À chaque
"Cascapédien" son printemps!
Les faons du cariacou attendent patiemment le retour de leur mère
dans
un sous-bois où leur pelage moucheté les camoufle. |
| Faons en sous-bois – cerfs
de Virginie |
Huile sur toile
(48 x 36)
© Monique Benoit |
| P rintemps et passion
semblent fait l’un pour l’autre... ou l’un de
l’autre. Année après année, ces étranges
complices piquent de leurs flèches ensorcelées presque
toutes les créatures de Cascapédia. Les arbres se
remplissent de sève ; leurs bourgeons renflent à l’intérieur
de gaines qui ne pourront les empêcher de devenir fleurs,
feuilles ou branchettes. Dans les clairières, on entend
des murmures presque inaudibles : les chuchotements de mortes brindilles
soulevées par la ferveur d’une tige neuve qui, depuis
ses ténébreux ancrages, se fraie péniblement
un passage vers la lumière. Même les éléments
se laissent aller à des emballements passionnés qui
leurs sont généralement étrangers : lacs et
rivières élargissent leur lit pour accueillir le
débordement des ruisseaux gonflés par la fonte des
neiges ; en proie à l’expansion associée au
dégel, la terre extirpe la pierre des profondeurs obscures
et l’expose à l’air libre. Au même moment,
un fragment rocheux se détache des hautes crêtes pour
crouler dans l’abîme. Telle est l’oeuvre redoutable
signée conjointement par le printemps et la passion: elle
symbolise la résurrection des uns, ou la chute irréversible
des autres. |
| Tous ces mouvements
en effervescence rendent la nature vulnérable et fragile derrière
le masque de sa puissance printanière. Renaître à la
vie comporte des bonheurs et des risques que seuls les passionnés
acceptent d’embrasser. Or, les animaux sauvages sont tous,
sans exception, des êtres passionnés ; ils vivent avec
intensité chaque moment de leur existence, qu’il soit
simple ou complexe, agréable ou difficile. Une émotion à la
fois mais dans son absolu! Tous responsables, tous utiles, tous actifs
et en symbiose, les Cascapédiens cultivent leur liberté individuelle
avec une sagesse innée. La passion de vivre a comme fruits
la prospérité et la permanence des espèces,
car à Cascapédia, on parle peu de la survie des races
; on célèbre plutôt leur éternelle descendance!
Le printemps donne un souffle nouveau à ces immuables réalités
dont les enjeux varient selon le cycle de vie de chacun. |
| Ainsi, mai et juin représentent
la saison des pariades pour la majorité des petits cascapédiens
ailés. Les oiseaux mâles se voient pris de la fièvre
de chanter, de parader et de séduire; les plumages nuptiaux
renforcent l’attrait de leurs milliers de ramages et de gestes
amoureux. Les oiselles succombent les unes après les autres;
les couples s’apparient. Chez la plupart des espèces,
il s’occupe de la défense du territoire pendant qu’elle
prépare le nid où seront déposés ses
oeufs fécondés. Toutefois, certains volatiles refusent
les engagements et papillonnent d’aventure en aventure, insensibles
aux responsabilités parentales. |
| Pour quelques habitants du pays,
en particulier les élans, le printemps possède une
signification totalement différente: s’étant
accouplées l’automne précédent, les biches
alces mettent bas vers la fin de mai et le début de juin.
Et quel profond chaos ces naissances entraînent pour les jeunes
orignaux âgés d’un an! Impuissant, chacun constate
l’effritement de sa relation avec sa mère gravide. Rebuffades,
coups de sabots et bramements de reproches finissent par avoir raison
de l’attachement de l’adolescent qui s’éloigne
sans comprendre les raisons de ce rejet traumatisant. Un matin, dans
une clairière enserrée d’épinettes, la
biche jette son dévolu sur un petit être tout neuf,
mouillé et chancelant sur de longues échasses; pour
elle, rien au monde n’est plus précieux que cette vie
fragile douloureusement extirpée de ses entrailles. Son coeur
bat dorénavant en fonction de cette merveille; sa passion
est absolue, exclusive. Non loin de là, le faon déchu écoute
les sons tendres et doucereux de la mère comblée ;
il flaire une nouvelle présence... Quelqu’un a pris
sa place... Le hère réalise subitement l’irrévocabilité de
la brisure et, guidé par l’instinct, il part en quête
de son propre absolu. Un cervidé voit le jour mais en revanche,
un autre risque de sombrer dans l’abîme en expérimentant
son indépendance |
| À chaque Cascapédien son printemps! Pour mes parents et moi, la nouvelle saison amène
les retrouvailles tant attendues avec de nombreuses créatures
que nous avons eu tout le loisir d’observer depuis notre premier
séjour à Cascapédia... |
©
Beaux-livres, Henri Rivard, éditeur
|
| Création du site : Christian
Bellemare, administrateur bénévole |
| Dernière mise à jour
le :
|
 |