L'hiver est hâtif dans les Chic-Chocs;
les dur-becs gonflent leur plumage
pour se protéger contre le froid
et viennent au sol
se délecter des derniers fruits de la saison. |
| Bourrasque – dur-becs des sapins |
Huile sur toile
(30 x 24)
© Monique Benoit |
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Décidément,
l’éclaircie aura été de courte durée
! Le nordet précurseur de tempête souffle par violentes
rafales qui propagent des nuages de neige vers les Chic-Chocs ;
des traînées blanches effacent les montagnes les unes
après les autres. L’horizon disparaît. Dès
lors, des armées de cristaux glacés assaillent les
environs. Malgré leur esprit combatif, les premiers flocons
meurent en touchant le pays, mais le sacrifice de ces millions
de kamikazes enlève toute résistance à la
terre ; le froid paralyse plantes et rochers que des cohortes blanches
s’empressent de conquérir. Les sommets s’avouent
vaincus les premiers, ce qui affaiblit la résistance qui
s’était organisée dans les vallées.
En l’espace d’une heure le toit du chalet, les layons,
les ponts de bois, les montagnes, les coteillages et tout Cascapédia sont
devenus blancs. L’hiver signe de sa griffe une première
carte de visite! |
| À l’abri
dans un sous-bois, Abraham devient fébrile. Il caresse l’arrière-train
de sa compagne avec son museau puis il tente de l’accoupler.
Toutefois, la biche se défile au dernier moment et le grand
roi repose lourdement ses pattes avant sur le sol sans avoir assouvi
son désir. Loin de s’offusquer, il attribue ce refus à un
préliminaire inadéquat ; il fraie sa large ramure contre
un sapin dont la sève odorante colle sur les cors. La biche
le reluque d’un air langoureux alors qu’il use de maintes
stratégies pour l’impressionner. Une mince couche de
neige mouillée adhère à la fourrure épaisse
des orignaux ; ces manteaux blancs leur donnent une allure nuptiale
de circonstance, mais à force de gesticuler Abraham perd sa
redingote. Il s’empresse aussitôt de faire de nouvelles
avances à sa compagne qui se laisse frôler, puis caresser...
Encouragé, le mâle appuie délicatement son énorme
tête sur les reins de sa promise puis, d’un geste brusque,
il se dresse. Cette fois-ci, il parvient à la couvrir. La
brève étreinte d’Abraham marque les flancs de
la biche dont la robe de neige s’est déchirée
sous la pression des pattes du mâle. La femelle s’ébroue
avec vigueur et se tourne vers le patriarche. Les yeux mi-clos de
contentement, elle frotte son museau brun contre le sien. |
| Le vent s’est
calmé avec la venue du soir ; les ardeurs d’Abraham
aussi. Au hasard de leur chute, de gros flocons paresseux continuent
de s’agglutiner pêle-mêle aux moindres branches
et brindilles, aux herbes et au panache de l’orignal assoupi
près de sa belle. |
| © Beaux-livres, Henri Rivard, éditeur
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