Loup

© Les Productions Raynald Benoit inc.


Récemment, des amis m’ont suggéré de consacrer l’éditorial d’automne au film « Le Dernier Trappeur ».

Difficile pour moi de commenter une œuvre que je n’ai pas vue même si, de prime abord, le titre me plaît!

En effet, verra-t-on enfin le jour où il ne restera qu’un seul trappeur?

Se pourrait-il que, dans un avenir rapproché, malgré les efforts de la Fondation de la Faune du Québec pour former la relève, chasseurs et trappeurs voient leurs effectifs réduits au point de ne plus porter atteinte au fragile équilibre prédateur/proie de nos écosystèmes?

Il est souhaitable, voire incontournable, que ces pratiques perdent une grande partie de leurs adeptes.

En effet, les conséquences imprévisibles des changements climatiques inciteront bientôt l’homme à la modération dans son utilisation des ressources naturelles.

Dans ce contexte de fragilisation exponentielle de la nature, la moindre vie sauvage devient précieuse et nos rapports avec la faune doivent évoluer rapidement.

Pour que survienne un changement notable, il faut dénoncer les mythes populaires qui valorisent des loisirs contraires à l’ordre naturel.

En tête de liste des mensonges, viennent les prétendus bienfaits de la chasse et de la trappe sur les populations animales.

Il faut être naïf ou bien orgueilleux pour affirmer que l’homme peut agir en gestionnaire responsable et rivaliser avec les prédateurs mandatés par la nature pour occuper ce poste!

C’est pourtant ce que des autorités présumées compétentes font croire à la population québécoise, puisqu’elles n’appellent plus les choses par leur nom.

Ainsi, le chasseur et le trappeur ne tuent plus les animaux : ils prélèvent et récoltent, image bucolique de l’orignal moissonné dont les sabots plantés en terre donneront quatre nouveaux cerfs à cueillir l’automne suivant!

En vérité, la naïveté et l’orgueil ne sont pas à l’origine des mythes modernes faisant la promotion de la chasse et de la trappe.

Le principal responsable est le conflit d’intérêt dans lequel se trouvent les autorités compétentes, car ces activités sont encore une affaire de gros sous!

Loups, coyotes, lynx, renards et autres prédateurs qui périssent dans les pièges laissent un grand vide dans l’écosystème.

À court terme, ces pertes se traduisent par un plus grand nombre d’orignaux, de cerfs de Virginie, de lièvres et de perdrix dans la mire des chasseurs; à long terme, c’est un chaos qui échappe au contrôle de l’homme.

Voici un exemple flagrant de ce désordre : en Estrie et en Montérégie, les cerfs de Virginie, dont le nombre est anormalement élevé, causent des dégâts aux cultures et de nombreux accidents sur les routes.

Or, parmi les solutions proposées pour faire face au problème, aucune ne fait appel au coyote.

Un moratoire sur l’abattage de ce prédateur pourrait rapidement aider à rétablir le nombre de cervidés à un niveau normal.

Les gestionnaires de la faune préfèrent encourager la vente de permis de chasse plutôt que de laisser un agent naturel contrôler les populations de chevreuils.


Castor

© Les Productions Raynald Benoit inc.

Qu’on se le dise, trappeurs et chasseurs ne sont pas des héros!!!

Leurs intérêts passent constamment avant celui de la faune, en raison du poids économique lié à leurs activités.

La pratique de la chasse et de la trappe inspire des plans de gestion faunique contraires à l’ordre naturel, sans tenir compte des conséquences néfastes sur les écosystèmes.

De plus, elle freine la création de nouveaux parcs de conservation au même titre que l’exploitation minière et forestière.

Le passé regorge de cas pathétiques prouvant que le moindre écart dans nos rapports avec la faune peut entraîner la disparition rapide d’une espèce, ou rompre à jamais l’équilibre d’un écosystème.

Lors de la conquête de l’Ouest, soixante millions de bisons sont disparus des plaines d’Amérique du Nord en quelques décennies.

La tourte, pigeon sauvage de l’est du continent, a connu un sort analogue.

Dans la première moitié du XXe siècle, plusieurs espèces de mammifères, victimes de l’avidité des trappeurs et de l’industrie de la fourrure, étaient devenues très rares au Canada.

Pour cette raison, les gouvernements fédéral et provinciaux ont été forcés de créer des parcs et des réserves naturelles pour mettre à l’abri les populations en danger.

D’audacieux programmes de réintroduction ont été nécessaires pour repeupler d’immenses territoires amputés de leur biodiversité.

Parmi les visionnaires engagés sur la voie de la conservation figure le plus célèbre trappeur canadien, Grey Owl.

En effet, après avoir contribué à la quasi-disparition du castor au pays, il troqua ses pièges pour la plume.

Il dédia le reste de son existence à la sauvegarde de ce rongeur emblématique, dénonçant du même coup la cruauté et les ravages causés par la trappe.

Ses livres et ses tournées de conférences en Europe ont fait du chasseur converti, l’un des pionniers de la protection de la nature.

Son plaidoyer en faveur des animaux sauvages demeure l’un des plus touchants jamais livrés.

Le temps a donné raison à Grey Owl, car aujourd’hui scientifiques et simples observateurs reconnaissent que la biodiversité se porte mieux dans les sanctuaires fauniques préservés de la chasse et de la trappe, loin des interventions de l’homme.

En 2008, la multiplication de vastes zones de protection globale et leur valorisation auprès du public sont plus que jamais indispensables à la survie de la faune et de la flore.


Renard

© Les Productions Raynald Benoit inc.

Si la chasse de subsistance intègre parfois l’homme dans le grand cycle naturel de la vie et de la mort, toute autre pratique d’abattage de gibier menée au nom du sport, du loisir, du commerce ou des traditions perturbe l’équilibre originel.

Il importe de se rappeler qu’exploiter la faune avec un fusil, un arc ou des pièges ne constitue ni un droit acquis ni une noble mission.

Ces activités sur le déclin seront bientôt les passe-temps d’une infime minorité.

D’ores et déjà, l’urgence de protéger ce qui peut encore l’être doit prévaloir sur les prétentions du dernier trappeur

Gisèle Benoit

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