| L’abondance d’orignaux,
par ailleurs, parfume les coteillages de l’odeur irrésistible
du mystère. |
| Les orignaux des Chic-Chocs |
Huile sur toile
(24 x 40)
© Gisèle Benoit |
| D epuis qu’il a neigé,
octobre n’est qu’une
succession de journées ensoleillées et de nuits très
froides. Certains matins, nous découvrons notre renard couché en
boule au pied d’une épinette, à quelques pas
du camp. Dans les vieux *bûchés, les élans
au dos givré s’abreuvent dans les ruisseaux que le
gel nocturne n’a pas réussi à paralyser ; il
leur arrive aussi de briser la glace recouvrant les mares avec
leurs sabots. Curieusement, ils sont chaque jour plus nombreux à arpenter
les layons et les clairières en broutant les saules, les
bouleaux et les érables à épis dont les ramilles
appétissantes se déploient à portée
de gueule. L’abondance d’orignaux, par ailleurs, parfume
les coteillages de l’odeur irrésistible du mystère. |
| La paix tacite qui règne
en ces lieux n’exclue pas de temps à autre des négociations
viriles au sujet des statuts sociaux des géniteurs mâles.
Tout est craquements de branches et bramements incisifs, kermesse
au milieu de laquelle des couples d’amoureux se plaisent à attiser
la convoitise. Presque chaque coteau abrite un patriarche, son harem
d’orignales loquaces et une cohorte de jeunes cerfs agités
et jaloux. Le rut semble avoir été particulièrement éprouvant
pour le vieil Abraham. Bien qu’ayant pu conserver sa suprématie,
le colosse commence à ressentir de l’épuisement
; dès que l’occasion se présente, il passe des
heures calmement couché dans une paillasse d’herbes
sèches auprès des dernières biches qu’il
a couvertes. Son instinct lui dicte le repos et l’urgence de
refaire ses forces avant l’hiver. Pourtant, le patriarche fourbu
se ménage en vain parce qu’il vient de vivre son ultime
saison des amours... |
| Ô fabuleux
paradoxe ! Plusieurs orignaux, dont Abraham, agissent à notre égard
comme s’ils étaient dotés d’une incroyable
invulnérabilité. Notre présence parmi eux les
trouble à peine... Qui crée ce climat extraordinaire
où tout semble possible ? Le lieu, ses hôtes, ou l’émerveillement
que nous leur portons? Reste que certains élans, plus sensibles à la
grâce que d’autres, se conduisent comme s’ils étaient
immortels, ou du moins, en voie de le devenir ! |
| Novembre. Plus une trace d’Abraham
et de sa suite. La densité d’orignaux à Cascapédia
semble subitement avoir chuté de moitié ! Les neiges
abondantes viennent clore d’une page blanche ce trop bref séjour.
Rien ne sera plus pareil pour mes parents et moi après les
célébrations vivantes d’un automne aussi mémorable |
| ©
Beaux-livres, Henri Rivard, éditeur |
| Création du site : Christian
Bellemare, administrateur bénévole |
| Dernière mise à jour
le :
|
 |