraternel de l’Amérindien envers la faune et la flore. Un retour aux sources est toutefois possible. Il suffit de remplacer une approche dominatrice et conquérante par la « pensée écologique » des anciens autochtones. Transformés par cette vision différente, les amoureux de la nature découvrent une Terre nouvelle au cœur des boisés, des parcs et des réserves naturelles du pays. Une balade dans la forêt boréale devient donc inévitable.

Cornouiller
 
Cornouiller du Canada
 

Celle-ci débute obligatoirement par une lente avancée sur le sentier. Le regard s’attarde sur le chemin composé de substrat entremêlé de roches et de racines que les pieds martèlent en douceur. Après quelques instants de marche, le randonneur se permet enfin de jeter un oeil vers une colonie tapissante de cornouillers du Canada parée de ses plus beaux atours. Les fleurs solitaires d’un blanc verdâtre trônent sur un feuillage verticillé, presque fières d’être contemplées par le témoin.

Les yeux de l’observateur s’habituent à l’éclairage feutré et apaisant de la forêt. Il pose son regard dans les sous-bois et reconnaît quelques buissons et troncs d’arbres familiers. Le parfum réconfortant des lieux parvient soudain à ses narines et, levant la tête, l’homme salue le roi des forêts septentrionales, le sapin baumier. Son odeur de « bonheur tranquille » imprègne la mémoire olfactive de tout randonneur ayant fait sa rencontre.

Des quatre espèces de sapins indigènes au Canada, seule Abies balsamea est présente au Québec. Un rapide examen visuel permet d’enregistrer quelques-unes de ses principales caractéristiques : un port conique et étroit, des branches horizontales se dégarnissant avec l’âge, des cônes dressés, une écorce grise et lisse, écailleuse en vieillissant, parsemée de vésicules de résine. Ces protubérances laissent fuir quelques gouttes mielleuses et parfumées lorsqu’on les presse délicatement avec les doigts. C’est d’ailleurs avec le mucus d’Abies balsamea  qu’est produit le célèbre baume du Canada aux mille vertus : antiseptique, antiscorbutique, astringent, anti-inflammatoire, coagulant, expectorant, sédatif, calmant, vermifuge, antitoxine… À lui seul, il peut remplacer une partie importante des médicaments vendus en pharmacie! Il n’est donc pas étonnant de retrouver le sapin baumier sur la liste des quelque 500 plantes jadis utilisées par les Amérindiens pour guérir les corps et les âmes.

Résine de sapin

Écorce de sapin baumier parsemée de vésicules de résine
 

Outre les propriétés médicinales de sa résine, d’autres parties de ce conifère servaient aux Autochtones. Lors de la confection des wigwams, les femmes pouvaient employer les racines du sapin pour coudre ensemble les écorces de bouleau recouvrant la structure de la maison indienne. Des branches de sapin disposées au sol permettaient de chasser les insectes de l’habitation et de la rendre plus confortable. Quel bonheur de s’allonger sur un lit de sapinage, de ne faire qu’un avec la terre, de respirer les effluves sucrés qui embaument le corps et l’esprit et de s’abandonner à ses rêves!

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L’orignal se nourrit parfois de rameaux de sapin, tandis que le tétras du Canada se délecte de ses aiguilles.
 

Une délicate caresse des jeunes pousses avec l’intérieur de la main permet un échange privilégié empreint de douceur. Ce simple toucher laisse sur nos doigts un parfum lénifiant. Les aiguilles plates, vert foncé, sont difficiles à rouler entre le pouce et l’index; lorsqu’on détache l’une d’entre elles, une cicatrice foliaire ronde et bien définie, sans lambeau d’écorce, marque le rameau. Les feuilles modifiées sont marquées sur la surface inférieure par deux bandes blanches qui renferment de minuscules orifices appelés stomates. Ces derniers permettent les échanges gazeux entre l’arbre et l’air ambiant. Les conifères, comme tout être vivant, respirent et transpirent. Lors de la photosynthèse, ils captent le dioxyde de carbone présent dans l’atmosphère grâce à leurs stomates, le transforment et rejettent de l’oxygène. Ce gaz précieux explique bien la phrase suivante : les forêts sont les poumons de la Terre.

Rameau

Rameau de sapin baumier
 

Selon les besoins du sapin et les conditions climatiques environnantes, les stomates limitent leurs ouvertures ou se ferment afin d’éviter une grande perte d’eau (transpiration) lors des sécheresses. Le phénomène de photosynthèse étant absent lors de ces périodes, la croissance de l’arbre est donc arrêtée temporairement jusqu’à la reprise des conditions favorables. Habitant de la forêt boréale, le sapin baumier doit subir de longs hivers froids et secs suivis de courts étés humides et frais. Ce climat septentrional semble quelque peu rébarbatif à nos yeux, mais il est idéal pour Abies balsamea. Bien adapté à ce milieu austère et contrasté, il y prospère grâce à divers attributs : une épaisse couche de cire le protège des vents secs, son feuillage persistant permet une rapide reprise de la photosynthèse (croissance) au printemps et sa forme conique diminue les accumulations de neige sur les branches. Amoureux de l’air pur et inadapté aux milieux urbains (pollution et sels de déglaçage), le sapin baumier croît lentement au sein de la forêt boréale. Il est toutefois le plus vigoureux de tous les conifères présents.

Petit sapin

Petit sapin baumier âgé d’un an, camouflé parmi les mousses du sous-bois
 

La croissance du sapin baumier débute très lentement au cours des cinq premières années de sa vie. Vient ensuite une période de 50 à 60 années de développement plus rapide, suivie d’un retour à la vitesse initiale de croissance jusqu’à la fin de sa vie estimée à 150 ans. Toutefois, cet âge vénérable est peu réaliste pour un sapin de la forêt boréale, puisque les hivers très rigoureux combinés aux feux de forêts, à la coupe forestière et aux épidémies d’insectes (tordeuse des bourgeons de l’épinette et puceron lanigère du sapin) écourtent la durée de vie du conifère. Âgé de 30, 60 ou bien 80 ans, ce roi de la forêt n’en demeure pas moins majestueux.

Une fois l’identification terminée, éloignez-vous de quelques pas afin de pouvoir embrasser du regard l’ensemble de son être. Comme il est grand et droit! Ses branches horizontales comme des bras tendus semblent nous inviter à un rapprochement… Comme il est grand et droit ce frère… et si près du ciel!

 

Annie Choquette

 

Annie et son frère  

Photos :
 
L’auteure, Annie Choquette, recueille les confidences d’un grand sapin baumier © Les Productions Raynald Benoit Inc.
Randonneurs © Christian Bellemare – SAS Nature
Cornouiller du Canada © Florent Langevin – SAS Nature
Écorce de sapin baumier parsemée de vésicules de résine © Les Productions Raynald Benoit Inc.
Orignal © Christian Bellemare – SAS Nature
Tétras du Canada © Florent Langevin – SAS Nature
Rameau de sapin baumier © Christian Bellemare – SAS Nature
Petit sapin baumier âgé d’un an, camouflé parmi les mousses du sous-bois © Les Productions Raynald Benoit Inc.
L’auteure et son frère © Les Productions Raynald Benoit Inc.
 
Références :

AMÉRINDIENS. Le wigwam en forme de dôme, [En ligne], mise à jour 2 février 2007.
[www.culture-amerindiens.com/article-5501746.html] (Consulté le 10 mars 2010).

BEDETTI, S. Les secrets des Indiens d’Amérique, Paris, Éditions de Vecchi, c1999, 204 p.

HOSIE, Robert Christie. Arbres indigènes du Canada, Saint-Laurent, Les Presses du Groupe Lithographique Inc. pour le compte des Éditions Fides, 1980, 389 p.

MARIE-VICTORIN, Frère. Flore laurentienne, 2e éd. revue et mise à jour par Ernest Rouleau, Montréal, Les Presses de l’Université de Montréal, 1964, 925 p.

MCLUHAN, T. C. Pieds nus sur la terre sacrée, Paris, Éditions Denoël, c1974, 187 p.

RESSOURCES NATURELLES CANADA. Service canadien des forêts. Insectes et maladies des forêts du Canada, [En ligne], dernière mise à jour 5 mars 2010.
[http://imfc.cfl.scf.rncan.gc.ca/arbre-tree/conif/sapin-fir-fra.html#fiche] (Consulté le 10 mars 2010).

SIGNOLLET, Stéphane. Le sapin, Arles, Éditions Actes Sud, 2000, 107 p. 

Cypripèdes...cypribelles

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L’essor de la Société Art et Science pour la Nature (SAS Nature), un nouvel organisme dont les membres se préoccupent du sort de leurs voisins humains et animaux, a débuté avec l’année 2009. Qu’il soit petit comme un ver de terre ou bien géant comme un séquoia d’Amérique du Nord, tous trouvent dans la SAS Nature des défenseurs respectueux. 

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En posant un regard empreint d’humilité et de respect sur la nature, quiconque peut s’ouvrir à elle. Apprendre à l’aimer devient alors un jeu d’enfant. En fait, c’est vers l’âge de 7 ans que je fis mes premières rencontres marquantes avec le monde végétal. Élevée sur une ferme maraîchère, je pus découvrir à mon gré toutes les merveilles qui m’y attendaient. De plus, j’eus la chance de recevoir de ma mère, un legs très important : l’amour des fleurs. Toutefois, ce n’est que lors de mes études universitaires en biologie que je pris pleinement conscience de la grandeur du chef d’orchestre qui créa la nature. De sa main magique, il a su tisser une toile magnifique où tout est pensé, calculé et relié. Depuis, je ne cesse de m’émerveiller devant l’étonnante biodiversité de notre planète.

Cette nature, dont l’Homo sapiens fait partie, forme un ensemble à l’intérieur duquel chaque être vivant joue un rôle bien défini afin de maintenir un équilibre naturel. Malheureusement, certains écosystèmes commencent à s’effriter et à disparaître par suite de l’action humaine. Comme la disparition des uns entraîne la disparition des autres, le phénomène prend de l’ampleur. Affligée par la situation, mais remplie d’espoir de voir les choses changer, je m’engage à lutter pour la sauvegarde du patrimoine naturel canadien. Par amour pour le règne végétal et pour assurer un avenir viable à Daphné, ma fillette de six ans, je suis devenue membre de la SAS Nature.

Afin d’atténuer les ratés humains, la SAS Nature travaille à augmenter les aires de protection des milieux naturels, favorisant ainsi les populations animales et végétales. Au Québec seulement, 68 espèces végétales et 38 espèces animales sont déclarées menacées ou vulnérables et la compilation est loin d’être terminée. Un autre mandat de la SAS Nature est de sensibiliser les gens en leur faisant connaître la faune et la flore afin de développer le respect et l’amour nécessaires à la sauvegarde de ce précieux héritage.

Parmi les espèces végétales dites menacées ou vulnérables, nous retrouvons entre autres, deux orchidées terrestres du genre Cypripedium, soit le Cypripedium passerinum (Cypripède œuf-de-passereau) et le Cypripedium arietinum (Cypripède tête-de-bélier). Ces derniers sont deux magnifiques représentants du célèbre Sabot de la Vierge. De plus, une autre espèce de Cypripedium, le plus beau d’entre tous, va bientôt s’ajouter à la liste des espèces menacées ou vulnérables : le Cypripedium reginae (Cypripède royal). Il n’est pas étonnant qu’il ait été l’emblème floral de l’Île-du-Prince-Édouard, entre 1947 et 1965, avant d’être remplacé, en raison de sa rareté, par le Cypripède acaule.

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Personne ne peut rester indifférent devant le Cypripède royal, ce capricieux chef-d’œuvre de la nature. C’est à la fin du printemps ou au début de l’été que l’on peut admirer sa floraison spectaculaire. Du haut de sa longue tige, qui peut atteindre parfois près d’un mètre, se balancent des fleurs voyantes, colorées de blanc et de rose. Il y a plusieurs milliers d’années, les Cypripèdes optèrent pour un mode d’évolution différent des autres orchidées. Leurs pétales inférieurs se modifièrent afin de former un sac gonflé qui lui valut le nom de Sabot de la Vierge. Ce labelle voyant et parfumé sert de piste d’atterrissage pour les insectes fécondateurs. Par leur structure morphologique, l’ensemble des orchidées appartenant au genre Cypripedium ne peut assurer l’autofécondation; elles doivent donc compter sur les insectes pollinisateurs. Chez le Cypripède royal, ce sont principalement de petits insectes (abeille découpeuse Megachile sp., mouche des fleurs Syrphus torvus, scarabée des marguerites Trichiotinus assimilis, etc.) qui sont pris au piège par cette grande séductrice. Attirés par une possible quête de nectar, ces derniers pénètrent dans le labelle mais ils ne peuvent ressortir par la même ouverture, puisque le bord du sabot est enroulé sur lui-même. Forcés de poursuivre leur chemin, les insectes s’enfoncent, puis s’échappent par une fente située à la base du labelle. Ils en ressortent dépourvus de nectar, mais nantis de pollen puisqu’ils s’y frottent en empruntant la sortie. Déçu de sa dernière visite, le petit invertébré ira butiner d’autres espèces de fleurs. Ce n’est qu’après plusieurs régals nectarifères qu’il oubliera l’affront et se laissera prendre à nouveau au piège par la belle orchidée. Il en assurera alors la fécondation croisée avec le pollen transporté sur son dos. Cette stratégie offre un faible taux de fécondation dans chaque colonie de Sabots de la Vierge, puisque l’insecte effectue une grande distance entre la première visite de cueillette et la deuxième visite de fécondation. Ce taux de fructification de quelques pour cent seulement est toutefois compensé par une production abondante de graines dans chaque fruit, soit quelques dizaines de milliers de minuscules semences qui seront transportées par le vent sur de grandes distances. Après quelques années d’attente, bien installées sous une couche de matière organique de deux à cinq centimètres appelée substrat, les graines peuvent enfin amorcer leur germination. 

  

Cypripède soulier

Une fois émergée de la graine, la plantule apparaît hors du sol au bout de 3 ou 4 ans. Lors de cette période, le phénomène de photosynthèse est absent. Afin de compenser ce manque, tous les Cypripèdes s’associent avec des champignons microscopiques appelés mycorhizes. Ces derniers, munis d’un réseau complexe d’hyphes, aident les plantules souterraines à combler leurs besoins nutritifs. Après plusieurs années de patience et de dur labeur, de 15 à 16 ans suivant la germination, Cypripedium reginae est maintenant prêt à fleurir. Quelle chance de pouvoir contempler un groupe de Cypripèdes royaux en fleurs! C’est un moment vraiment inoubliable! Les amateurs auront la chance de l’observer en petits groupes de 10 à 100 plants dans les habitats humides des régions nordiques, là où les conditions favorables se résument principalement à une humidité constante, un ensoleillement semi-ombragé et un sol calcaire variant de légèrement acide à légèrement basique. Il est présent de Terre-Neuve jusqu’en Saskatchewan, du Québec aux états du sud comme le Dakota du Nord, la Virginie, le Tennessee et l’Arkansas. Quelques populations comptant près de 1000 sujets sont mentionnées dans la littérature, mais qu’en reste-t-il maintenant? Malheureusement, le Cypripède royal, tout comme les 51 espèces d’orchidées indigènes du Québec, est très convoité par l’homme. Près de 42 % de ces espèces ont un statut précaire.

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La collecte de spécimens en milieu naturel, à titre personnel ou à des fins commerciales, cause de grandes pertes à notre flore, sans oublier la disparition d’habitats naturels de même que l’assèchement des marais et des tourbières, au profit du développement urbain, agricole ou récréotouristique.

La détérioration des habitats par la pollution de l’eau et par le réchauffement climatique est également importante. Protégé contre les agressions d’origine humaine, Cypripedium reginae peut vivre plus de 50 ans!

Le printemps prochain, lors de vos promenades en nature, peut-être aurez-vous la chance de rencontrer le Cypripède royal. Si un tel privilège vous est accordé, agenouillez-vous près de cette fleur majestueuse : observez-la, contemplez-la, parlez-lui et écoutez-la. Touchez-la délicatement du bout des doigts et en retour, laissez-vous toucher par sa grâce. Puis, repartez en la laissant sur place, libre et vivante. Vous comprendrez alors tous les bienfaits que l’on peut tirer de dame Nature sans avoir à prélever ses fragiles ressources…

 

Annie Choquette

 

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Le saviez-vous?

On peut admirer des orchidées sauvages un peu partout au Québec, en particulier aux Îles Mingan et dans les tourbières. Le Cypripède acaule abonde le long de certains sentiers du parc national de la Gaspésie. Au sommet du mont Olivine fleurissent de magnifiques sujets blancs.

 
Photos :
 
Cypripèdes acaules Ontario © Sylvain Jean – SAS Nature
Ruisseau en montagne © Florent Langevin – SAS Nature
Cypripèdes royaux © Lucie Gagnon/OBJECTIF NATURE
Sentier en montagne © Thierry LeClercq
Cypripède royal © LucieGagnon/OBJECTIF NATURE
Cypripède soulier © Lucie Gagnon/OBJECTIF NATURE
Cypripède royal © LucieGagnon/OBJECTIF NATURE
Cypripèdes acaules, forme blanche et kalmias  Mont Olivine, parc national de la Gaspésie © Christian Bellemare – SAS Nature
 
 
Références :
 
COUILLARD, Line, Fiche Cypripède tête-de-bélier, [Québec, ministère de l’Environnement], [En ligne], 2001.
[www.eauquebec.com/biodiversite/especes/cypripede/cypripede.htm].

Cypripedium reginae, Wikipedia, [En ligne], 2001, mise à jour 17 février 2009.
[http://fr.wikipedia.org/wiki/Cypripedium_reginae].

LAMOUREUX, Gisèle, en collaboration avec Roger Larose. Flore printanière, Saint-Henri-de-Lévis, Québec, Éditions Fleurbec, c2002, 576 p.

LES AMIS DU JARDIN BOTANIQUE DE MONTRÉAL. Les orchidées, Revue Quatre-Temps, vol. 24, n° 4, décembre 2000, p. 36-39.

MARIE-VICTORIN, Frère. Flore laurentienne, 2e éd. revue et mise à jour par Ernest Rouleau, Montréal, Les Presses de l’Université de Montréal, 1964, 925 p.

Nature Serve Explorer, [En ligne], [s. l.], An Online Encyclopedia of Life, 2009.
[www.natureserve.org/explorer/servlet/NatureServe?searchName=Cypripedium+reginae].

Orchidacea/Cypripedium, in FLORA OF NORTH AMERICA (FNA). Family List, vol. 26, [En ligne].
[www.efloras.org/florataxon.aspx?flora_id=1&taxon_id=242101553].

Plantes menacées ou vulnérables au Québec, [Québec, ministère du Développement durable,Environnement et Parcs], [En ligne], 2002, mise à jour avril 2010.
[www.mddep.gouv.qc.ca/biodiversite/especes/index.htm]

Le sentier pédestre ou l’art de voir

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Lunettes de soleil, bâtons de marche, collation et gourde d’eau, voilà le randonneur fin prêt à fouler le sentier. Avançant d’un pas rapide et énergique, il lorgne le faîte de la montagne qui embrase son imagination, espérant découvrir là-haut un décor spectaculaire. L’adepte des grands espaces augmente la cadence, mais attention! Son but très précis l’éloigne des trésors que la nature sait si bien dissimuler tout au long du trajet. Le marcheur ignore peut-être que le ravissement souhaité exige plus qu’un coup d’œil, plus que l’observation d’un paysage au sommet d’un belvédère!

 

Ces brumes qui transportent l’âme.

 

Un rendez-vous avec la félicité

Pour le photographe, le sentier n’est pas une piste de course. Il représente l’espérance d’une rencontre fortuite et exceptionnelle : croiser le regard d’un lynx, s’enfoncer dans une forêt au cachet unique, s’émerveiller devant la beauté sublime d’une orchidée sauvage, contempler les coloris de l’aube baignés d’une lumière vaporeuse. Voilà pour lui le grand bonheur, la félicité! La joie immense ressentie dans tout son être découle de son aptitude à admirer la nature. Cette capacité s’éveille grâce aux fréquentes visites de l’observateur en un lieu donné, dans le but de mieux connaître la faune et la flore qui le peuplent. Ces précieuses rencontres tissent, au fil du temps, des liens intimes qui ravivent la flamme dans l’œil du photographe. C’est à ce moment que l’inspiration touche l’âme de celui qui contemple et l’amène à percer les secrets d’une étonnante beauté dissimulés dans un écrin de simplicité, le long du sentier.

 

 Être présent au bon moment!

 

 Les premiers kilomètres d’un sentier réservent de belles surprises à celui qui s’arrête et contemple.

 

Quelques conseils

S’engager dans un sentier avec, en tête, une idée claire du sujet à photographier impose sans aucun doute un frein important à l’imagination et à la conception d’une image. Le photographe doit laisser tout son être s’inspirer du milieu, l’esprit léger et sans contraintes. La solitude, la patience et surtout le silence constituent des atouts efficaces pour quiconque souhaite dévoiler les beautés discrètes de la nature.

Le conseil le plus précieux réside dans le développement de cette étonnante capacité humaine : l’émerveillement. Voir avec les yeux de l’enfant qui contemple, pour la première fois, les coloris, la grâce et la légèreté d’un papillon! Il faut être animé d’une grande sensibilité pour repérer les délicats détails de la nature, puis laisser le cœur et l’âme traduire, en images, la félicité émanant de la contemplation.

 

Lucie Gagnon

 
Galerie d’art virtuelle de Lucie Gagnon : lugaphoto.com

 

Photos : 
 
© Lucie Gagnon/OBJECTIF NATURE

Fascinante lumière!

Qu’elle soit surprenante, pure, douce ou intense, la lumière est source d'inspiration pour l’artiste. Dans la nature, le photographe ne la « contrôle » pas comme le fait le portraitiste dans son studio. Connaître ses différentes humeurs, ses nuances, ses fluctuations et sa complexité est donc essentiel pour profiter de chaque situation.

Observer la lumière, saisir les occasions offertes par ses diverses orientations (verticale, frontale, latérale, à contre-jour), découvrir les subtilités de ses nombreuses qualités (tamisée, franche, enveloppante, etc.), puis interpréter sa température afin d'obtenir des tons chauds ou froids, tout cela ouvre des portes fantastiques au pouvoir infini de la création!

 

J'ai admiré à maintes reprises des couchers et levers de soleil;
toutefois, ce ciel couleur de feu est exceptionnel.
Cette scène fut croquée le matin, un peu avant 4 h 30.

 

La lumière chérie du photographe

Qu'est-ce qui motive le photographe de nature à se rendre avant l’aube sur le terrain?

Les minutes précédant le lever du jour, car elles sont empreintes de colorations parfois stupéfiantes! Ces tons chauds, ces teintes orangées émanent d'une lumière plutôt froide. Étonnant? Pas vraiment, si l'on comprend la relation entre la température de la lumière ambiante et celle du capteur de l'appareil photo, d’où l’utilisation incontournable de la balance des blancs. La température de la luminosité matinale, définie en kelvins, se situe aux alentours de 2800 K1, une température passablement froide. Cependant, si la balance des blancs (WB) de l’appareil photo, représentée par le dessin d’un soleil dans le raccourci, est réglée à 5500 K, le capteur se trouve être plus chaud (5500 K) que la température de la lumière environnante (2800 K), ce qui se traduit par cette dominante jaune orangé tant appréciée par le photographe. Attention! Si l'appareil photo est réglé en mode automatique de balance des blancs (WB A), la température du capteur, choisie par l’appareil, pourrait avoisiner la même température que celle de la lumière ambiante. Les deux températures étant semblables, une clarté blanchâtre baigne alors le « décor » dans votre image.

 

 L'orientation latérale de la lumière étire les ombrages et accentue les textures.
 

 La lumière latérale, tout comme le contre-jour
(voir la première photo de cette chronique), met en valeur la brume.
 

Après le lever ou avant le coucher du soleil,
retournez-vous et surveillez cette lumière frontale qui donne du relief au décor.
 

Lorsque le soleil s’élève au-dessus de l’horizon, ses attributs sont décuplés, exerçant un charme puissant sur le sujet éclairé. Ses rayons épousent les contours; ils transforment, modèlent et animent le sujet en mettant en relief les textures. Séduit par ce spectacle magnifique, le photographe favorise le contre-jour en plaçant l’appareil photo face à la lumière. L’orientation latérale (la lumière venant de côté) et la lumière frontale (le photographe étant dos au soleil) peuvent aussi mettre en valeur les vertus de l’astre du jour, rehaussant ainsi le sujet

Vous lever de bon matin ne vous enchante guère? Sachez que le même phénomène peut se répéter à la fin de la journée.

 

L'infrarouge, une touche de magie qui nécessite une lumière intense.

 

L'infrarouge à la rescousse de la lumière de midi!

La lumière verticale, c’est-à-dire quand le soleil est au zénith, s’affirme comme étant une lumière dure et peu attrayante. Toutefois, cette clarté intense est essentielle pour répondre aux exigences de la technique de l'infrarouge qui transforme le feuillage de certaines essences en un blanc immaculé.

Cette ambiance nécessite un travail minutieux, surtout s’il est exécuté à l’aide d’un filtre infrarouge placé devant l'objectif. Le trépied, le déclencheur souple et certains détails techniques sont obligatoires puisque les vitesses d’obturation seront très lentes, car le filtre est dense et capricieux. Un logiciel de traitement de l'image permet de modifier la photographie aux teintes rosées, en une image noir et blanc. Naît alors cette poésie entre la nature et la lumière!

 

Douce lumière des journées nuageuses.
Parfaite pour valoriser les couleurs du sous-bois et des fleurs!

 

Des nuages pour adoucir la lumière

Lors des journées nuageuses, la lumière tamisée célèbre la richesse des couleurs! Si la pluie précède la venue du photographe, quel bonheur pour celui-ci qu’une visite dans le sous-bois où le vert explose, le rouge s'enflamme, et le jaune illumine l'imagination! Les végétaux laissent flotter délicieusement leurs parfums suaves, titillant les narines et conviant à la contemplation. Ici, telle une boucle d'oreille, une perle d'eau pend au bout d’un pétale; là, l'eau, repoussée par les minuscules aspérités tapissant la surface des feuilles de nymphées, forme des pastilles de bonbons clairs. Ainsi, le photographe butine de fleurs en bosquets, le long des sentiers, à la découverte des beautés qu'offre cette douce lumière.

 

La brume dense enveloppe le décor d'un linceul qui estompe les éléments disgracieux.
 

Si le soleil, de ses rayons, perce la brume,
c'est à contre-jour que l'effet sera le plus intéressant.

 

Matin brumeux, matin rempli de promesses!

La brume, semblable à une étoffe gorgée d'eau, transforme le paysage en un monde énigmatique. Parfois si dense, elle masque l'astre du jour et estompe les éléments disgracieux du décor, laissant au photographe une plus grande liberté de cadrage. Les journées printanières, annonciatrices des premières grandes chaleurs, de même que les nuits froides d’automne, sont souvent promesses de brume. Ce brouillard, ce voile ouaté, cette atmosphère empreinte de douceur suspendent le temps tout en invitant à la réflexion.

À l’instant où le soleil, de ses rayons, transperce ce vélum blanc, c'est l'apothéose! Un moment fugace, toujours impressionnant, et si prisé du photographe.

 

Pour cette situation, il faut installer d'avance le matériel,
car cette ambiance bleutée ne dure que quelques minutes.

 

Une touche bleutée avant de rêver

La journée tire à sa fin. Le soleil ayant disparu depuis un moment, le ciel abandonne graduellement ses coloris roses teintés de pourpre. Au pied de la montagne, la surface gelée du lac retient son souffle sous une couche de neige immaculée sur laquelle j'installe la tente. Le froid mordant ralentit mes mouvements. Ce rythme m'inspire… Enfin, prendre le temps de vivre le moment présent, sans penser au futur ni au passé. Regarder autour de moi et prendre conscience de ma petitesse devant cette force de la nature qu'est cette montagne où, jadis, la forêt a souffert du feu, laissant sur son flanc des taches sombres témoignant de la présence des arbres épargnés. Écouter le profond silence, qui ajoute à l'immensité de la nature, tandis que le ciel salue le début de la nuit en s’habillant d’un bleu intense.

Cette clarté chaude et particulière est brève. La lumière ambiante est alors très chaude : 9000 K et peut-être plus! L’ajustement de la balance des blancs de l’appareil photo étant à 5500 K, le capteur, plus froid, restitue ainsi une lumière bleutée enveloppant le paysage. J’attends le moment culminant pour apporter une touche spéciale au décor. Voilà! Il est temps d’allumer la lampe sous la tente. Mon conjoint Yvan vient m’aider, après une randonnée en ski de fond. Il bouge constamment le faisceau lumineux pour uniformiser la lumière, prenant soin de ne pas toucher au tissu de façon à éviter un flou sur l'image. Je peaufine l’exposition et j’appuie sur le bouton du déclencheur souple afin d’immortaliser cette quasi-solitude. Le bleu s’assombrit, laissant place au noir de la nuit… Nous rangeons le matériel sous l’éclairage de nos lampes frontales. Le cœur est comblé, l'esprit ressourcé!

 

Lucie Gagnon

Galerie d'art virtuelle de Lucie Gagnon : lugaphoto.com
 
 
Photos :
 
© Lucie Gagnon/OBJECTIF NATURE 
 
 
Référence :
 
KHANNA, Vinod Kumar. Fundamentals of Solid-State Lighting: LEDs, OLEDs, and Their Applications in Illumination and Displays, Boca Raton, Florida, CRC Press – Taylor & Francis Group, 2014, 604 p.

Les équivalences (Partie 2)

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La vitesse d’obturation, un monde magique!

La chronique précédente, intitulée La profondeur de champ au cœur des fleurs, ouvre une première porte sur le contrôle du résultat photographique. Cette deuxième et dernière partie sur le thème des équivalences traite du rôle important de la vitesse d'obturation. 

La majorité des boîtiers numériques réflex propose un choix de vitesses d'obturation s'échelonnant de 30 secondes (vitesse d'obturation très lente) à 1/4000e s (vitesse d'obturation très rapide), ainsi qu'une donnée appelée « bulb » permettant une exposition de plus de 30 secondes pour réaliser des photos lors de conditions nocturnes ou autres. (Pour la plupart des modèles de boîtier, l’option « bulb » est accessible en mode manuel « M » : en sélectionnant une vitesse d'obturation plus lente que 30 secondes, « bulb » s’affiche.)

Lorsque vous appuyez à mi-course sur le déclencheur, vous sollicitez le posemètre qui, en mode « A » ou « Av », vous offre automatiquement la vitesse d'obturation adéquate pour exposer le sujet en fonction de l'ouverture de diaphragme et du ISO que vous avez privilégiés, ainsi que la lumière réfléchie du sujet. En bougeant la molette de sélection, le posemètre propose les équivalences. En mode « S » ou « Tv », c'est à vous de choisir la vitesse d'obturation. Le posemètre indique alors l'ouverture requise, mais en utilisant la molette de sélection, des équivalences vous seront proposées.

Peu importe le mode utilisé, l'appareil affiche plusieurs équivalences pour un contexte donné de lumière. Supposons celles-ci : 

100 ISO F/4 1/250e s
et
100 ISO F/22 1/8e s

Si votre appareil photo est fixé sur un trépied et que vous photographiez un sujet fixe, le choix d’une vitesse d'obturation rapide (1/250e s) ou d’une vitesse d’obturation lente (1/8e s) n'aura aucun impact. Aucune différence ne sera notée entre les deux images en regard de la vitesse d’obturation, car l’appareil comme le sujet sont immobiles. Par contre, si vous photographiez le même sujet à main levée, sans trépied, il y a de fortes probabilités que l’image prise à 1/8e s soit floue. En effet, le moindre mouvement se transmet à l’appareil et influence la netteté de l'image.

Attention! Sur l'écran de votre boîtier, vous n'y verrez que du feu, car l’image semblera parfaite. Cependant, un examen plus approfondi grâce à la loupe loupe au dos de l’appareil vous permettra d’agrandir la photographie et de découvrir le probable manque de netteté dans la zone de mise au point.

 

Quand doit-on se servir d'un trépied?

Personnellement, je travaille exclusivement avec un trépied. Je le considère d’ailleurs comme étant le prolongement de mon appareil. L'utilisation de cet outil repousse les frontières de la créativité et déploie un éventail presque illimité de résultats plus fascinants les uns que les autres. Toutefois, la règle 1/focale peut vous guider sur la nécessité ou non de recourir à un trépied, selon l'objectif et la focale utilisée. Par exemple, si vous photographiez un sujet avec un objectif 70-200 mm et que la bague de focale située sur l'objectif indique 200 mm, 1/focale se lit alors 1/200 mm. Remplacez simplement la distance (suffixe mm) par la vitesse d'obturation donnée en fraction de seconde (suffixe ième de seconde) et vous obtenez 1/200e s. Cette donnée indique que l’utilisation de l’appareil à main levée risque d’entraîner des photos floues à des vitesses d’obturation plus lente que 1/200e s. Une règle infaillible!

Attention! Si vous utilisez un boîtier à petit capteur1, vous devez d'abord multiplier la focale par le facteur de conversion avant d'appliquer la règle. Par exemple, pour un boîtier D300 de Nikon, le facteur de conversion étant de 1.5 fois la focale, vous obtenez 1/300e s (1.5 x 200 mm = 300 mm). Par conséquent, l’utilisation à main levée d’un objectif 200 mm sur un boîtier D300 risque de produire une photo floue à toutes les vitesses d’obturation plus lente que 1/300e s. L’emploi d’un trépied est alors fortement recommandé. 

Si un objectif (Canon, Nikon) ou un boîtier (Sony, Pentax) possède un stabilisateur d'images – cela fait gagner deux, trois ou quatre crans –, la prise de photos à main levée est possible malgré une vitesse d'obturation plus lente que la règle. 

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Pour se déplacer sur la roche, le phoque doit sautiller. Ainsi, pour figer ce mouvement, 
une vitesse d’obturation rapide est nécessaire d’autant plus que l’objectif 300 mm 
additionné du convertisseur et de l’ajustement de l’image en format 1.5x 
totalisent une focale de 630 mm. Le déclencheur souple et la fonction 
« miroir vers le haut » étaient essentiels pour obtenir une bonne netteté du sujet.
 

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Lorsque le canard colvert s’extraie de l’eau, tel un manteau de glace, le liquide
recouvre son corps. Pour visualiser cet effet, vu la faible lumière de fin de journée,
j’ai dû augmenter considérablement le ISO afin d’obtenir une vitesse d’obturation rapide.

 

Une vitesse d’obturation rapide pour capter le mouvement d’un sujet

À part la mobilité nécessaire pour effectuer de belles photographies à main levée, sans l’encombrement d’un trépied, d’autres avantages découlent de l’utilisation d’une vitesse d'obturation rapide (1/250e s et plus). Par exemple, l’obtention d’une image nette d’un sujet en déplacement (animal, oiseaux, personnages...). En général, des vitesses d'obturation rapide de l'ordre de 1/500e s, 1/1000e s, etc., figent les objets ou les corps en mouvement. Plusieurs facteurs2, 3 influencent le choix d’une vitesse d'obturation rapide : 

  1. Figer le mouvement d’un sujet dépend évidemment de sa vitesse de déplacement : plus cette dernière est rapide, plus la vitesse d'obturation devra être brève (ex. : 1/500e s, 1/1000e s, etc.).

  2. La distance entre l’appareil photo et le sujet joue un rôle important : plus le sujet est proche, plus rapide doit être la vitesse d'obturation.

  3. La focale de l'objectif influence le résultat : plus la focale est puissante (100 mm, 200 mm, 300 mm, etc.), plus il devient impératif d'opter pour une vitesse d'obturation rapide pour figer le sujet.

  4. Le photographe doit tenir compte du sens dans lequel se déplace son sujet : si ce dernier se déplace parallèlement au boîtier, une vitesse d'obturation très rapide sera essentielle pour figer son mouvement.

Attention! En sélectionnant une vitesse d'obturation rapide en mode « S » ou « Tv », vérifiez que l'ouverture de diaphragme ne clignote pas ou que la mention « Lo » n’apparaît pas, car cela indiquerait une photo sous-exposée (trop sombre). Si c'est le cas, choisissez un ISO plus élevé (ex. : 1000 ISO, 2000 ISO et plus). Si vous sélectionnez le ISO le plus sensible que possède votre boîtier et que la vitesse d'obturation demeure trop lente en raison du peu de lumière éclairant votre sujet, utilisez le flash si votre sujet est à sa portée. Si vous utilisez le mode « A » ou « Av » et que la vitesse d'obturation fournie par le posemètre est trop lente, augmentez le ISO. Le flash pourrait aussi être employé.

En résumé, la sélection d'une vitesse d'obturation rapide permet au photographe de travailler à main levée en toute sécurité. Un temps d’exposition bref peut être sollicité afin de figer un mouvement. N'oubliez pas qu'il sera peut-être nécessaire d'augmenter le ISO.

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Une vitesse d’obturation rapide fige le mouvement.
Sur la photographie ci-dessus, les particules d’eau figées éclaboussent les roches.
Sur l’image ci-dessous, une eau brumeuse est le résultat d’une vitesse d’obturation lente.
 

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Un volet particulier de la photographie : la vitesse d’obturation lente

Une vitesse d’obturation lente, l’appareil photo obligatoirement fixé sur le trépied, offre des résultats parfois magiques, saisissants et même spectaculaires! Qui n'a pas eu l'opportunité d’apprécier ces images de chutes au débit vaporeux? Comment obtient-on ce rendu, et de surcroît, en plein jour, sans surexposer la photographie?

Pour réussir ce genre d'image, une vitesse d'obturation de l'ordre de 1/8e s ou plus lente est nécessaire4. Afin d'obtenir ce temps d'exposition, il est important de sélectionner le ISO le moins sensible (ex. : 100 ISO). De plus, si vous utilisez le mode « A » ou « Av », optez pour la plus petite ouverture de diaphragme (ex. : F/22); ainsi, le posemètre vous offrira la vitesse la plus lente afin de bien exposer votre sujet, compte tenu de la lumière ambiante. Si vous préférez le mode « S » ou « Tv », choisissez la vitesse d'obturation désirée à l'aide de la molette de sélection; ensuite, assurez-vous que l'ouverture de diaphragme fournie par le posemètre ne clignote pas ou que « Hi » n’apparaisse pas. Si c'est le cas, votre photographie sera surexposée (trop claire).

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Une vitesse d’obturation lente favorise une eau vaporeuse, presque irréelle.
Pour obtenir ce rendu sans surexposition, la filtration est nécessaire.

 

Des filtres à la rescousse 

Deux catégories de filtres ont pour but de diminuer la quantité de lumière afin d'éviter la surexposition, lors d’une exposition longue durant le jour. Ces filtres se vissent directement sur le devant de l'objectif ou se glissent dans un porte-filtre qui, à l'aide d'une bague, se fixe sur l'objectif.

Le filtre polarisant réduit la lumière de 2 crans (de 12/3 à 2 crans). En installant ce dernier devant l'objectif, quatre fois moins de lumière atteindra le capteur, favorisant ainsi une vitesse d’obturation plus lente. Par exemple, si le posemètre indique F/22, 1/30e s et 100 ISO sans filtre, il affichera les données suivantes après l’installation du filtre : F/22, 1/8e s et 100 ISO.

Certains filtres neutres jouent un rôle similaire. Toutefois, il existe sur le marché différents filtres neutres. Le filtre neutre qualifié de « clair » ou « neutre 1X » n'a aucun effet sur la lumière, son unique but étant de protéger l'objectif. Le filtre neutre de cœfficient « 2X », appelé aussi ND 0.3, coupe la lumière d'un cran. Un filtre neutre « 4X » ou ND 0.6 diminue la lumière de deux crans, tandis qu’un filtre de cœfficient « 8X » ou ND 0.95, vous l’aurez deviné, réduit la lumière de trois crans. Et ainsi de suite…

Certains filtres neutres sont si sombres qu’ils trompent le posemètre intégré à votre boîtier. Ce dernier ne peut vous offrir une bonne analyse de la lumière réfléchie, avec pour résultat une image sous-exposée. C’est parfois le cas avec un filtre neutre de cœfficient « 64X » ou ND 1.8 (six crans), ou un filtre neutre « 1000X » ou ND 3.0 (dix crans). Pour bien utiliser ce type de filtres, il faut faire quelques calculs que l'on reporte au posemètre en utilisant le mode « M ».

Alors que certains filtres neutres ont pour seul et unique but de réduire l’apport de lumière, le filtre polarisant propose aussi d’autres avenues : il enlève les reflets sur les surfaces réfléchissantes (eau, fenêtres, etc.) et sature les couleurs. Notez qu'il est possible de combiner plus d'un filtre, en fixant un polarisant et un filtre neutre de cœfficient « 8X » ou ND 0.9 (trois crans); ainsi, vous obtenez une vitesse d'obturation 32 fois plus lente!

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Les nuages sont une source d’inspiration intéressante particulièrement lors de
l’emploi d’une vitesse d’obturation très lente. Trépied, déclencheur souple et fonction
« miroir vers le haut » (« Mup ») sont des éléments essentiels pour une bonne
netteté de l’image.

 

Patience et précautions au rendez-vous 

La maîtrise d’effets photographiques particuliers nécessite une bonne dose de patience et de minutie. Il ne suffit pas de mettre l’appareil photo sur le trépied, encore faut-il ajuster ce dernier et mettre le stabilisateur d'images hors service. De plus, l'utilisation d'un déclencheur souple (déclencheur relié à l'appareil par un fil) est essentielle afin d'éliminer le flou créé en appuyant directement sur le bouton du déclencheur avec un peu trop d'enthousiasme! En mode « bulb », le retardateur inclus à votre boîtier de même que certains déclencheurs à distance (commandes sans fil) ne respectent pas le temps d’exposition déterminé par le photographe; l’emploi d’un déclencheur souple est alors requis. Surtout, ne touchez pas au trépied lors de la prise de vue! Sachez aussi que tout mouvement près de ce dernier peut compromettre la netteté de l'image.

Pour la majorité des boîtiers, le miroir se redresse lorsque l’on appuie sur le déclencheur, ce qui provoque une vibration à l'origine d'un flou perceptible lors de l'agrandissement de l’image. Pour le photographe voulant imprimer un grand format, il faut minimiser le problème en actionnant la fonction appelée « miroir vers le haut » (« Mup »). Celle-ci permet de laisser un délai d'une ou de plusieurs secondes entre la levée du miroir et l'ouverture de l'obturateur.

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Des gens circulaient sans cesse sur ce site touristique de Forillon en Gaspésie.
Ne pouvant attendre plus longtemps, j’opte pour l’addition d’un filtre afin d’obtenir une
vitesse d’obturation très lente. Ainsi, les personnes déambulant dans le cadrage de mon
appareil photo ne sont pas visibles sur la photographie. Notez le mouvement du vent
dans les fleurs d’épilobes et l’eau du fleuve qui semble calme.

 

La vitesse d’obturation lente aux portes de l’inédit

Si l'eau est un sujet de prédilection pour la photographie à vitesse d'obturation lente, les nuages offrent une touche originale. L’étirement de ces derniers, favorisé par une vitesse d’obturation lente, accélère le temps et accroît la perspective dans l’image. À son tour, le vent devient un allié du photographe : le mouvement des plantes secouées par le vent est maintenant visible sur l’image.

Des gens sont dans votre champ de mire? Comme par magie, une longue exposition les fera disparaître rapidement, pourvu qu’ils soient en mouvement! Si la scène se déroule en plein jour, rappelez-vous qu'il sera nécessaire d'utiliser un ou des filtres pour éviter la surexposition.

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Photographier un sujet fixe, appareil photo en mouvement à vitesse d’obturation lente :
une surprise à tout coup!
 

Vous désirez présenter un montage de vos photographies à l’aide d’un logiciel tel « PowerPoint »? Sur la première photographie, un titre accrocheur annonce la présentation, mais il se confond avec la photographie en arrière-plan. Remplacez cette image détaillée par une photographie abstraite qui mettra le titre en valeur. Notez que les fleurs sont des sujets de choix pour un rendu intéressant. Plus il y a de couleurs, plus fascinant sera le résultat. Pour ce faire, choisissez une vitesse d’obturation lente (entre 1/15e s et 1/4e s) en mode « S » ou « Tv ». Assurez-vous que l'ouverture de diaphragme fourni par le posemètre ne clignote pas ou que « Hi » n’apparaisse pas. Si c'est le cas, il faudra choisir un sujet placé dans l’ombre ou mettre un filtre pour réduire la quantité de lumière (filtre polarisant ou neutre de cœfficient « 8X » ou ND 0.9). Faites la mise au point sur une des fleurs. Si vous utilisez le mode autofocus (mise au point automatique), sélectionnez la fonction « One Shot » ou « AF-S ». Une fois la mise au point effectuée, laissez le doigt à mi-course sur le déclencheur et commencez à bouger rapidement votre appareil. Un mouvement circulaire donne généralement de bons résultats. Lorsque l’appareil photo est en mouvement, enfoncez le déclencheur pour prendre la photo, tout en poursuivant la trajectoire. Si votre objectif (Canon, Nikon) ou votre boîtier (Sony, Pentax) possède un stabilisateur d'images, il est crucial de le désactiver pour cet exercice. Tant que la photographie n’est pas terminée, le photographe n’a aucune idée du résultat qui l’attend. Ce sera une surprise!

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Le collimateur sur l’œil de l’animal, le photographe doit ajuster son mouvement au même
rythme que celui de son sujet. La vitesse d’obturation rapide fige l’oiseau en vol.

 

Suivre le mouvement

Suivre un sujet en déplacement exige une bonne coordination entre le photographe et la vitesse de déplacement du sujet. Travailler à main levée facilite la présence du sujet au bon endroit dans le cadrage de la photo. Avec une vitesse d'obturation rapide, le sujet sera figé ainsi que l'arrière-plan. Plus la vitesse d'obturation sera lente, plus l'arrière-plan sera flou, dessinant un filé (terme photo désignant la traînée de couleurs laissant croire à une rapidité accrue du sujet.) Toutefois, si vous utilisez une vitesse d’obturation trop lente, votre sujet sera flou tout comme votre arrière-plan.

 

Rappel 

Une vitesse d'obturation lente, l’appareil photo fixé sur le trépied, assure un flou du sujet en déplacement. Par contre, lorsqu’on suit à main levée le sujet en mouvement, ce dernier sera relativement net, mais l'arrière-plan laissera un filé.

L’emploi d’une vitesse d’obturation rapide, appareil sur trépied ou à main levée, permet de figer le sujet en mouvement.

Dès qu’il y a un mouvement dans votre cadrage, demandez-vous si vous voulez figer ce mouvement ou le mettre en valeur par la création d’un effet particulier.

La compréhension et la mise en pratique de ces notions, basées sur la profondeur de champ et la vitesse d'obturation, permettent d'obtenir la photographie que vous désirez dès les premières images. Cependant, la pratique régulière est essentielle pour maîtriser avec assurance ces choix cruciaux. La nature nous offre de nombreux et extraordinaires sujets pour évoluer dans le vaste monde de la photographie, mais le respect de ces derniers est primordial. À vos appareils!

 

Lucie Gagnon

 
Galerie d'art virtuelle de Lucie Gagnon : lugaphoto.com

 

Photos et données techniques :
 
© Lucie Gagnon/OBJECTIF NATURE
 
Toutes les photographies ont été faites à l’aide d’un trépied Gitzo GT2531EX et tête à rotule GH 2780QR ou d’un trépied Manfrotto 055 pro et tête 468 RC accompagné d’un déclencheur souple MC 30 ou MC 36, sauf la dernière image où j’ai travaillé sans déclencheur souple.
 
Rochers
F/16 1/2 s 50 ISO
Objectif 17-35 mm AF-S Nikkor 1:2.8 D ED (photo prise à 20 mm)
Boîtier Nikon D800
Filtre polarisant jaune/bleu et filtre dégradé neutre
 
Phoque
F/8 1/500e s 400 ISO
Objectif 300 mm AF-S Nikkor 1:2.8 ED et convertisseur Nikon 1.4x
Boîtier Nikon D800 ajusté en format DX (1.5x)
 
Canard colvert
F/8 1/1000e s 6400 ISO
Objectif 300 mm AF-S Nikkor 1:2.8 ED et convertisseur Nikon 1.4x
Boîtier Nikon D700
 
Rochers
Haut : Objectif 180 mm Nikkor 1:2.8 ED
Boîtier Nikon D700
F/4 1/1250e s 320 ISO
Filtre polarisant
Bas : Objectif 180 mm Nikkor 1:2.8 ED
Boîtier Nikon D700
F/22 129 s 100 ISO
Filtre polarisant et filtre neutre 10X (ND 3.0)
 
Eau vaporeuse
F/25 72 s 100 ISO
Objectif 105 mm Micro Nikkor 1:2.8 G IF ED
Boîtier Nikon D700
Filtre neutre 10X (ND 3.0)
 
Nuages
F/22 129s 100 ISO
Objectif 17-35 mm AF-S Nikkor 1:2.8 D ED (photo prise à 19 mm)
Boîtier Nikon D700
Filtre polarisant et filtre neutre 10X (ND 3.0)
 
Forillon
F/29 85 s 100 ISO
Objectif 105 mm Micro Nikkor 1:2.8 G IF ED
Boîtier Nikon D800
Filtre neutre 10X (ND 3.0)
 
Mouvement
F/36 1/15e s 50 ISO
Objectif 60 mm Micro Nikkor 1:2.8 D
Boîtier Nikon D800
 
Oiseau
F/6.3 1/640e s 100 ISO
Objectif 300 mm AF-S Nikkor 1:2.8 ED 
Boîtier Nikon D200
 
 
Références :
 
1 Voir la chronique intitulée : Le retour
 
2 CHÂTELAIN, E. Objectif photo, volume 1, [s. l.], Édition Grolier Limitée, 1985, p. 98, 99.
 
3 MORGAN, Willard D. The Encyclopedia of Photography, Volume 1, [s. l.], Greystone Press, 1963, p. 47, 48, 61-68.
 
4 LEUCHTER, Miriam. La photo parfaite, Montréal, Les Éditions de l’Homme, 2012, p. 49, 54-58.
 
5 B&W Filter. Catalog, B&W Neutral Density Filters, p.15.
Dominique Berteaux

 

DBerteaux n bioDominique Berteaux, biologiste, professeur et chercheur

Pour Dominique Berteaux, la science de l’écologie n’a pas seulement énormément à dire. Elle a un devoir de dire. Son message est d’une impitoyable clarté : nous sommes en train de provoquer l’effondrement du système écologique planétaire qui nous nourrit. Mais il y a de l'espoir, car le chercheur ajoute : « Je vois chaque jour la science de l’écologie se solidifier. Je vois chaque jour son message se renforcer. »

Qui est Dominique Berteaux?

Annie Choquette

 Annie Choquette, biologiste et horticultrice

« …Saviez-vous que les arbres parlent? Ils le font pourtant ! Ils se parlent entre eux et vous parleront si vous écoutez. L'ennui avec les Blancs, c'est qu'ils n'écoutent pas ! Ils n'ont jamais écouté les Indiens, aussi je suppose qu'ils n'écouteront pas non plus les autres voix de la nature. Pourtant, les arbres m'ont beaucoup appris: tantôt sur le temps, tantôt sur les animaux, tantôt sur le Grand Esprit. »
 
Tatanga Mani, Indien Stoney du Canada
 
Cette citation empreinte de sagesse et de respect constitue le credo de la biologiste Annie Choquette, une passionnée d’horticulture qui prête l’oreille aux murmures de l’arbre, reçoit les confidences de la fougère et entend la prière des fleurs du sous-bois. Elle interprète les voix végétales de la Nature et nous transmet leurs messages en les agrémentant d’annotations scientifiques et poétiques.
 
 
 
 
Lucie Gagnon

Lucie Gagnon, photographe naturaliste

 
L'art de voir et de saisir les beautés de la Nature dans chacune de leurs composantes, sans compromis sur le respect dû aux êtres vivants et à l'environnement : tel est l'enseignement livré par la naturaliste Lucie Gagnon au fil de ses chroniques. De plus, elle rend la photographie accessible à tous en vulgarisant les aspects techniques de la photographie à l'ère du numérique.
 
Galerie d'art virtuelle de Lucie Gagnonlugaphoto.com
 
Odette Langevin

 Odette Langevin

Odette Langevin, présidente
de la SAS Nature

 
La nature ayant une place importante dans la vie d'Odette Langevin, tout écrit concernant la faune, la flore, la biodiversité, les changements climatiques, etc. l'intéresse grandement. Elle apprécie particulièrement les livres qui vont au-delà des connaissances scientifiques et qui s'adressent au cœur du lecteur. Dans cette chronique, elle veut partager les lectures qui l'ont touchée.
 
 
 
 
Mythe ou réalité

Duo de castors © Raynald Benoit - SAS Nature
 
Duo de castors © Raynald Benoit - SAS Nature

 

 

 

 

Mythe ou réalité?

 
Le porc-épic lance ses piquants, l’orignal a peur de son ombre, le castor prévoit le lieu de chute du grand arbre qu’il est en train de couper… Mythes ou réalité? Il n’est pas toujours facile de départager le vrai du faux, surtout quand il s’agit de croyances populaires. Parfois cocasses ou très sérieux, les mythes semblent résister à tout, incluant l’objectivité de la science. En contrepartie, certains faits bien réels sont si étonnants qu’un esprit rationnel peut avoir du mal à les concevoir. Cette chronique a pour objectif d’informer et de divertir en s’attaquant aux mythes ou en dévoilant des phénomènes stupéfiants de la nature.
 
 
Gisèle Benoit

 

Gisèle Benoit, peintre et naturaliste

Comme Grey Owl, Gisèle vit la moitié de l’année dans une cabane près d’un lac en compagnie des animaux sauvages et prend la plume, sinon le pinceau, pour décrire l’existence des bêtes. Quand elle quitte son refuge, c’est pour s’adonner à des activités publiques visant à faire connaître la forêt boréale. Les chroniques de Gisèle sont classées en trois catégories.

Qui est Gisèle Benoit?

Les chroniques de Gisèle sont classées en trois catégories :

L'art et la nature

 

Chroniques de Gisèle Benoit : L'art et la nature

Mes chroniques sur l’art et la nature s'attardent sur toutes les formes d'expression, tant photographique, poétique que musicale, nous permettant de célébrer notre amour de la Vie ou d'exprimer nos préoccupations environnementales. Je souhaite que mes réflexions sur l'art ouvrent des pistes que tous et toutes pourront suivre à leur rythme. J’espère surtout qu'elles aideront petits et grands à mieux apprécier dame Nature, cette muse universelle.

Le comportement animal

 

Chroniques de Gisèle Benoit : Le comportement animal

Faire le mort pour échapper à un ours agressif; abattre inutilement le renard sociable soupçonné d’être porteur de la rage; approcher et toucher un orignal flegmatique en l’imaginant « prodigieusement » apprivoisé; amener chez soi un faon cerf de Virginie après l’avoir découvert seul et présumé orphelin; ces réactions humaines excessives et souvent inappropriées prouvent la nécessité d’une chronique ayant pour but la démystification des comportements animaliers les plus singuliers.

 

memoire

Mémoire sur la cohabitation des orignaux et des touristes au parc national de la Gaspésie

[…] les contacts de proximité entre humains et orignaux ont passablement augmenté depuis dix ans, principalement en raison du nombre accru de randonneurs et de la tolérance naturelle du cervidé. L’automne dernier, par exemple, des orignaux broutaient des ramilles et s’accouplaient près du Gîte du Mont-Albert, indifférents à la présence de dizaines de touristes émerveillés...

Luc Farrell

luc farrel

Luc Farrell, naturaliste et photographe

 
Le photographe animalier Luc Farrell est né dans une famille de trappeurs et de chasseurs. Il y a été mis en contact avec les animaux dès l'enfance, et c'est en pratiquant la chasse et le piégeage qu'il a développé une véritable passion pour la faune sauvage. Par contre, à chaque mise à mort, il avait l'impression de mettre fin abruptement à une relation qui s'était établie tout au long des préparatifs de chasse. C'est ainsi que pièges et armes à feu ont été remplacés par un équipement photographique.
 
Galerie virtuelle de Luc Farrellhttps://www.flickr.com/photos/luc_farrell/albums
 
 

luc farrel - émission La Fabrique culturelle
La Fabrique culturelle, de Télé-Québec, accompagne le photographe animalier au cœur de la forêt abitibienne pour y dénicher les animaux dans leur environnement familier. Visionner le reportage.

La photo du mois – Septembre 2017

Lichen arboricole © Florent Langevin – SAS Nature
« Pour ceux qui la connaissent, la forêt est une réalité vivante, elle respire, elle a une âme que l’on peut comprendre. »
 
Grey Owl, naturaliste et auteur canadien (1888-1938)
 

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Rendez-vous avec... les loups! 

  • Photo auberge
  • Triptyque gauche
  • Triptyque centre
  • Triptyque droit
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Le spectaculaire triptyque Le Rendez-vous    Meute de loups, de Gisèle Benoit, est exposé à l'Auberge La Seigneurie des Monts. Chaque toile mesure 48 pouces x 72 pouces, pour une largeur totale de 18 pieds. Une œuvre majeure à découvrir, dans le cadre d'un partenariat touristique entre l'Auberge et la Galerie d'art Monique et Gisèle Benoit.

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Sauvons tous les milieux humides du Technoparc de Montréal

 

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L'auberge La Seigneurie des Monts
21, 1re Avenue Est
Sainte-Anne-des-Monts
www.bonjourgaspesie.com

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