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L'Art pour émouvoir, la Science pour comprendre et la Nature pour survivre!

Fondée en juin 2008 par la famille Benoit et plusieurs de ses collaborateurs, la Société Art et Science pour la Nature (SAS Nature) a pour mandat l'éducation du public en matière de protection de la faune et de conservation des habitats naturels. Comme son nom l’indique, cet organisme à but non lucratif utilise l’art et la science comme outils de sensibilisation, principalement à travers l'œuvre missionnaire de Monique, Gisèle et Raynald Benoit, figures bien connues des domaines de l'art animalier et du documentaire sur la vie sauvage. 

 

Voici quelques commentaires de visiteurs à la Galerie d'art Monique et Gisèle Benoit :

Un havre de paix! Tant de beauté et d'amour dans chaque tableau... 

Que de merveilles pour les yeux et l'âme! Nous reviendrons... 

Vibrante exposition... Émotion, splendeur, grandeur nature. À voir absolument! 

Merci pour cette magnifique exposition, cette communion avec la nature et cette grande sensibilisation envers les animaux! 

Chroniques Nature à la une

Sonnez, merveilles!

Sonnez, merveilles!

Odette Langevin

Les dernières notes d'une étude de Chopin, brillamment interprétée par le pianiste québécois Louis Lortie, viennent de s’envoler doucement qu'elles vibrent encore en moi. La musique classique me permet de vivre des instants merveilleux, exaltants et inspirants; elle me transporte vers la Nature, source de Vie! Cependant, quelle tristesse de constater que cette musique magnifique, qui a traversé les siècles, est désormais en péril! Heureusement, un homme s'est levé afin de nous faire prendre conscience de cette situation : Kent Nagano,...

Le sentier pédestre ou l’art de voir

Le sentier pédestre ou l’art de voir

Lucie Gagnon

Lunettes de soleil, bâtons de marche, collation et gourde d’eau, voilà le randonneur fin prêt à fouler le sentier. Avançant d’un pas rapide et énergique, il lorgne le faîte de la montagne qui embrase son imagination, espérant découvrir là-haut un décor spectaculaire. L’adepte des grands espaces augmente la cadence, mais attention! Son but très précis l’éloigne des trésors que la nature sait si bien dissimuler tout au long du trajet. Le marcheur ignore peut-être que le ravissement souhaité exige plus...

Boréalie en péril, mémoire sur la forêt boréale de Gisèle Benoit

Ce reportage vidéo présente le mémoire Boréalie en péril, écrit par Gisèle Benoit. La naturaliste y dresse le portrait inquiétant de certaines portions de la forêt boréale canadienne, notamment celle du Nord de l’Ontario où elle a dirigé, jusqu’en mai 2014, un centre d’étude du comportement de la faune. Le mémoire est disponible en versions française et anglaise (format PDF) et peut être téléchargé avec les liens ci-dessous.

Chroniques Nature

Chroniques Nature

Les chroniques de la SAS Nature offrent une variété de textes captivants illustrés de photographies d'une très grande qualité. Elles permettent tantôt la découverte, tantôt la réflexion ou le simple plaisir de se familiariser avec les beautés du monde sauvage. Elles proposent aussi des pistes pour quiconque désire renouer des liens avec la nature.

Les chroniqueurs sont pour la plupart des professionnels qui ont accepté de partager bénévolement leurs passions, leurs préoccupations ou leurs connaissances sur la nature. Suggestions de lecture, art de la photographie en milieu naturel, comportement animal, science de l'écologie, botanique, tous ces articles constituent une documentation considérable mise au service du public, dans le cadre des objectifs de sensibilisation et d'éducation de la SAS Nature.

 

Gisèle Benoit : L'art et la nature, Capsul'Art, le comportement animal, textes d'opinion et photoreportages

Comme Grey Owl, Gisèle vit la moitié de l’année dans une cabane près d’un lac en compagnie des animaux sauvages et prend la plume, sinon le pinceau, pour décrire l’existence des bêtes. Quand elle quitte son refuge, c’est pour s’adonner à des activités publiques visant à faire connaître la forêt boréale...Lire la suite

Dominique Berteaux : La science de l'écologie

Pour Dominique Berteaux, la science de l'écologie n'a pas seulement énormément à dire. Elle a un devoir de dire. Son message est d'une impitoyable clarté : nous sommes en train de provoquer l'effondrement du système écologique planétaire qui nous nourrit. Mais il y a de l'espoir, car le chercheur ajoute : « Je vois chaque jour la science de l'écologie se solidifier. Je vois chaque jour son message se renforcer. » Lire la suite

Annie Choquette : Le monde végétal

Cette jeune femme prête l’oreille aux murmures de l’arbre, reçoit les confidences de la fougère et entend la prière des fleurs....Lire la suite

m luc farrelLuc Farrell : naturaliste et photographe

Le photographe animalier Luc Farrell est né dans une famille de trappeurs et de chasseurs. Il a été mis en contact avec les animaux dès l'enfance....Lire la suite

Lucie Gagnon : Photographier la Nature

L'art de voir et de saisir les beautés de la Nature dans chacune de leurs composantes, sans compromis sur le respect dû aux êtres vivants et à leur environnement : tel est l'enseignement livré par la naturaliste Lucie Gagnon au fil de ses chroniques....Lire la suite

Odette Langevin : Suggestions de lecture

J'apprécie particulièrement les livres qui vont au-delà des connaissances scientifiques et qui s'adressent au cœur du lecteur...Lire la suite.

Mythe ou réalité?

Il n’est pas toujours facile de départager le vrai du faux, surtout quand il s’agit de croyances populaires concernant la nature. Parfois cocasses ou très sérieux....Lire la suite

Le déclin de la nature

Coucher de soleil

Le journaliste britannique Michael McCarthy a publié le 19 décembre 2012, dans le quotidien anglais The Independent, un article qui m’a touché. Je vous en propose une traduction un peu abrégée, dans laquelle j’ai surtout tenté de conserver l’émotion du sujet.

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Sous-bois

 

Notre génération a vu un grand déclin que l’on n’arrive pas bien à nommer 

C’est bien connu en psychothérapie : mettre un nom sur une maladie change radicalement la façon dont on s’en occupe. Par exemple, admettre qu’un proche est alcoolique donne tout à coup un sens à des années de comportements irrationnels. Beaucoup de gens ont des troubles qu’ils n’arrivent pas à nommer, mais dont ils sentent chaque jour la présence. Leur donner un nom ne les fait pas disparaître, mais cela aide à vivre avec.

Je sens depuis longtemps que quelque chose de similaire s’applique à la nature de Grande-Bretagne. Certaines personnes ressentent la présence d’une maladie, une maladie qui les angoisse, mais qu’ils ne peuvent nommer et dont ils ne réussissent pas à parler. Les personnes qui ressentent cela sont les plus âgées (50 ans et plus). Ce sont des baby-boomers, la génération de l’après-guerre devenue adulte dans les années soixante, toujours identifiée à l’explosion des libertés et au rock ’n’ roll.

L’angoisse qu’ils ressentent vient d’une transformation du monde qu’ils ont vue, mais qu’ils ont du mal à saisir. Une transformation plus subtile que, par exemple, la destruction des forêts tropicales. Une transformation dont la brutalité n’éclate sur aucune photo, contrairement aux flammes de l’Amazonie dévastée. Mais elle est là bien réelle, elle est importante pour eux, même s’ils ne peuvent pas mettre le doigt dessus, la nommer.

Carouge à épaulettes

Une campagne pour protéger le moineau domestique
et comprendre sa disparition de Londres et des
autres villes.  

 

Beauté passée 

Plus récemment, cependant, j’ai réalisé que ce qui avait changé dans la vie des baby-boomers de Grande-Bretagne était une disparition plus générale : celle de l’abondance de la nature. Tout était plus abondant il y a un demi-siècle. Plus de fleurs, plus d’oiseaux, plus de papillons, plus d’insectes surtout. La génération des baby-boomers avait grandi au milieu de cette abondance, comme chaque génération avant elle.J’ai d’abord ressenti cela il y a 12 ans, alors que The Independent lançait une campagne pour protéger le moineau domestique et comprendre sa disparition de Londres et des autres villes. Parmi les centaines de courriers de lecteurs, beaucoup se résumaient à « Merci, je pensais être le seul à avoir remarqué la disparition de cette espèce! » Beaucoup avaient noté la disparition du moineau domestique, mais souvent de façon presque inconsciente, sans vraiment la formuler ni même y penser.

Les plus jeunes ne se rendent pas compte de la transformation dont je parle. Leur seule référence est le monde qu’ils ont côtoyé en grandissant. Mais quand j’ai commencé dans cette chronique à parler de la perte de l’abondance de la nature, il y a deux ans, de nombreux commentaires ont suivi, surtout des plus âgés. Le sujet fait beaucoup réagir.

Étourneau sansonnet

Jeune étourneau sansonnet

 

Usé jusqu’à la corde 

Les plus de 50 ans se souviennent des énormes volées de vanneaux huppés dans la campagne, des bruants proyers sur chaque fil télégraphique, des nuages d’étourneaux tournoyant à la fin du jour. Ils se souviennent des massifs compacts d’orties pleines de chenilles, des vergers remplis de fleurs, des jardins peuplés d’oiseaux et des fossés pleins de grenouilles et de crapauds. Tout est parti. L’image la plus commune (rapportée dans trois courriels successifs) est celle du pare-brise de l’auto couvert de papillons de nuit et d’autres insectes, à chaque voyage, lors de chaque nuit d’été. Maintenant, les pare-brise sont propres.

Que signifie cette disparition pour les gens chez qui elle provoque une angoisse, une angoisse sans nom? Après tout, pourquoi s’angoisser de quelques insectes nuisibles en moins? Je crois que les plus âgés ressentent, même s’ils ne peuvent bien l’exprimer, qu’il est arrivé un changement profond au tissu même de l’existence, à la trame de la vie.

Pendant un demi-siècle, la génération des baby-boomers a été définie par la liberté des années soixante, le sexe, la drogue et le rock. Maintenant qu’elle arrive à la fin de son temps, on peut commencer à la définir autrement. Cette génération a vu l’ombre s’abattre sur la Terre, elle a assisté au grand déclin. Elle a vu le tissu vivant de la nature, jadis si riche, se dénuder, s’effilocher, s’user jusqu’à la corde.

Branche tordue

 

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Ouf, quel texte! Mais je sais ce que vous pensez.

Quelle est la part de nostalgie dans tout ça? C’est normal de regretter le bon vieux temps, celui de la jeunesse. Tout change, c’est normal. Et puis, on ne peut pas avoir le beurre et l’argent du beurre. On a perdu la nature, mais on a gagné une vie plus facile et plus longue.

Oui, peut-être. Mais permettez-moi cependant de ressentir cette angoisse, bien que n’ayant pas atteint les 50 ans. Elle transpire des masses de chiffres et des épais rapports que je lis chaque jour dans mon travail de chercheur.

Je suis persuadé que cette angoisse a quelque chose à nous apprendre sur notre rapport au monde. Quelque chose que je n’arrive pas bien à nommer.

 

Dominique Berteaux
Université du Québec à Rimouski

 

 

Pour lire l'article de Michael McCarthy

 

Photos :
 
Coucher de soleil © Christian Bellemare – SAS Nature
Bandeau sous-bois en forêt © Sylvain Langevin – SAS Nature
Moineau domestique © Lucie Gagnon
Jeune étourneau sansonnet © Thomas Pope
Dénudé, effiloché et usé jusqu’à la corde... © Sylvain Langevin - SAS Nature
Grenouille verte © Sylvain Langevin - SAS Nature

Monsieur Rosaire

Monsieur Rosaire

Les naturalistes exercent une activité parmi les plus nobles. Ils observent la nature et cherchent à la comprendre. Ils sont peu valorisés par notre société, car leur passion s’exerce en marge des principaux circuits économiques. La lenteur, la solitude, la réflexion et la simplicité du naturaliste font vendre peu de choses, passent mal à la télévision et n’inspirent pas les jeux vidéo.

J’aimerais vous présenter Monsieur Rosaire Pelletier. Il personnifie l’ensemble des naturalistes. Je l’ai choisi pour leur rendre hommage. 

J’ai publié le premier des deux textes suivants dans le journal Le Mouton Noir, en septembre 2009, à l’occasion de l’Année internationale de la biodiversité. J’ai écrit le second pour souligner, en novembre 2012, un don de papillons que M. Pelletier avait fait au musée de l’Université du Québec à Rimouski (UQAR).

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BIC

Parc national du Bic
 

 

Rosaire Pelletier : un demi-siècle d’observation de la biodiversité du Bas-Saint-Laurent

(Texte paru dans Le Mouton Noir, à l'automne 2009)

Depuis 1958, M. Rosaire Pelletier parcourt le Bas-Saint-Laurent pour en observer la vie sauvage. Aussi est-il devenu au fil du temps un livre rare, riche de connaissances sur la diversité des espèces d’une région, sur sa biodiversité. À quatre-vingts ans, oiseaux, plantes et insectes continuent de l’émerveiller. Je l’ai rencontré pour mieux comprendre ce qui anime les naturalistes, observateurs attentifs de la nature sous toutes ses formes.

Hespérie des graminées

Hespérie des graminées
 

 

Qui sont les naturalistes?

Tout le monde aime le chant des oiseaux, la vue des fleurs printanières, la courbure d’un dos de baleine, la couleur des fruits mûrs. Mais qui se lève à trois heures du matin pour écouter les oiseaux avant le lever du jour? Qui affronte les moustiques des marécages pour chercher les rares orchidées de juin? Qui arpente les roches glissantes pour observer les algues aux grandes marées d’octobre? 

Naturalistes, allez-y, levez la main et échangez des sourires complices. Ces excentricités vous définissent et vous en êtes fiers! 

Faites-vous cela par sacrifice, pour fournir à la science des données précieuses sur notre biodiversité? Ou est-ce par esprit de compétition, engagés dans un jeu obscur dont vous seuls connaissez les règles? Peut-être n’est-ce qu’une façon de vous éloigner de la société humaine, où vous vous sentez à l’étroit, qui vous oppresse?

Né en 1929, Rosaire Pelletier parcourt encore les marais du Bas-Saint-Laurent à la recherche des orchidées. Il continue de braver le froid de décembre pour faire son recensement des oiseaux de Noël. Lui, le premier ornithologue du Bas-Saint-Laurent, pourrait avoir la clef qui explique la passion des naturalistes.

Oies des neiges

Oies des neiges
 

 

De la solitude au partage

« J’ai commencé à observer les oiseaux en 1958. J’étais le seul au Bas-Saint-Laurent à l’époque. Je n’avais ni livres ni télescope, juste des jumelles Tasco. J’avais été impressionné par le carouge à épaulettes, ce qui a fait éclore ma passion. Il m’avait fallu longtemps pour trouver son nom! » se rappelle Rosaire, qui fut toute sa vie marchand de peinture à Rimouski. Les couleurs, il connaît ça. Celles des oiseaux l’ont toujours enthousiasmé.

Carouge à épaulettes

Carouge à épaulettes au sol
 
 

Rosaire est un des fondateurs du Club des Ornithologues du Bas-Saint-Laurent (COBSL), la principale organisation naturaliste de la région. De 5 ou 6 membres à sa fondation en 1979, elle en compte maintenant deux cents. « Le COBSL fut un des premiers clubs d’ornithologues du Québec, si on excepte ceux de Montréal et de Québec », précise Jacques Larivée, président du COBSL et lui-même un jalon historique dans l’organisation de l’ornithologie au Québec. Il existe maintenant 31 clubs d’ornithologie au Québec, rassemblant plus de 6000 observateurs d’oiseaux.

« Tu te faisais regarder drôlement quand tu te promenais avec des jumelles. Aujourd’hui on ne s’étonne plus de voir un ornithologue », raconte Rosaire. L’essor de l’observation de la nature est largement dû à des gens comme lui. Jamais avare de ses connaissances, il a publié en 1977 la première liste annotée des oiseaux du Bas-Saint-Laurent, une petite bible pour les observateurs de l’époque. Il a aussi été le premier à découvrir certaines espèces dans la région, comme le bruant de Lincoln ou l’aigrette tricolore, puis à répandre la nouvelle. Certains sont jaloux de leurs secrets. Lui préfère partager.

Cypripèdes et cornouillers
Argynne et asclépiade
 
Cypripèdes acaules et cornouillers du Canada (gauche)
Argynne et asclépiade (droite)
 

Également collectionneur de papillons, M. Pelletier a légué à l’Université du Québec à Rimouski un large ensemble de spécimens, et ses observations apparaissent dans l’incontournable Guide des papillons du Québec de Louis Handfield. Il a aussi un intérêt marqué pour les orchidées. Ces multiples passions pourraient faire de lui un naturaliste complet… si cette espèce existait. Car une vie ne suffit pas à inventorier la nature, même d’une seule région. Les naturalistes ne se consacrent souvent qu’à quelques sujets. Ainsi le Bas-Saint-Laurent compte-t-il aussi un cercle de mycologie (l’étude des champignons) ou un club d’astronomie. 

Ruisseau

Ruisseau joyeux
 

 

Le naturaliste, un chasseur civilisé 

La nature ne nourrit pas que les émotions. Elle peut aussi engager fortement l’intellect. Ainsi la passion des naturalistes naît d’un mariage à première vue improbable : l’amour de la nature et de celui des livres. « Quand je vois une nouvelle espèce, il me faut le nom », résume Rosaire. Les noms sont dans les livres. Les naturalistes observent, identifient, listent, comparent. Certains cultivent ce goût jusqu’à l’obsession, candidats possibles au syndrome d’Asperger... Comme des oiseaux qui migrent entre lieux de reproduction et aires d’hivernage, les naturalistes vont et viennent entre lieux d’observation et aires de lecture. 

Le grand naturaliste américain Edward O. Wilson, né la même année que Rosaire, l’a exprimé avec justesse : le naturaliste est un chasseur civilisé. Dans la forêt, près du fleuve ou à l’orée du lac, il sait concentrer toute son attention sur le monde qui l’entoure. Ce monde pénètre tous ses sens et les plus petits détails gonflent en importance. Il est à l’écoute de chaque son, à l’affût du moindre tremblement. Il devient un prédateur. Mais un prédateur poussé à son plus haut degré d’évolution, ne requérant comme récompense ni viande ni peau.

Qu’est-ce qui fait un bon naturaliste? Pour Rosaire « c’est l’amour de la nature ». Mais un demi-siècle d’observation attentive des oiseaux, des plantes et des papillons ne se fait pas sans patience. Pour Jean-Henri Fabre, auteur des Souvenirs Entomologiques primés par l’Académie française il y a un siècle et maintenant lus chaque jour dans les écoles du Japon, la patience était la vertu par excellence de l’observateur de la nature. Pour Buffon elle en était le génie. Le naturaliste suisse Robert Hainard pratiquait la chasse au crayon en ne dessinant que ce qu’il voyait, quitte à garder l’affût trente nuits de pleine lune pour dessiner une seule loutre.

Parmi les sphaignes

Parmi les sphaignes
 

 

Le déclin de la biodiversité 

La nature du Bas-Saint-Laurent a-t-elle changé en 50 ans? Rosaire me coupe la parole. « C’est terrible, c’était beaucoup plus riche autrefois. » Le constat semble sans appel. « Mon terrain d’observation était la rivière Rimouski à Sainte-Odile. C’était un vrai paradis. J’observais surtout de fin avril à fin juin. Je sentais l’air frais du matin, je profitais de l’été, j’oubliais les tracasseries du quotidien. » Le constat de Rosaire est largement supporté par les épais rapports des scientifiques.

Cela fait-il des naturalistes les plus fervents environnementalistes? Se battent-ils tous avec la dernière énergie pour « sauver la planète »? Pas nécessairement. L’efficacité politique passe par la capacité à convaincre. L’aptitude à contempler qui caractérise les naturalistes les prédispose peut-être plus à l’écoute qu’à la parole. Mais des exceptions notables existent.

La naissance même du mouvement environnementaliste mondial est largement attribuée au livre Silent Spring de la naturaliste Rachel Carson, qui peignait un monde pollué d’où les oiseaux avaient tous disparu, empoisonnés. Ce livre a profondément marqué le monde occidental. Al Gore, alors vice-président américain, avait noté à quel point ce livre nous ramenait à une idée presque perdue : l’intime connexion entre les humains et la nature. Gageons que cette idée redeviendra bientôt une évidence, supportée par la science moderne et propulsée par l’énormité de nos impacts environnementaux.

Rivière et sculptures de glace en Mauricie

Rivière et sculptures de glace en Mauricie
 

 

L’Année internationale de la biodiversité

2010 sera l’Année internationale de la biodiversité. Chaque année, l’ONU choisit un thème important et le met en lumière. L’année de la paix, l’année de la femme, l’année de l’éducation, etc. Cette célébration devient ce que l’humanité décide d’en faire. Rien de ce qui nous entoure n’est plus précieux que la diversité du vivant, car c’est la fontaine de santé des écosystèmes et la source d’inépuisables découvertes à venir. Surtout, aucune espèce disparue ne peut être recréée. En prendrons-nous pleinement conscience?

Les naturalistes comme Rosaire connaissent déjà la valeur du vivant. Ils sont des ambassadeurs de la biodiversité auprès de l’humanité. Ils sont ceux qui voient ce que la majorité des humains ne soupçonne même pas. Si les artistes nous aident à explorer ce qui est en nous, les naturalistes nous aident à découvrir ce qui est hors de nous. 

Mais terminons cet article par l’essentiel. À quatre-vingts ans, M. Rosaire Pelletier continue d’apprécier de tous ses sens les beautés de la nature. Alors, souhaitons-lui de nombreux petits matins clairs, quand carouges et hirondelles éveillent le lac, quand la journée hésite encore à s’élancer vers le haut soleil, quand l’âme n’attend rien d’autre que le présent.

Cténuche de Virginie et marguerite jaune

Cténuche de Virginie, coléoptère et marguerite jaune
 

 

À l'occasion d'un don de papillons

(Novembre 2012)

Comme chacun sait, Monsieur Rosaire Pelletier est le doyen des ornithologues du Bas-Saint-Laurent, ainsi qu'un fin connaisseur des papillons et des orchidées.

Une brève description de ses activités de naturaliste est ajoutée aujourd'hui au musée de l'UQAR. Elle soulignera auprès des nouvelles générations à quel point les activités de Rosaire, celles des membres du Club des Ornithologues du Bas-Saint-Laurent et celles des naturalistes de tous les horizons, sont des contributions importantes aux sciences naturelles et à la connaissance des formes de vie qui nous entourent.

La Terre n'a jamais été aussi peuplée d'humains qu'elle l'est aujourd'hui.

Nous n'avons jamais accaparé autant de ressources terrestres que nous le faisons maintenant.

Puisse le travail passionné et désintéressé des naturalistes toujours nous rappeler que d'autres êtres vivants respirent sur cette planète.

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Ravage d'orignaux

Conclusion

Je me suis souvent demandé pourquoi certaines personnes devenaient naturalistes et d’autres non, et pourquoi on développe envers la nature une passion, une indifférence ou une crainte. Cela demeure pour moi une grande énigme.

 

Dominique Berteaux
Le Bic, le 30 novembre 2012

 

Photos :
 
Le naturaliste Rosaire Pelletier © Dominique Berteaux 
Parc national du Bic © Joël Lanchès – SAS Nature
Hespérie des graminées © Sylvain Langevin – SAS Nature
Oies des neiges © Véronique Amiard – SAS Nature
Carouge à épaulettes au sol © Thomas Pope
Cypripèdes acaules et cornouillers du Canada © Florent Langevin – SAS Nature
Argynne et asclépiade © Sylvain Langevin – SAS Nature
Ruisseau joyeux © Sylvain Langevin – SAS Nature
Parmi les sphaignes © Raynald Benoit – Les Productions Raynald Benoit Inc.
Rivière et sculptures de glace en Mauricie © Yves Boutet – SAS Nature
Cténuche de Virginie, coléoptère et marguerite jaune © Sylvain Langevin – SAS Nature
Orignaux dans leur ravage © Joël Lanchès – SAS Nature

Uuma, la vie

Paysage nordique

Essayez de dire « écosystème » en inuktitut : uumaniqaqtut najugaminit attuaqatigiinningat.

Persistez jusqu’à le dire une fois sans arrêter : uumaniqaqtut najugaminit attuaqatigiinningat.

Non, non, continuez : Uumaniqaqtut najugaminit attuaqatigiinningat.

Ça vient? Maintenant, essayez de nouveau en fermant les yeux... J’admets que ce n’est pas facile. Le début de l’expression contient la racine uuma- qui signifie « la vie ».

Uumajuq : quelque chose de vivant
Uummat : le cœur
Uumaguti : tout ce dont un être vivant à besoin pour vivre

Une partie de mes recherches se déroule au Nunavut, où vivent 25 000 Inuits. L’inuktitut est la langue des Inuits. J’y étudie l’écosystème de la toundra, particulièrement certaines espèces comme le renard arctique (tiriganiaq en inuktitut).

Cependant, c’est la biodiversité nordique dans son ensemble qui m’intéresse, ces milliers d’espèces qui doivent chaque année composer avec une longue saison froide, éprouvante pour nombre d’entre elles.

Le climat, plus que la géographie, définit la nordicité. Évidemment, le Nunavut gagne la palme de la nordicité. Tout le Québec peut cependant la revendiquer. 

Sitelle à proitine rousse

L’île Bylot au nord de la Terre de Baffin, où j’étudie les renards arctiques et l’écosystème de la toundra depuis plus de 10 ans. Sur la droite, au premier tiers de la photo, deux petites tentes jaunes forment un camp temporaire. En plein milieu de la photo, une minuscule tente bleutée, à peine visible : un affût pour observer une portée de renards à travers la vallée. Derrière, une majestueuse vallée glaciaire. J’avais pris cette photo lors d’une nuit ensoleillée du début de juillet.
 
Source : Dominique Berteaux, 2011

 

Voici les seuls mots de pseudo-poésie que j’ai écrits dans ma vie :

La nordicité, c’est l’âme des pays nordiques.
Une âme enracinée dans la terre froide de janvier,
Une âme forgée par neiges et glaces.
La nordicité donne l’épaisse fourrure à l’animal,
Le repos hivernal à la rivière,
Et à l’humain le temps de penser.

Mes autres tentatives se résument à douze vers : un quatrain pour la naissance de chacun de mes enfants.

J’aime les écosystèmes nordiques parce qu’ils laissent de la place pour la solitude des humains. Être seul dans la nature aide à prendre conscience de l’Univers.

J’ai choisi Uuma comme titre à un livre qui résume, en images, les recherches que mes étudiants et moi faisons pour mieux comprendre les écosystèmes nordiques et les animaux qui y vivent. Le livre Uuma contient peu de mots, mais beaucoup de photos.

Il montre ce qui me plaît le plus dans mon métier de chercheur : la contemplation de la nature, les aventures sur le terrain, la stimulation intellectuelle que fait naître chaque nouvelle question, la transmission des connaissances. Vous pouvez télécharger gratuitement le document PDF en cliquant ici.

Vous ressentirez des émotions étranges en parcourant Uuma. Je vous laisse les découvrir.

 

Bonne visite dans les écosystèmes nordiques!

 

Dominique Berteaux
Le Bic, le 10 août 2012

 

Photo :
 
Nordicité © Joël Lanchès – SAS Nature 

Le loup timide

Loup gris

Le logo de la Société Art et Science pour la Nature (SAS Nature) évoque le mandat de la Société par l’image de deux loups, celui de droite étant le loup timide. Il flaire le sol et dresse les oreilles. Tout dans ses muscles tendus reflète la prudence. Va-t-il faire un pas en avant ou un bond en arrière? Sa décision ne laissera aucune place au hasard. Il incarne la précaution et la précision; il symbolise la démarche scientifique.

Esquisse

Esquisse de Gisèle Benoit ayant inspiré le logo de la Société Art et Science pour la Nature
 

Un journaliste de Radio-Canada me demandait récemment : « Pourquoi êtes-vous si silencieux? Vous avez tant de choses à dire ». C’est vrai que les scientifiques sont silencieux. Même timides. Nous ne nous aventurons guère dans l’univers médiatique. « Ils ont déformé mes propos », entends-je souvent dire par mes collègues. « Je n’ai pas le temps » est l’autre réponse fréquente à la question du journaliste.Face à la caméra, j’ai répondu qu’on voyait rarement de chirurgiens à la télévision : ils ont des choses plus importantes à faire. J’avais opté pour la réponse du « pas le temps », sans me rendre compte que c’était une réponse terriblement prétentieuse et déplacée.Car la science de l’écologie n’a pas seulement énormément à dire. Elle a un devoir de dire. Son message est d’une impitoyable clarté : nous sommes en train de provoquer l’effondrement du système écologique planétaire qui nous nourrit. C’est un message rejoignant celui des êtres sensibles et attentifs qui sentent que la nature se dégrade. Ils le ressentent dans leur chair.

Je vois chaque jour la science de l’écologie se solidifier. Je vois chaque jour son message se renforcer.

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Gisèle Benoit m’a demandé si j’accepterais de publier des textes sur le site Internet de la SAS Nature. J’ai trouvé l’idée excellente. Mais, le réflexe est arrivé au galop. Je me suis dit que je manquais de temps… Puis, j’ai repensé à l’histoire du chirurgien. Puis à l’œuvre magnifique de Gisèle et de ses parents qui savent peindre et filmer la nature. Puis à ma conviction profonde que l’élévation de notre conscience écologique à l’échelle planétaire peut porter plus haut notre humanisme.

 

Le 6 mars 2011, j’ai rencontré Gisèle pour la première fois. Elle avait dessiné un beau loup pour mes trois enfants qui le lui avaient demandé. Ce n’était pas vraiment un loup timide, on aurait dit qu’il allait parler. Un an plus tard, je m’en inspire en amorçant cette chronique.

J’ai choisi d’écrire de courtes lettres. Elles fixent le lieu et le moment rendant plus indulgent le temps qui passe et démode les pensées. Que voulez-vous? Je ne peux pas renier la précaution et la précision qui sont l’exigence de mon métier de scientifique!

Sitelle à proitine rousse

 

Dominique Berteaux
Tromsø (Norvège), le 6 mars 2012

 

Photos : 
 
Loup gris © Raynald Benoit
Esquisse © Gisèle Benoit
Sittelle à poitrine rousse mâle au printemps © Raynald Benoit
Écureuil roux © Véronique Amiard ‒ SAS Nature
 
 
 
 

Marguerite, la belle voyageuse

Marguerites

Symbole de loyauté et de pureté, la lumineuse marguerite blanche est facilement identifiable, même par un enfant de cinq ans, puisqu’elle fait partie du célèbre trio floral qui orne les livres d’images des petits, soit la tulipe, la rose et la marguerite. Connu de tous, cet emblème des champs égaie le paysage canadien depuis belle lurette. Cette « ancienneté » sème toutefois la confusion quant à son statut dans notre flore sauvage. À tort, plusieurs croient qu’elle est une fleur indigène de l’Amérique du Nord. 

Rudbeckies
 
Les rudbeckies, communément
appelées « marguerites jaunes »,
sont originaires
d’Amérique du Nord.
 
Marguerite
 
Marguerites poussant en
compagnie d’épilobes

Contrairement à l’iris versicolore et à l’érable à sucre, deux espèces végétales indigènes (c’est-à-dire qu’elles poussent localement, sans intervention humaine), la marguerite a dû bénéficier d’un coup de pouce de l'homme pour s'épanouir en sol canadien. Elle fit le voyage de l’Europe jusqu’en Amérique du Nord, à bord de bateaux, en compagnie d’explorateurs et de premiers colons européens du 17e siècle. Introduite sur le continent à des fins médicinales, la marguerite fut utilisée pour traiter des spasmes et des convulsions (antispasmodique), stimuler la digestion, augmenter la sécrétion urinaire (diurétique) et calmer le corps et l’esprit exténués des habitants, après de dures journées de labeur. Au jardin, elle côtoyait la bourrache, la camomille, la moutarde et le pissenlit. La rigueur des hivers canadiens n'a pas impressionné la marguerite, car elle s’est parfaitement acclimatée à son nouvel habitat. Son introduction par l'homme étant un succès, la fleur décida de prendre la clé des champs et elle colonisa des terres inconnues par ses propres moyens. Son aire de distribution au Canada s’étend maintenant des provinces de l’Atlantique jusqu’au Manitoba, où elle pousse de préférence dans les espaces ouverts au sol sec et pauvre. Étonnant pour une fleur native d'Europe et d’Asie!

Par son intégration réussie à la flore canadienne, la marguerite est devenue une espèce dite « naturalisée ». Elle n’en demeure pas moins une fleur non indigène, distinction qu'elle partage d’ailleurs avec une grande variété de plantes observée de nos jours, autour des villes, dans les champs et en bordure des bois. On appelle communément « mauvaises herbes » la plupart des plantes échappées des jardins des premiers colons qui les cultivaient à des fins alimentaires, médicinales ou ornementales. L’expression « mauvaises herbes » est employée d’une manière très relative d’une personne à l’autre. On devrait plutôt classifier les plantes naturalisées en espèces désirables ou indésirables, selon leur utilité ou leur nuisance dans les écosystèmes où elles se sont implantées.

Marguerite

Chez la marguerite et d’autres Astéracées, les fleurons tubulés du
pourtour fleurissent avant ceux du centre.

 

Des pétales qui n'en sont pas…

L’éclatante luminosité de la marguerite atteint indéniablement le cœur des grands comme des petits. Il suffit d’observer sa simplicité et sa pureté pour en être imprégné. Cette « désirable » fleur vivace représente pour moi une source de bonheur intense. Membre de la famille des Astéracées (appelée, autrefois, famille des Composées), Chrysanthemum leucanthemum possède un type de fleur quelque peu particulier. En effet, ce que l’on nomme « fleur » dans le langage populaire est, chez les Astéracées, un groupement de fleurs. Cette inflorescence se compose, en son centre, de plusieurs minuscules fleurs jaunes, serrées les unes contre les autres – les fleurons tubulés –, et en son pourtour, de fleurs spatulées blanches – les fleurons ligulés –, considérées à tort comme des pétales. L’ensemble des fleurons tubulés et des fleurons ligulés s’attache à un même plateau (réceptacle) et forme la fleur proprement dite, d'où l'ancien nom de famille des « Composées ». En période estivale, au tout début de l’épanouissement des fleurs, le bouton floral rond et gonflé dévoile lentement ses charmes en étalant ses pseudo-pétales blancs (fleurons ligulés). Un observateur attentif pourra distinguer le développement centripète des fleurons tubulés, alors que les petits tubes jaunes du pourtour, arrivés à maturité, s’ouvrent avant ceux disposés au centre.

De morphologie et de constitution distinctes, les fleurons ligulés et les fleurons tubulés assument des rôles différents. Chez la marguerite, les languettes blanches et allongées sont formées de pétales soudés entre eux, portant des fleurs stériles dotées seulement d’organes femelles. Ces fleurons spectaculaires semblent avoir une utilité bien précise : empêcher le pourrissement du réceptacle en faisant dévier les gouttes d’eau lors d’une averse. Quant aux fleurons tubulaires jaunes profitant de cette protection, ils sont formés de cinq courts pétales également soudés entre eux, mais pourvus de fleurs hermaphrodites (organes mâle et femelle sur la même fleur). Évidemment, celles-ci assurent la perpétuation de l’espèce par la production de semences.

 

Les dangers de l'introduction d'espèces exotiques

 
Trille rouge
 
Le trille rouge, une plante indigène
à floraison printanière.
 
Épervière orangée
 
Originaire d’Eurasie, l’épervière
orangée a été introduite en Amérique
à titre de plante ornementale.
En raison de sa tendance à tout envahir,
elle a été déclarée « mauvaise
herbe » en 1901.
 
Ancolie vulgaire
 
Échappée des jardins, l’ancolie
vulgaire est l’une des plus
splendides « fleurs naturalisées »
du Québec.

Au Canada, notre flore indigène compte environ 3858 espèces végétales, sans tenir compte des mousses et des lichens. À ce nombre, s’ajoutent 1229 espèces exotiques introduites par l'homme, dont 486 sont considérées comme nuisibles et envahissantes. Ces données sont loin d'être banales, car l’introduction et la propagation de ces espèces menacent l’environnement. Dotées d’un mode de reproduction ou de multiplication rapide et efficace ainsi que d'une grande facilité d’adaptation, certaines plantes exotiques accaparent leur nouvel habitat au détriment des espèces indigènes. Ce déséquilibre met en danger la biodiversité en entraînant des modifications au niveau du fonctionnement et de la structure de l’écosystème.

Divers modi operandi sont appliqués par les espèces exotiques envahissantes. En colonisant un nouvel habitat, elles s’approprient l’eau, la nourriture, l’espace et l'ensoleillement disponibles. Elles privent ainsi les plantes indigènes de ressources primordiales à leur survie, en plus de bénéficier de l'absence de leurs prédateurs naturels. Au Canada, 16 % des plantes en péril subissent les contrecoups de cette compétition déloyale. Les espèces exotiques nuisibles peuvent également affaiblir la génétique de nos populations indigènes en s’hybridant entre elles. C’est notamment le cas du mûrier blanc (Morus alba). Dans les années 1600, cet arbre fut importé de Chine afin de répondre au développement grandissant de l’industrie de la soie en Amérique du Nord. Ce dernier a été planté massivement, puisque ses feuilles servaient de nourriture aux vers à soie. Or, le mûrier blanc s’hybride sans contraintes avec l'espèce indigène, le mûrier rouge (Morus rubra), car les deux espèces sont génétiquement compatibles. L'affaiblissement du bagage génétique originel, combiné à la perte et à la fragmentation de son habitat, menace grandement le mûrier rouge, devenu une espèce en danger. Au Canada, moins de 250 mûriers rouges matures ont été dénombrés dans le sud de l’Ontario. 

 

La petite histoire des introductions 

Introduites de façon accidentelle ou intentionnelle par l’homme, les plantes exotiques envahissantes perturbent lourdement notre environnement et sa biodiversité. On distingue trois phases d’introduction. La première commence avec l’arrivée des explorateurs et des colons européens, au début du 17e siècle. Comme il fallait traverser l'Atlantique pour atteindre le Nouveau Monde, on remplissait de terre ou de pierres les ballasts des grands bateaux à voiles pour favoriser leur équilibre. De nouvelles espèces de plantes et d’insectes furent ainsi introduites en Amérique. Quelques intrus peu désirables, tels le rat surmulot, la grippe ou la variole, ont également embarqué sur les voiliers sans invitation, causant beaucoup d’ennuis aux habitants du continent. Ces indésirables n’ont rien à voir avec l'histoire de la marguerite et la décision de nos ancêtres d'apporter bétail, blé, plantes médicinales et autres espèces jugées utiles pour leur établissement au pays.

Au 19e siècle, l’introduction de nouvelles espèces passe à la vitesse « grand V », notamment grâce au commerce, à l’immigration massive et à la colonisation de plus en plus omniprésents. C’est principalement à cette époque que la grande majorité des espèces exotiques ont débarqué au Canada et s’y sont installées. Des oiseaux sont aussi du nombre : faisans, moineaux, étourneaux sansonnets, perdrix grises... Au cours des années 1900, le rythme d’introduction d’espèces exotiques envahissantes ralentit au Canada. Cette baisse s’explique par l’intensification du contrôle règlementaire lors des échanges commerciaux ainsi que par diverses mesures (cartographie, programmes de gestion, surveillance, enquêtes biologiques…) prises dans les dernières années par des organismes canadiens afin de contrer les indésirables.

 

 

 

 

 

Paysage champêtre

L’élevage d’animaux de ferme et l’agriculture ont contribué à l’introduction
d’espèces nouvelles en Amérique du Nord.

  

Quelques conseils

Afin d’éviter de participer involontairement à l’introduction d’une plante exotique envahissante ou d’empêcher son implantation dans de nouveaux lieux, nous devons apprendre à connaître la nouvelle venue ainsi que son « pedigree végétal ». Donc, avant de transplanter une fleur sauvage exotique, d’acheter une plante vivace ou annuelle dans un centre de jardin ou même, d’accepter en cadeau une plante destinée à agrémenter notre jardin, nous devons nous assurer que celle-ci ne causera pas de tort à la flore indigène. Rappelons-nous que, sur 1229 espèces introduites, 486 sont considérées comme nuisibles et envahissantes. Toutefois, il reste 743 espèces végétales, venues d'ailleurs, qui contribuent favorablement à notre biodiversité. Tout en bonifiant notre flore sauvage, elles nuancent le paysage canadien par leurs feuillages et leurs fleurs de couleurs différentes. Que seraient nos bordures de route et nos champs sans la lumineuse marguerite? Que seraient nos jardins sans cet emblème de pureté? Il nous manquerait probablement du bonheur, du bonheur à l'état pur…

 

Marguerite et tomise

Annie Choquette

 

Photos :
 
« Les vrais miracles font peu de bruit. » Antoine de Saint-Exupéry, Marguerites et vipérines © Raynald Benoit – SAS Nature
Rudbeckies © Sylvain Langevin – SAS Nature
Marguerites et épilobes © Raynald Benoit – SAS Nature
Détails de marguerite © Raynald Benoit – SAS Nature
Trille rouge © Sylvain Langevin – SAS Nature
Épervière orangée © Raynald Benoit – SAS Nature
Ancolie vulgaire © Florent Langevin – SAS Nature
Animaux de ferme © Monique Hébert – SAS Nature
Tomise sur marguerite © Florent Langevin – SAS Nature
 
Références :

AGENCE CANADIENNE D’INSPECTION DES ALIMENTS. Espèces exotiques envahissantes : Plantes exotiques envahissantes au Canada, [Rapport sommaire], Ottawa, 2008, 22 p. [En ligne]. [http://www.agrireseau.qc.ca/argeneral/documents/SIPC%20Report%20-%20Summary%20Report%20-%20French%20Printed%20Version.pdf].
 
ENVIRONNEMENT CANADA. Comment les espèces envahissantes sont-elles arrivées au Canada?, Ottawa, [En ligne], dernière mise à jour 19 juillet 2013.
[http://ec.gc.ca/eee-ias/default.asp?lang=Fr&n=B28651E6-1].
 
Fiche Faune et flore du pays : Les espèces exotiques envahissantes au Canada,[En ligne], 2002.
[http://www.hww.ca/fr/enjeux-et-themes/les-especes-exotiques.html].
 
MARIE-VICTORIN, Frère. Flore laurentienne, 2e éd. revue et mise à jour par Ernest Rouleau, Montréal, Les Presses de l’Université de Montréal, 1964, 925 p.
 
Recensement des richesses végétales vasculaires naturelles de la vallée du fleuve Saint-Laurent, dans FLORE LAURENTIENNE, édition interactive, [En ligne], dernière mise à jour 1er juin 2013. [http://www.florelaurentienne.com/flore/Plantes_introduites.htm]. 
Dominique Berteaux

 

DBerteaux n bioDominique Berteaux, biologiste, professeur et chercheur

Pour Dominique Berteaux, la science de l’écologie n’a pas seulement énormément à dire. Elle a un devoir de dire. Son message est d’une impitoyable clarté : nous sommes en train de provoquer l’effondrement du système écologique planétaire qui nous nourrit. Mais il y a de l'espoir, car le chercheur ajoute : « Je vois chaque jour la science de l’écologie se solidifier. Je vois chaque jour son message se renforcer. »

Qui est Dominique Berteaux?

Annie Choquette

 Annie Choquette, biologiste et horticultrice

« …Saviez-vous que les arbres parlent? Ils le font pourtant ! Ils se parlent entre eux et vous parleront si vous écoutez. L'ennui avec les Blancs, c'est qu'ils n'écoutent pas ! Ils n'ont jamais écouté les Indiens, aussi je suppose qu'ils n'écouteront pas non plus les autres voix de la nature. Pourtant, les arbres m'ont beaucoup appris: tantôt sur le temps, tantôt sur les animaux, tantôt sur le Grand Esprit. »
 
Tatanga Mani, Indien Stoney du Canada
 
Cette citation empreinte de sagesse et de respect constitue le credo de la biologiste Annie Choquette, une passionnée d’horticulture qui prête l’oreille aux murmures de l’arbre, reçoit les confidences de la fougère et entend la prière des fleurs du sous-bois. Elle interprète les voix végétales de la Nature et nous transmet leurs messages en les agrémentant d’annotations scientifiques et poétiques.
 
 
 
 
Lucie Gagnon

Lucie Gagnon, photographe naturaliste

 
L'art de voir et de saisir les beautés de la Nature dans chacune de leurs composantes, sans compromis sur le respect dû aux êtres vivants et à l'environnement : tel est l'enseignement livré par la naturaliste Lucie Gagnon au fil de ses chroniques. De plus, elle rend la photographie accessible à tous en vulgarisant les aspects techniques de la photographie à l'ère du numérique.
 
Galerie d'art virtuelle de Lucie Gagnonlugaphoto.com
 
Odette Langevin

 Odette Langevin

Odette Langevin, présidente
de la SAS Nature

 
La nature ayant une place importante dans la vie d'Odette Langevin, tout écrit concernant la faune, la flore, la biodiversité, les changements climatiques, etc. l'intéresse grandement. Elle apprécie particulièrement les livres qui vont au-delà des connaissances scientifiques et qui s'adressent au cœur du lecteur. Dans cette chronique, elle veut partager les lectures qui l'ont touchée.
 
 
 
 
Mythe ou réalité

Duo de castors © Raynald Benoit - SAS Nature
 
Duo de castors © Raynald Benoit - SAS Nature

 

 

 

 

Mythe ou réalité?

 
Le porc-épic lance ses piquants, l’orignal a peur de son ombre, le castor prévoit le lieu de chute du grand arbre qu’il est en train de couper… Mythes ou réalité? Il n’est pas toujours facile de départager le vrai du faux, surtout quand il s’agit de croyances populaires. Parfois cocasses ou très sérieux, les mythes semblent résister à tout, incluant l’objectivité de la science. En contrepartie, certains faits bien réels sont si étonnants qu’un esprit rationnel peut avoir du mal à les concevoir. Cette chronique a pour objectif d’informer et de divertir en s’attaquant aux mythes ou en dévoilant des phénomènes stupéfiants de la nature.
 
 
Gisèle Benoit

 

Gisèle Benoit, peintre et naturaliste

Comme Grey Owl, Gisèle vit la moitié de l’année dans une cabane près d’un lac en compagnie des animaux sauvages et prend la plume, sinon le pinceau, pour décrire l’existence des bêtes. Quand elle quitte son refuge, c’est pour s’adonner à des activités publiques visant à faire connaître la forêt boréale. Les chroniques de Gisèle sont classées en trois catégories.

Qui est Gisèle Benoit?

Les chroniques de Gisèle sont classées en trois catégories :

L'art et la nature

 

Chroniques de Gisèle Benoit : L'art et la nature

Mes chroniques sur l’art et la nature s'attardent sur toutes les formes d'expression, tant photographique, poétique que musicale, nous permettant de célébrer notre amour de la Vie ou d'exprimer nos préoccupations environnementales. Je souhaite que mes réflexions sur l'art ouvrent des pistes que tous et toutes pourront suivre à leur rythme. J’espère surtout qu'elles aideront petits et grands à mieux apprécier dame Nature, cette muse universelle.

Le comportement animal

 

Chroniques de Gisèle Benoit : Le comportement animal

Faire le mort pour échapper à un ours agressif; abattre inutilement le renard sociable soupçonné d’être porteur de la rage; approcher et toucher un orignal flegmatique en l’imaginant « prodigieusement » apprivoisé; amener chez soi un faon cerf de Virginie après l’avoir découvert seul et présumé orphelin; ces réactions humaines excessives et souvent inappropriées prouvent la nécessité d’une chronique ayant pour but la démystification des comportements animaliers les plus singuliers.

 

memoire

Mémoire sur la cohabitation des orignaux et des touristes au parc national de la Gaspésie

[…] les contacts de proximité entre humains et orignaux ont passablement augmenté depuis dix ans, principalement en raison du nombre accru de randonneurs et de la tolérance naturelle du cervidé. L’automne dernier, par exemple, des orignaux broutaient des ramilles et s’accouplaient près du Gîte du Mont-Albert, indifférents à la présence de dizaines de touristes émerveillés...

Luc Farrell

luc farrel

Luc Farrell, naturaliste et photographe

 
Le photographe animalier Luc Farrell est né dans une famille de trappeurs et de chasseurs. Il y a été mis en contact avec les animaux dès l'enfance, et c'est en pratiquant la chasse et le piégeage qu'il a développé une véritable passion pour la faune sauvage. Par contre, à chaque mise à mort, il avait l'impression de mettre fin abruptement à une relation qui s'était établie tout au long des préparatifs de chasse. C'est ainsi que pièges et armes à feu ont été remplacés par un équipement photographique.
 
Galerie virtuelle de Luc Farrellhttps://www.flickr.com/photos/luc_farrell/albums
 
 

luc farrel - émission La Fabrique culturelle
La Fabrique culturelle, de Télé-Québec, accompagne le photographe animalier au cœur de la forêt abitibienne pour y dénicher les animaux dans leur environnement familier. Visionner le reportage.

La photo du mois – Novembre 2017

Cerf de Virginie mâle © Raynald Benoit – SAS Nature
« La douceur envers les bêtes accoutume, de manière étonnante, à la bienveillance envers les hommes. »
 
Plutarque, philosophe romain (46-125)
 

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