Un fait banal a retenu l’attention des médias l’été dernier : deux ou trois loups peu farouches à l’endroit de l’homme auraient été aperçus au parc national du Mont-Tremblant soulevant la crainte de certains usagers et de la direction du parc.

Cette dernière a tout mis en œuvre pour capturer, abattre et examiner les bêtes jugées nuisibles.

Comme plusieurs spécialistes du comportement animal, je considère ces mesures abusives compte tenu du fait que le loup n’est pas une menace pour l’être humain même s’il devient moins méfiant dans les régions où l’espèce est protégée.

Or, le mot loup donne la chair de poule car, pour nombre de gens, il évoque le super prédateur ou le fourbe animal affamé et continuellement en quête de chair et de sang.

Le cas du parc national du Mont-Tremblant prouve que les mythes entourant Canis lupus sont si profondément enracinés dans notre culture qu’ils laissent des doutes pernicieux dicter des actes de répression à son endroit.

Mon travail m’amène à côtoyer quotidiennement les plus spectaculaires représentants de la faune canadienne et, si je devais dresser une liste des espèces potentiellement dangereuses pour l’homme, le loup se retrouverait bon dernier au côté du lièvre!

J’inscrirais homo sapiens en tête de liste suivi de près, sans toutefois généraliser, par les animaux domestiques.

Classer les espèces sauvages à risque comporte un aspect péjoratif, puisque leurs attaques contre l’homme sont souvent le résultat de négligences ou de l’ignorance de ce dernier.

Ainsi, les ours noirs nourris par les visiteurs des parcs et des réserves constituent des bombes à retardement parce qu’ils ont appris à associer l’être humain à une source de ravitaillement facile.

Un orignal (que ce soit un mâle en période de rut ou une femelle suitée) peut perdre patience et charger le photographe trop audacieux qui l’approche sans tenir compte de ses mises en garde.

Chaque année, dans les parcs nationaux des Rocheuses en Alberta, les attaques de wapitis font un certain nombre de blessés chez les touristes imprudents.

Les ours et les grands cervidés doivent donc être traités avec respect et observés à distance.

Pour conclure et mettre les faits en perspective, voici un scénario résumant bien ma pensée : au parc national du Mont-Tremblant, des orignaux permettent aux canoteurs de les admirer à moins de dix mètres pendant qu’ils broutent leurs algues favorites.

Ces cervidés indifférents à l’intrusion de l’homme sont-ils pour autant considérés comme nuisibles à la sécurité publique et de ce fait, capturés et abattus?

Non!

Pourtant, le potentiel d’agression d’un orignal est infiniment plus important que celui très hypothétique d’un loup!

La différence de perception entre les deux espèces provient des mythes et des préjugés associés à Canis lupus, et non d’une réalité scientifique objective.

Une histoire à suivre…

Gisèle Benoit

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